DAU, fin de l’expérience, la fête sur la terrasse du Châtelet

DAU Paris, la fête de fin.

DAU Paris, la fête de fin.

Il est plus de minuit sur la terrasse du Châtelet, les visiteurs ont été priés de partir, il ne reste plus que les travailleurs. Les bouteilles de vodka s’ouvrent, la nourriture n’est pas différente de ce que nous avons dégusté pendant toute la durée de l’expérience, goulasch, ragout de boeuf purée, macédoine en boite et langue de boeuf… Il fait beau et bon. La musique n’a rien de soviétique. Beaucoup dansent. Une fête à la russe, comme l’écrit (citation approximative) un auteur russe: « à la fin de la soirée, tout le monde était saoul, tout le monde était mort, mais quelle ambiance! »

Le public parisien et passé largement à côté de cette expérience unique, se laissant influencer par la presse qui n’a, dans sa majorité, pas pris le temps de s’imprégner du concept, à savoir comment la pression totalitaire conduit à l’alcoolisme, la débauche, le dysfonctionnement et la corruption malgré ou à cause de la surveillance et la répression constante. Il faut du courage pour faire une autocritique de cette ampleur. L’avons-nous faite pour la collaboration, pour la guerre d’Algérie?

Le fait même que l’événement se déroulait dans deux lieux en travaux, entre palissades de chantier, cul de sacs, planches de fortune, absence d’ascenseurs, donnait déjà le ton. Le fait que l’ambition du projet, justement dans deux lieux en chantier donc difficile à sécuriser, a retardé l’ouverture dans l’un des théâtre, a irrité. Quant aux dysfonctionnement, je reste persuadée que beaucoup étaient voulus, justement pour mettre bien le public dans l’ambiance délétère du régime soviétique.

Les films, beaux, violents, dérangeants, réalisés par  Ilya Khrzhanovsky, l’oeil qui contemple l’apocalypse qu’il a lui-même déclenchée. Des concerts, des reconstitutions d’appartements collectifs où des comédiens répètent du Tchékhov, ou des musiciens jouent de divers instruments, des chamanes, toute une vie qui se déroule sans prendre garde au public qui passe et regarde par les vitres. On laisse son portable à l’entrée, ce que la plupart des visiteurs ressentent déjà comme une amputation. Des cabines de 75 cm sur 1mètre50, à l’extérieur brillant comme des miroirs, contiennent, à l’intérieur deux chaises en face à face: un auditeur actif va essayer, pendant 40 minutes d’accoucher le visiteur de ses souvenirs, joyeux ou douloureux, avouables ou moins avouables. J’ai fait cela pendant 3 semaines et je me demandais si j’étais été agent du KGB, curé ou psy. En fait rien de tout ça, juste bienveillante, car les gens ont besoin de parler en tête à tête et qu’on les écoute sans prendre parti et sans essayer de placer sa propre histoire.

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