Le Sultan avait trop chaud – chap 78

vigneLe conseil était réuni pour recevoir les derniers travaux.
Pour y parvenir, Julien dut passer à travers les jardins du palais. On ne pouvait en rêver de plus beaux. La grande porte était formée d’arcades, couvertes de vignes grimpantes qui laissaient pendre gravement de splendides grappes, les unes rouges comme le soleil couchant, les autres noires comme la nuit. L’allée où il pénétra était ombragée par les branches d’arbre fruitiers de toutes les espèces qui pliaient sous le poids des fruits mûrs. Les oiseaux poussaient chacun leur mélodie, comme si ils se répondaient d’un arbre à l’autre pour obtenir le plus bel effet, modulant leur plainte ou criant leur joie pour sanctifier les merveilles de la création. Certains pruniers offraient leurs fruits comme des baisers aux lèvres pulpeuses et sensuelles. Julien fut un moment pris de vertige. La tête lui bourdonnait. Il était envoûté, enivré par les senteurs et les parfums. Une légère brise remuaient les branches et par moment il avait l’impression que des les voiles des fées le caressaient. Malgré une relative chaleur, il se mit à frissonner. Toutes les bordures étaient tapissées de fleurs aux couleurs par milliers qui, remués par le chant de la brise, donnaient la curieuse impression de converser et de se sourire.Alors les gardes, comme si ils n’attendaient plus que lui, l’invitèrent à pénétrer dans la salle. C’était un éblouissement pour les yeux;  elle éclatait de toute sa splendeur par tout ce qu’elle avait en elle de choses extraordinaires.
Quand Julien entra dans la salle, il était tout décontenancé. Par Allah, de leur vie, jamais une aussi noble assemblée ne vit un homme aussi beau qui exprimait autant les dons de l’esprit et ceux du charme. Un grand silence se fit, puis un léger « ah » d’étonnement échappa à certains qui, exprimé collectivement, fut perçu par Julien comme un râle d’animal géant. Il avait tué la bête. Elle était morte dès l’instant que il allait rendre ses plans.
Au milieu de l’assistance et au fond trônait la belle Azaïra et à ses côtés le grand vizir dont les yeux jetaient des flammes de dépit. Azaïra, elle, était blême, mais toujours aussi ravissante, une merveille d’entre les femmes, le regard noir et les sourcils interrogateurs. Elle sortait de sa nuit; elle avait les couleurs de la nuit, mais inconsciemment elle rayonnait de ses rayons noirs, tout en gardant son air grave. Les yeux de Julien brillaient comme ceux de la plus belle gazelle du désert.
Au moment où il s’avança au milieu de l’assistance, le chant du muezzin s’interrompit et ils se prosternèrent tous pour exécuter leur prière. Puis une fois qu’ils eurent terminé, on ferma les grilles du palais, puis les portes de la salle de réunion et après avoir reçu les derniers ouvrages, le sultan fit son entrée et procéda officiellement à la fermeture du concours.
Azaïra laissait transparaître son soulagement. Elle avait trop souffert de l’attente. Elle était presque heureuse qu’on l’enfermât au palais; au moins, elle saurait où il était, il serait près d’elle.

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