Le Sultan avait trop chaud – chap 93

désert

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Julien était activement recherché par les gardes. Des estafettes avaient été envoyées dans les confins du pays pour donner le signalement des architectes qui n’avaient pas remis leur copie, mais ceux-là couraient peu de danger. En revanche Julien était devenu la bête noire du désert pour le grand vizir ; s’il avait pu en plus de ses gardes mettre tous les chiens du pays à sa pour suite, il l’aurait fait, il avait informé tous ses indicateurs et espérait bientôt quelque résultat :  le vizir souhaitait l’élimination physique de ce concurrent dangereux et voulait récupérer les plans de Shamir qu’il convoitait depuis longtemps;  il voulait être l’initiateur de la construction du palais le plus ingénieux qui vaincrait l’ardeur des sables du désert et les froideurs des nuits glaciales.
Aussi, dès qu’il l’aurait en sa possession l’interrogerait-il sérieusement jusqu’à ce qu’il obtienne les résultats des recherches du formidable architecte du désert, Shamir. Puis il le donnerait en proie à ses bourreaux.Le prendre, le jeter dans une fosse d’entre les fosses creusées dans le cachot, et le mettre jour et nuit à la torture et fort durement, tel était le programme arrêté. Et quand Julien aurait parlé, lui faire couper la tête sans miséricorde mais avec faste.
Le vizir voyait déjà la somptuosité de l’exécution, à l’image de sa terrible vengeance. Il enverrait des crieurs dans toutes les quartiers de la ville pour annoncer le futur trépas de l’architecte orgueilleux et exigerait d’Azaïra qu’elle assiste avec lui à l’exécution aux premiers balcons.
– Que tous ceux qui veulent assister à l’exécution du jeune occidental prétentieux,  petit gredin vicieux, impardonnable créature, viennent au dessous du palais, et mon cœur sera rafraîchi et ma haine assouvie, pensait-il dans son for intérieur.
Il s’y voyait déjà, alors que Julien était toujours en liberté et surtout fort bien protégé par une population qui n’appréciait guère le grand vizir.
De son côté, Julien ne s’inquiétait guère et avait pris à la philosophie des régions dans lesquelles il séjournait de puis quelque temps une attitude sereine :
– Tout homme a un temps déterminé à passer sur la terre, réfléchissait Julien. Passé ce temps, il doit mourir. Même si les sbires du sultan me montaient sur le gibet, je ne redouterais rien, tant que mon temps ne serait pas venu. Même lorsque le sultan mettrait la tête à la fenêtre pour voir l’exécution , je garderais encore espoir. Et ainsi continuait-il son ouvrage, le cœur plein et l’âme claire.

Razi, dans le plus grand mystère fut conduit dans un tunnel sous une tour à vents où soufflait un air frais comme si il avait été sur un haut plateau qui domine la vallée. Il n’entendait que la chanson de la fontaine. Toutes les torches avaient été éteintes; seule une faible réverbération empêchait que l’on soit totalment dans le noir et il régnait une atmosphère d’angoisse qui prit l’eunuque à la gorge. Il se mit à penser au pire et pleuram presque en pensant à Azaïra. Puis de loin, il aperçut deux serviteurs précédant un grand jeune homme svelte à la taille souple e t à la démarche élégante. Il le reconnut tout de suite.
Alors,  ils se jetèrent au cou l’un de l’autre et se réjouirent à la limite de la joie.
Puis, après plusieurs minutes d’effusion mêlée de larmes et d’embrassades, Razi en vint au sujet qui les intéressait tous les deux : les suites du concours et les nouvelles d’Azaïra
A son grand étonnement, Julien apprit que le concours avait été annulé, le favori du vizir démasqué, le grand vizir démissionné et avant d’être exécuté,  grandement sermonné.
En effet, le sultan, plein de fureur, quand il avait récusé le grand vizir, s’était écrié :
– O chien de vizir, tu es indigne de ma confiance et tu comprendras bientôt de qui tu tenais ton pouvoir. Tu es mon serviteur et tu ne me mets pas au courant des choses qui se passent à Ispahan, ma ville.
Il répondit :
– Je ne sais pas ce que tu veux dire pas ces paroles.
Alors le sultan, contenant à peine sa colère, lui rajouta :
Que n’ai-je gardé à ta place un vizir érudit et sage, versé dans les sciences et les lettres. Certes il était âgé, mais voici que maintenant, sous mon règne, les assassinats se commettent, au sujet d’un concours dont je suis le seul et unique initiateur, même si je t’ai chargé de l’organisation; certaines victimes sont noyées, d’autres disparues dans le désert. Et tu n’es pas au courant? Et leur sang retombera sur moi au jour du jugement et sera lourdement attaché sur ma conscience. Par Allah, je le promets, j’userai de représailles à l’égard de ceux qui ont pris la responsabilité de commettre ou de couvrir ces meurtres dans un intérêt autre que celui du royaume. Pas de pitié pour ceux-là; qu’ils soient châtiés, dès que la vérité aura été faite sur leurs agissements! Je n’aurai de tranquillité que j’aie tout éclairci, tout cela à cause de toi, maudit vizir, pervers, assassin, qu’Allah te confonde, toi, ta famille, et toute sa postérité!
Après ces accusations, le vizir fut condamné à mort. Toutes les personnes interrogées avaient confirmé les faits rapportés. Le grand vizir était un grand coupable. Aussi le sultan fit-il proclamer par le porte-glaive, l’exécuteur des condamnés, dans toute la ville la sentence de mort de celui qui avait été longtemps son meilleur serviteur. Puis il fit dresser la potence,  et ordonna d’amener le condamné sous la potence. Le porte-glaive prépara la corde, fit le noeud coulant, le passa au cou du vizir et hissa d’un coup. Alors on entendit un craquement sinistre. Le condamné bougea les jambes en les agitant, puis peu à peu la mort fit son oeuvre. Le pendu respirait de plus en plus mal, puis un dernier soubresaut annonça la fin. Le vizir pendait immobile. Et son teint devint verdâtre comme les olives mures des jardins.
Le sultan pouvait être cruel, mais il savait aussi être juste et bienfaisant. Il punissait le vizir par devoir, mais il ferait exécuter Julien par respect du règlement: son absence etait une atteinte au règlement; le sultan ferait respecter strictement la loi.
Razi poursuivit :
– Il avait fait écrire des plis cachetés de son sceau et les avait envoyés,par des courriers à cheval, dans toutes les directions, à tous les lieutenants dans toutes les contrées, en leur disant, dans ces plis, que Julien le Français avait disparu, qu’il fallait le chercher partout et le ramener vivant dans sa prison.
Les courriers, comme tu le penses en souriant, sont encore revenus, sans résultat, mais la colère du sultan augmente chaque jour, avivée par les grandes chaleurs qui arrivent. Si ils te retrouvent, ils te feront exécuter, après t’avoir torturé sur la place publique devant tout le monde pour faire un exemple.

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