Le Sultan avait trop chaud – chap 81

sultan13Après avoir subi l’affront en public des sarcasmes du grand vizir ( l’infâme comme elle le nommait déjà dans sa tête ), Azaïra très blessée, demanda audience à son père.
Comme toujours, lorsqu’il pensait que sa fille le dérangeait pour un motif important, il la reçut dans l’heure.
– O mon père, je n’ai pas à juger des serviteurs que tu choisis pour gouverner. Je sais, tu me l’as souvent répété, que pour diriger sous ton autorité un pays de l’importance du royaume, il ne faut pas être né de la dernière pluie qui a inondé le désert, ni habiter les petits nuages roses qui entourent la lune les soirs de grande chaleur, mais là, je me sens obligée de te redire que le vizir, ton serviteur qui joue les humbles, ton serviteur qui souvent t’as servi dans les intérêts de ton peuple et de ton royaume, ton serviteur si respectueux, ce serviteur-là est un fourbe. Il a raillé sans raison valable et devant plusieurs personnes des architectes qui participent au concours, pour les mépriser et les amoindrir; c’est contraire au règlement qui rappelle l’égalité de tous devant la loi. Je vois ton oeil amusé qui demande des noms, tu veux des noms? Non mon père, non, attends, je t’en supplie, attends de m’avoir entendu jusqu’au bout et tu décideras ce que tu peux me demander sans effaroucher ma timidité et violer mon intimité que tu as toujours respectée.En attendant, je n’ai qu’une seule requête immédiate : épargne la vie de ceux dont les projets n’ont pas été compris ou ceux qui ont été éliminés pour des raison indignes; fais faire une enquête et ne condamne aucun architecte que tu n’aies l’assurance de ses carences et surtout avant qu’il ait pu se défendre ou tout au moins se justifier.
O mon père que je chéris comme aux premiers pas de mon enfance, tu m’as toujours marqué une grande confiance, même si tu ne tiens pas toujours compte de mes paroles. Je te confirme aujourd’hui que le vizir a truqué le concours. Qu’Allah me protège, si mes accusations qui vont plus avant risquent d’être erronées, mais j’en doute.
Les voici : il a empêché certains architectes de rendre leur copie à temps; c’étaient des concurrents dangereux pour son protégé. Il a essayé de voler des plans sur des secrets d’architecture qui ne lui appartenaient pas. Il a passé des accords avec certains d’entre eux, monnayant son soutien à condition que le gagnant épouse sa fille. En plus, je sais qu’il est très jaloux, qu’il nous envie, qu’il est rempli de haine : il complote secrètement la perfidie contre toi.
Un léger sourire métamorphosa un instant la figure tendue du sultan, comme une risée sur un étang lui donne un court moment une surface ridée. Cela n’échappa pas à Azaïra qui l’interpela de façon véhémente :
– O mon père tu es injuste, je te parle sérieusement et tu souris.
– Je souris, ma fille chérie, répondit le sultan, parce que, au milieu de mes peines et de mes soucis, tu es mon seul rayon de soleil et j’aime comme tu prends appétit à la vie en mordant comme tu peux là où il y a de la chair. Je souris parce que le palais est tout bruissant de tes préférences à toi et je pense que tu t’intéresses plus à l’architecte qu’à ses plans.
Azaïra rougit et baissa la tête. Elle se sentit humiliée. La rage commençait à vaincre son calme. Pourtant, elle se reprit, releva la tête et prit la mesure de l’outrage en regardant son père droit dans les yeux. Il poursuivit :
– De méchants bruits courent aussi sur le compte de ton préféré que je ne nommerai pas :  ils font état de sa rapide assimilation aux moeurs de nos contrées! Il aurait déjà fait des promesses à plusieurs femmes; les mauvaises langues et les vieilles barbes le surnomment avec le sourire : « le courtisan du désert ».
– Je sais, je sais, répondit-elle très calmement, Razi me tient au courant malgré les interdictions du grand vizir, je ne suis pas inquiète à son sujet en ce qui me concerne. Il a ses raisons. Il a compris d’autres éléments de notre culture que le seul fonctionnement du harem. Rassure-toi sur ce point-là.
En disant cela, Azaïra qui pourtant chérissait son père malgré sa cruauté, montra bien de qui elle était la fille. Le sultan lui-même en fut frappé, mais au fond en fut assez flatté.
Il interrompit l’entretien, prétextant le besoin de réfléchir, mais promit à sa fille qu’il ne ferait rien sans la prévenir auparavant, ce qui était la preuve d’une grande estime, d’une grande confiance et d’un grand amour.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Anti-Spam Quiz: