Le Sultan avait trop chaud – chap 82

vigneLe sultan était incontestablement troublé. Il était malin,  souvent même retors, capable de débrouiller mille mulets têtus et cent chèvres vicieuses embrouillés dans une toile d’araignée, sans en déchirer un fil,  mais il avait gardé une naïveté qui plusieurs fois dans sa vie l’avait sauvé d’une catastrophe, parce qu’il est dit que les êtres purs ne sont pas forcément les plus sots et le sultan savait les entendre.Aussi fit-il mander sa dernière femme, qui dans certaines affaires savait être de très bon conseil à condition de ne pas lui dire qu’elle avait la moindre influence. Il fallait la laisser parler de sentiment, l’empêcher de prendre la moindre décision, car à l’idée d’avoir une importance, un pouvoir ou une quelconque influence, elle perdait toutes ses qualités de jugement.
Il lui demanda le plus simplement possible si elle avait déjà vu la dernière fille du grand vizir, celle qu’il cachait tout le temps, alors qu’elle n’était pas mariée, mêlant cette question au milieu d’autres pour qu’elle ne se doute pas de l’importance de l’une par rapport  l’autre.- Je ne l’ai jamais vue, mais on dit qu’elle n’est pas très belle; elle aurait un nez écrasé, des sourcils pelés, une figure qui s’apparente plus à un arrière-train qu’à un joli minois de jeune fille. De plus, des yeux de libertine avide de plaisir, une dent cassée sur le devant, un nez qui coule sans arrêt et un cou de travers comme penché du mauvais côté. Un oiseau de mauvais augure.
Je plains le pauvre homme qui devra partager sa couche seulement une nuit.
Il l’interrogea ensuite sur le grand vizir. Elle confirma qu’il avait un protégé qui venait souvent en sa demeure où ils partageaient des nuits de boisson ensemble.
– Tu sais ô mon sultan adoré que le vizir a une des plus belles caves de la région et qu’il aime bien les boissons fermentées. Je le sais par une des femmes de son harem qui est cousine d’une de mes servantes.
Il a un immense cellier; tout le long des murs et sur des étagères, en bon ordre, il a, alignées, des centaines de vases en argent massif et en cristal, certains même incrustés de pierreries.
Ils passent des nuits entières à comploter et à parler du concours. Ils ont ainsi réussi à décourager les plus talentueux de participer, c’est à dire de s’inscrire, mais ils ont fait mieux ils ont fait chanté certains qui ont remis des projets sans intérêt de crainte de déplaire. Ils ont choisi par peur de se faire couper la tête. O mon sultan chéri, je ne comprendrais jamais les hommes.
Alors le sultan la calma, car elle avait les larmes pleins les yeux et sa voix était brisée par l’émotion.
– Ma tendre épouse, tout ceci a trop d’importance pour vous ce sont peut-être seulement courants d’air embués de hammam, et nous devrions dédramatiser la situation.
Elle se sentit mieux, sécha ses larmes et embrassa tendrement le sultan. L’orage était passé. Le petit rayon de soleil était revenu. Elle le quitta rassérénée.
En revanche, le sultan sentit monter en lui une grande colère qu’il ne réprima point. Il ne se roula pas parterre mais quelques vases de Chine et d’Orient périrent ce jour là et finirent dans les débarras en mille miettes, étiquetées soigneusement : colère du sultan, tel jour.
Il résolut de lui tendre un piège.

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