Laïcité et la séparation des églises et de l’état

laïcité

Séparation des Églises et de l’État, arrestation d’un prêtre – 1905

La Laïcité, un néologisme

Il est toujours intéressant de revenir sur les définitions. Laïque, vient du latin laicus et du grec laikos qui signifient tous les deux : qui est du peuple.

Dans le Larousse du XIXe siècle paru en 1865, pourtant exhaustif on ne trouve pas le mot laïcité mais seulement laïque : tout ce qui n’est ni religieux, ni ecclésiastique.
C’est Ferdinand Buisson en 1887 qui en donne la première définition dans son dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire. Il consacre 4 pages à définir précisément que qu’il entend par laïcité, ce terme qu’il vient d’inventer car, écrit-il, ce mot nouveau est un néologisme nécessaire, aucun autre terme ne permettant d’exprimer sans périphrase la même idée dans son ampleur.
Il explique que la notion de laïcité est issue de la Révolution française qui a assuré la sécularisation de l’armée, du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. Malgré les vicissitudes, le principe a survécu: l’état laïc assure une délimitation profonde entre le temporel et le spirituel.
Malgré les hypocrisies masquées sous le nom de respect des traditions, rien n’a pu empêcher la société française de devenir la plus laïque de l’Europe.
Un seul domaine avait échappé : l’instruction publique, jusqu’aux lois de 1882! Mais l’hypocrisie aussi ici est de mise car les écoles privées confessionnelles sous contrat montre qu’il existe encore une porosité entre domaine public et religieux, ce qui, dans le strict respect de la laïcité ne devrait pas être le cas de même que dans le domaine des édifices religieux.
Dans le Larousse de 1950 :
Laïcité : Caractère laïque. Conception politique visant à confiner étroitement les églises dans leur rôle religieux par exemple en leur interdisant de s’occuper d’enseignement, d’hôpitaux, etc.

La séparation des Églises et de l’État

La tourmente révolutionnaire a effacé le concordat de 1516. Bonaparte restaure la paix religieuse par le concordat de 1801, qui permet en fait à l’État de contrôler les évêques. Sous le Second Empire, c’est le paradis, mais, coup de tonnerre, la Commune ose, en 1871, décréter la séparation des Églises et de l’État. Les communards sont des précurseurs. Ce qui était considéré comme un crime devient lentement une évidence pour tout le monde : la religion est affaire privée, l’État doit être agnostique. Outre les radicaux et les socialistes, certains catholiques, les amis de Lamennais, soucieux de ne pas compromettre la religion avec la politique de l’État, l’avaient déjà souhaité – mais ils étaient peu nombreux.

En 1882, on proclame la laïcité de l’école publique. La loi de 1901 précise les condition d’association, les congrégations religieuses doivent s’y soumettre, les ingérences étrangères du pape sont condamnées.

La loi de séparation des Églises et de l’Etat est datée du 9 décembre 1905.

Elle abolit le concordat de 1801 : l’État n’intervient plus dans les nominations des évêques, ne verse plus de traitement aux prêtres.

La république “assure la liberté de conscience et ne reconnaît, ne subventionne et ne salarie aucun culte”.

C’est une loi qui assure des libertés à l’Église, mais elle est mal acceptée par le pape Pie X qui condamne, par l’encyclique gravissimi oficii (10 août 1906), le compromis imaginé sous la forme d'”associations cultuelles” : le culte, devenu simple réunion publique est autorisé comme tel.

L’anticléricalisme militant a trouvé son “monstre de souplesse” en la personne d’Aristide Briand pour rédiger la loi sur la séparation des Églises et de l’État.

La loi, en fait, calme l’anticléricalisme de la République et favorise l’autorité du Vatican sur l’Eglise.

L’encyclique Vehementer Nos, très violente contre la loi, les troubles provoqués au moment des inventaires, assimilés dans une large part de l’opinion publique à des profanations, qui ont pour but de permettre la mise en place des associations cultuelles, n’empêchent pas le mouvement vers cette nouvelle coexistence entre l’État et les Églises. La législation de 1905 est bien “de tolérance et d’équité” et les rapports sont renoués avec le Vatican, une fois la tourmente passée. La foi en sort grandie et purifiée, comme libérée des biens temporels équivoques.

L’Église va pouvoir s’adapter au monde moderne. L’État républicain est pleinement laïcisé.

Pourquoi l’islam semble-t-il un cas à part

A partir du moment où le temporel et le spirituel sont clairement mis à leurs places respectives: l’espace public, l’exécutif, le législatif, le judiciaire et l’éducation d’un côté, la sphère privée de l’autre, il est compliqué, dans une république laïque, dans un pays de droit, de s’épanouir quand on est une religion qui n’est pas seulement une religion, mais une loi (l’Islam est né dans des pays qui n’étaient pas des états de droit, pas seulement pour apporter la parole de Dieu mais aussi pour donner un cadre législatif) . Comment peut-on accepter que le Coran dicte aux familles musulmanes de France comment répartir leur héritage entre filles et garçons…ou entre esclaves ou encore dicte les châtiments à appliquer pour chaque délit?

De la même façon, les signes religieux ostentatoires dans l’espace public peuvent être considérés comme un non respect de la liberté de conscience de l’autre.

En ces temps de discussions houleuses et le plus souvent bien peu étayées, j’ai relu le Coran pour retrouver de façon précise ce que le livre sacré dit à propos des femmes.

“Et dis aux croyantes qu’elles baissent leurs regards et qu’elles gardent leur chasteté et qu’elles ne montrent leurs parures que ce qui en paraît, et qu’elles rabattent leur voile sur leur poitrine; et qu’elles ne montrent leurs parures qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leur mari, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de le leurs soeurs, ou à leurs compagnes, ou aux esclaves que leurs mains possèdent, ou aux domestiques mâles qui n’ont pas de désir, ou au garçons qui n’ont pas encore puissance sur les parties cachées de leurs femmes. Et qu’elles ne fassent pas sonner leurs pieds de façon que l’on sache de leurs parures ce qu’elles cachent. Et repentez-vous devant Dieu, ô croyants. Peut-être seriez-vous gagnants. (sourate XXIV)

Et quant aux femmes atteintes par la ménopause, qui n’espèrent plus mariage, nul grief à elles, alors, de déposer leurs étoffes, mais pas de se faire voir en parure; et si elles cherchent la chasteté, c’est mieux pour elles! Dieu entend, cependant, Il sait. (sourate XXIV)

Ho, le Prophète! dis à tes épouses, et à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et exemptes de peines. Et Dieu reste pardonneur, miséricordieux. (sourate 33)

Comparer avec ce qui est dit dans la sourate XI:

“N’est-ce pas afin de se cacher de Lui (Dieu) qu’ils replient leurs poitrines?

Lorsqu’ils cherchent à se couvrir de leurs vêtements, Il sait, n’est-ce pas, ce qu’ils cachent et ce qu’ils font ouvertement.”

Le Coran parle de pudeur de la femme dans l’espace public afin qu’elle ne soit pas uniquement regardée comme objet de désir, le Coran parle également de cacher ses parures sans doute pour ne pas exciter les convoitises et ne pas étaler son niveau de richesse. Alors que la burqa est un retranchement dans l’anonymat, une coupure avec la société, une prison, qui n’est certes pas voulue par le Coran qui considère la femme comme un être indépendant. La propriété qu’elle possède ou obtient lui reste acquise (certes dans les partages, elle est défavorisée par rapport aux hommes, mais ce qui lui revient lui appartient). Sans son consentement, le mariage, même arrangé par son père, est nul. Elle peut aussi demander l’annulation de son mariage. Le Coran restreint la polygamie (ni Moïse, ni Jésus n’avaient limité le nombre des épouses) et la femme musulmane peut exiger, dans son contrat de mariage, que son mari restera monogame.

D’où viennent les dérives actuelles?

 

L’arrêté de 1900

J’ai aussi exhumé un arrêté de 1900, cocasse mais juridiquement bien étayé.

En 1900, un arrêté municipal interdisait le port de la soutane dans la commune du Kremlin-Bicêtre.

Le maire du Kremlin-Bicêtre

Vu les dispositions de la loi du 5 avril 1884 (dite loi municipale)

Vu les dispositions d’un arrêt de la Cour de Cassation du 28 février 1847

Vu les dispositions d’un arrêt de la Cour de Cassation du 11 novembre 1851

Vu les dispositions de l’article 43 de la loi du 15 Germinal an X

(en vigueur jusqu’à la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905)

Vu les dispositions de l’arrêté du Conseil d’État du 3 août 1882 fondé sur un arrêté des Consuls du 17 nivôse an XII

– Considérant qu’il n’est pas juste de laisser le clergé bénéficier d’un régime de faveur lui permettant de se soustraire aux obligations que supportent tous les autres citoyens.

– Considérant que le clergé est un groupe de fonctionnaires: qu’il importe particulièrement, en raison de leur nombre, de leur indiscipline naturelle et de leurs fonctions complètement inutiles au bien de l’État, de le rappeler en toutes choses au respect absolu de toutes les lois.

– Considérant que puisqu’ils profitent matériellement des dispositions de la loi du 15 Germinal an X, il est spécialement utile qu’ils se soumettent à tous les articles de cette loi essentielle.

Considérant, en outre, que si le costume spécial dont s’affublent les religieux peut valoriser leur autorité sur une certaine partie de société, il les rend ridicule aux yeux de tous les hommes raisonnables et que l’État ne doit pas tolérer qu’une catégorie de fonctionnaires serve à amuser les passants.

ARRÊTE

Article 1 : Est interdit sur le territoire de la commune du Kremlin-Bicêtre le port du costume ecclésiastique à toute personne n’exerçant pas des fonctions reconnues par l’État et dans les limites du territoire assigné à ces fonctions.

Cet arrêté fut annulé par le Préfet de police le 3 novembre 1900

“Considérant que le maire de la commune du Kremlin-Bicêtre ne s’est pas borné à rappeler l’arrêté des consuls du 17 nivôse an XII, que cet acte administratif contient des appréciations complètement en dehors du droit conféré aux maires par l’article 92 de la loi municipale, qu’ainsi ledit arrêté n’a pas eu uniquement pour but d’assurer l’application des lois en vigueur, et que, par suite, il est entaché d’excès de pouvoir…Mais il n’en est pas moins incontestable que le maire du Kremlin-Bicêtre avait raison et que son arrêté était légal. Il avait eu simplement le tort de ne pas le rédiger dans la forme sévère, impersonnelle, impartiale d’un article de loi, mais dans la forme passionnée et vivante d’un pamphlet. (…)

burqa

Dessin de Jérôme Lefranc

Les signes distinctifs extérieurs

Qu’ils soient religieux, honorifiques ou professionnels, les signes distinctifs extérieurs sont une façon de se faire remarquer, reconnaître.

Lors d’une mission en Chine en 1974, du temps de Mao, une femme de la délégation française demandait au directeur de l’institut de physique nucléaire de Pékin pourquoi tout le monde était habillé en tenue Mao, la même pour tout le monde. Réponse : pour que personne ne connaisse mon salaire! La même tenue pour tout le monde : pas d’envie, pas de mépris.

Expérimentez pendant une semaine toutes les manières d’attirer le regard des autres dans les lieux publics. Mais quels regards: curiosité, désir, rejet? Découvrez trop ou couvrez trop: portez un kilt ou un costume traditionnel africain si vous êtes un homme, une burqa ou une minijupe et décolleté plongeant si vous êtes une femme.

Observez la modification des regards des autres.

Avec lequel de ces regards sur vous êtes-vous le plus à l’aise?

 

Et maintenant, prenez-vous pour Dieu

Un test psy et un clin d’oeil.

Et si aucune des réponses ne vous convient, imaginez votre réponse personnelle.

  1. Prenez-vous pour Dieu et inventez un concept humaniste:






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