Le Sultan avait trop chaud – chap 97

desertDeux ans plus tard que les lunes qui avaient assisté aux faits qui viennent d’être racontés, le sultan entra dans une colère terrible (pourtant, ce jour-là, il ne faisait pas vraiment chaud).
Il venait d’apprendre par ses courriers qu’un mystérieux étranger entouré d’autochtones construisait aux confins du désert, dans la région de Yezd, un palais plus beau et plus grand que les siens .
Sa fille Azaïra le regardait, effarée, car, contrairement à son habitude, le sultan ne se roulait pas par terre ni ne s’arrachait les poils de la barbe, mais sa violence contenue était insoutenable et ses incantations d’une brutalité inouïe.  Elles étaient dirigés contre ce « petit occidental » du diable, représentant de satan sur la terre; et le sultan martelait ses phrases du geste et de l’intonation:– Toi, occidental de misère, criminel décadent, ta fin est proche; que fais-tu dans le désert de nos pères au lieu de te consacrer à tes enfants et à ta famille qui t’attendent? Tu vas souffrir dans nos déserts brûlants qui ne sont pas faits pour toi. N’as-tu pas entendu parler de ces dunes de sable qui engloutissent les indiscrets de ton espèce. Tu ne connais pas nos traditions, nos moeurs, nos coutumes, tu n’es pas digne de toucher nos femmes. Le sable t’avalera, maudit chien d’étranger! Tu es venu de ces contrées malsaines où tout est pourri pour circonvenir certains de nos émirs ( les plus vulnérables bien sûr) et qui te soutiennent dans ton travail de démolition. Tu nargues l’autorité suprême du sultan, son pouvoir et sa justice. Quel est ton intérêt de défendre les biens et les valeurs de la famille Shamir? Que t’a-til promis du fin fond de sa tombe? Quand tu auras fini, ils te rejetteront dans le désert et tu seras détruit par les sables ou tu deviendras la proie misérable des charoganrds et des bêtes puantes.
Quand il eut ainsi parlé, il se sentit mieux. Il avait agi ainsi devant Azaïra pour la confondre, espérant qu’elle trahirait quelque information ou simplement laisserait échapper un sentiment, un geste, une expression. Elle demeura imperturbable, ne livrant aucune information, ni aucune réaction. Une dune lisse dans le désert, que le vent est obligé de circonvenir car elle  est adossée à un roc qu’elle dissimule.
Il réclama à son grand vizir une tournée d’inspection sur le chantier du palais qu’il se faisait construire sous les ordres du bienheureux Assidi et se jura dans son for intérieur de faire exécuter l’architecte orgueilleux qui osait le narguer . Azaïra vit à ce moment une flamme traverser le regard de son père et elle eut peur pour Julien, mais le roc n’en laissa rien voir. Le sultan reprit :
– Quel est cet étranger mystérieux qui vient dans notre sillage saôuler nos populations par son savoir faire; comment s’y prend-il pour faire travailler ces esclaves paresseux, pour le bien de qui? Je le saurai. Et ce sera terrible, tu le sais, ma fille. Que celui qui ose me tenir tête tremble sous sa djellaba.
Et il fit envoyer des émissaires au confins de la contrée pour observer les conditions de la construction du palais maudit et leur enjoignit de lui faire de rapports précis. Aussi emmenèrent-ils avec eux un architecte pour faire les relevés et rédiger le mémoire.
La retraite de Julien était compromise; elle ne resterait plus longtemps secrète . L’anonymat de son travail touchait à sa fin. Le grand jeu de la vie et de la mort allait commencer dans la passion et la violence : ombre et soleil.

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