Le Sultan avait trop chaud – chap 84

sultan50Et Julien et la femme se retrouvèrent dans la même salle qui leur servait de chambre pour passer la nuit et reposer pendant les temps de forte chaleur.
Il  tâchait de ne pas trop rester dans cette chambre avec Shira car il voulait éviter le malentendu; puis il était toujours contraint d’aller la retrouver pour donner le change.
Ce soir-là, quand il rejoignit la pièce, elle avait déjà enlevé ses vêtements et il ne lui restait plus qu’une chemise fine et un grand caleçon de soie.
A son entrée, elle s’approcha de lui vivement et lui donna une coupe :
– Que cela te soit saint et plein de forces, lui dit-elle.
Julien prit la coupe et but. Elle la lui remplit de nouveau et commença, pendant qu’il buvait, à lui caresser la nuque, mais il s’éloigna. Il refusait de la regarder;  aussi alla-t-il s’asseoir sur le divan et continua-t-il à ne pas s’apercevoir de sa présence.
Elle, croyait qu’il voulait l’humilier, lui faire sentir sa supériorité et lui montrer le peu de cas qu’il faisait d’elle pour la rendre plus docile, plus tendre. Aussi acceptait-elle ce qu’elle croyait être un petit cirque élégant et non un refus réel de la toucher et surtout d’en faire sa femme d’une façon ou d’une autre.
– O mon maître, dit-elle, daigne regarder ton esclave qui désire ardemment que tu l’approches et que tu lui fasses l’aumône d’une parole au moins.
Mais Julien, malgré son envie de ne pas être vraiment désagréable, et malgré ces paroles respectueuses, ne répondit point.
Alors, elle continua de le supplier de pouvoir le toucher, se jeta à ses pieds, lui demanda de cesser de lui faire cet affront.
– « Regarde, ô bel étranger, comme je suis soumise, je n’attends plus qu’un signe de toi pour te satisfaire en toutes choses. »
Et Julien, nonchalamment appuyé sur les coussins de velours rouge, résista.
Ce qui ne manquait pas d’augmenter follement les désirs de la pauvre femme. Devant tant de noblesse et de grandeur, elle s’imagina qu’il cachait des origines, comme d’être le descendant d’un sultan dont la gloire avait fait le tour du monde, qu’il jouait à l’étranger mais qu’il parlait beaucoup trop bien l’arabe pour être un occidental. Elle avait remarqué, depuis un certain temps, que sa peau avait changé, son nez s’était effilé : il ressemblait bien à un certain type aristocratique du désert, peu répandu mais particulièrement beau et raffiné.  Elle ajouta :
– O mon seigneur, de grâce, ne refuse pas cette coupe que je t’offre, ne la repousse pas des mains de ton esclave!
A ces paroles, il ne fit aucune réponse. Alors elle s’enhardit devant ce silence, insista pour lui faire toucher la coupe exquise de ses lèvres délicieuses.
– Non, ne bouge pas, je vais t’expliquer; je suis très amoureux d’une femme exceptionnelle que je ne veux pas trahir, car elle ne peut pas le savoir. Je te suis reconnaissant de tout ce que tu as fait pour moi, mais sache que je me suis déjà engagé et que je ne veux pas m’engager plusieurs fois comme vous faites dans vos contrées; si tu m’aimes un peu, accepte-le, même si tu ne le comprends pas. Tu m’a toujours fait confiance, garde moi ton amitié et qu’Allah la protège.
C’était difficile à accepter mais elle fit semblant de l’avoir compris. Elle fut plus sage dans ses gestes, mais tout aussi enamourée, béate à le regarder platoniquement de ses yeux noirs tout brillants.
Julien lui fit alors de longs discours sur sa tristesse concernant Azaïra et Assidi, son maître et ami. Des confidences qui allèrent si loin que Shira se proposa de parler à l’architecte du sultan.

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