La neige de Jean François Daubigny

La neige de françois Daubigny - Musée d'Orsay

La neige de françois Daubigny - Musée d'Orsay

Désolation romantique et camaïeux

Baudelaire voit dans « les paysages de Daubigny une grâce et une fraîcheur qui fascinent tout d’abord. Ils transmettent tout de suite à l’âme le sentiment originel dont ils sont pénétrés ».

Ça craille sur les branches dénudées. Paysage d’hiver, deux chemins traversent la plaine, des corbeaux tournent, la lumière de neige tombe. Camaïeux soignés, noir profond des plumes et des arbres, beigre-brun de la terre, gris du lointain, désolent le blanc translucide et glacé. Comment les couleurs expriment-elles la tristesse de cette saison ?

1873 – 90 cm x 120 cm

Sujet

La grande plaine d’Auvers-sur-Oise sous un ciel nuageux et recouverte de neige, pendant l’hiver 1872-1873. Charles Daubigny est un des paysagistes de l’École de Barbizon qui a le plus marqué la génération des impressionnistes en les incitant à peindre en plein air sur le motif. En 1873, lorsqu’il présente La neige au Salon, cette influence s’est inversée et la critique s’élève contre la dernière manière de l’artiste qui doit beaucoup à la nouvelle école. Daubigny avait rencontré Monet en 1870 et durant ce même hiver 1872-1873, Pissarro et Cézanne peignaient tous deux des effets de neige à Auvers-sur-Oise.

Composition

C’est une toile à la composition très simple, un paysage d’hiver, un ciel un horizon, où figure une colline qui monte et rompt la monotonie d’un horizon plat. Une grande diagonale coupe le paysage, elle part du bas enneigé et suit la pente de la colline, c’est un chemin agricole dirait-on maintenant, cisaillé profondément par les roues des chars.

Un autre diagonale la contredit qui monte, un peu arrondie jusqu’à la hauteur des arbres. Ce sont les deux lignes de construction avec celle modulée de l’horizon qui font la composition de ce tableau.

L’arbre dépouillé de ses feuilles sur lequel sont posés les corbeaux et qui attire le regard est légèrement décentré.

Couleur, lumière

Deux couleurs principales, le blanc plus ou moins modulé et le noir avec de magnifiques touches de rouge dans le ciel.

C’est une lumière de neige au moment du crépuscule, juste après la disparition du soleil. Le ciel est beige, terne, c’est un ciel typique des jours de neige. La lumière tombante provoque cette chose habituelle des temps de neige : la terre est plus claire que le ciel. Daubigny a travaillé avec des teintes grises et brunes qui sont celles de la terre gelée, il a sans doute travaillé par dessus avec un blanc pur, probablement un blanc d’argent qui a un certain éclat propice au travail de la neige, il est translucide et brillant.

Cette vue de la plaine enneigée le soir s’oppose à La pie, cet autre paysage de neige de Monet plein de lumière.

Quelques taches de terre de Sienne, et  quelques coup de pinceau en brun font réapparaître les couleurs de la terre et les salissures de la neige.

Le noir intense des arbres dénudés et des corbeaux contraste violemment avec le fond du ciel et de la neige.

Matière, forme

Daubigny utilise le couteau à palette pour poser ses couleurs. La texture est particulièrement rugueuse. C’est ce que certains critiques ont reproché au tableau lors de son exposition au Salon de 1873 : “un morceau de plâtre étalé avec un couteau à palette” ou encore des arbres peints “avec un balai de branches de bouleau”. C’est cette manière rude et franche que notre œil apprécie aujourd’hui et qui fait précisément la nouveauté du tableau. Cette toile est l’héritière du romantisme par son atmosphère désolée et son sujet plutôt lugubre – on pense au tableau de G.D. Friedrich, L’arbre aux corbeaux, du Louvre. Près de vingt ans plus tard, alors qu’il n’avait plus qu’un mois à vivre, Van Gogh peindra cette même plaine d’Auvers écrasée de soleil sous un vol de corbeaux.

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