Le Sultan avait trop chaud – chap 92

piste1A Yezd, la rivière souterraine qui traverse la ville communique avec une grande pièce d’eau située en bordure des fortifications. Une quantité prodigieuse de poissons y habitaient contents d’être nourris par ce que leur   jetaient les passants. Les pêcheurs s’y donnaient rendez-vous et y faisaient des pêches fructueuses. Ils y refaisaient aussi le monde persuadés que l’aptitude à tenir une canne à pêche donnait des lumières sur l ‘évolution de l’humanité.
Or ce soir là, comme ils devisaient sur les douceurs du climat qui prolongeaient les plaisirs de la pêche, ils furent surpris tout à coup de voir arriver un cheval mal sellé, sur lequel était ficelé un paquet qui avait l’allure d’un amas de chiffons.
Le cheval  semblait épuisé; il traîna les pattes jusqu’au bord de l’eau pour se désaltérer et les pêcheurs virent alors que le paquet n’était autre qu’un homme endormi qui s’était emmêlé dans les rennes, ce qui lui avait valu la chance de ne pas glisser à terre et d’arriver en même temps que sa monture jusqu’à Yezd.
Croyant que le corps allait tomber à l’eau, ils se précipitèrent pour l’empêcher  d’avoir un réveil brutal, s’en emparèrent et le déshabillèrent légèrement,lui ouvrant largement sa chemise et lui dégageant les jambes et les pieds; il était brûlé par le soleil, mais son cœur battait normalement et il respirait tranquillement. Le repos de l’inconscience protégé par Allah. Les pêcheurs, tels des nourrices attentionnées recueillant un enfant perdu, lui tapotèrent les joues et lui donnèrent à boire. Le jeune homme se réveilla doucement comme s’il sortait d’un rêve, se leva et alla se rincer les cheveux dans la pièce d’eau, puis il demanda le chemin vers la demeure des Shamir. On l’accompagna jusque là. Il semblait sonné et avançait comme un somnambule ivre.
Quand il  dit son nom à la porte, Julien fut reçu à bras ouverts et si on avait su qu’il arrivait, on lui aurait sorti le tapis. On courut chercher Djamila et là, ils se serrèrent longuement l’un à l’autre en un débordement de joie et d’amitié qui fit plaisir à toute la maison.
Avant toute chose, il fut conduit au hammam où trois ravissantes esclaves se mirent en état de s’occuper de lui et de soigner ses coups de soleil avec les onguents adoucissants qu’elles connaissaient bien. Puis, elles le parfumèrent et le peignèrent  et enfin le conduisirent dans la salle la plus fraîche de la maison, là où coulait la fontaine musicale. Il l’écouta pensivement tandis qu’elles tendaient une nappe pour le réconforter.  Ensuite elles lui présentèrent les mets les plus délicieux et les boissons les plus douces.
Julien commençait à se sentir mieux. La traversée du désert avait été très dure, car il avait voulu forcer l’allure pour diminuer les risques d’être rejoint. Il se savait maintenant en sécurité; ses amis le cacheraient des yeux indiscrets et de la curiosité universelle. Il allait pouvoir s’atteler à la tâche pour laquelle il était revenu :  la glorification de l’oeuvre de Shamir et  l’obtention de l’agrément du sultan pour son travail d’architecte. Il allait falloir faire vite et compter sur la protection d’Allah qui jusqu’ici, il est vrai, ne l’avait jamais oublié.
Djamila invita à boire les pêcheurs qui avaient rencontré Julien et qui l’avaient aidé à venir jusqu’à la demeure des Shamir;  elle ordonna à ses serviteurs de les saoûler complètement pour qu’ils oublient toute cette histoire. Puis en pleine nuit, elle les fit porter et installer douillettement sur les marches devant le portail de la maison la plus mal famée de la ville. Quand les femmes les retrouveraient là, personne ne croirait à leur racontars fantasmatiques concernant le jeune homme venu du désert et échoué entre leurs mains pures et candides.
– « O regarde, voici qu’il se réveille au matin après sa nuit de délices. Il ouvre l’oeil sous le sourire d’une gazelle adolescente, sous le regard de deux yeux de gazelle inquiète qui lui sourient. gloire au Seigneur. »
Ainsi s’exclama l’esclave qui veillait sur le sommeil de Julien et qui venait de faire entrer Djamila dans la chambre; il quittait à peine les douceurs du sommeil achevant de récupérer des fatigues de sa traversée du désert.
Et Djamila lui souriait, le redécouvrant comme elle l’avait toujours aimé : beau et svelte, intelligent et spirituel,  tendre et charmant.
Elle le laissa s’habiller, puis prit une collation avec lui. Elle commença alors à lui raconter les péripéties qui les avaient conduits jusqu’au trésor.

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