Alexandre Rodtchenko, passion du nouveau

Alexandre Rodtchenko

Moi qui aime tant le théâtre, je ne résiste pas à faire partager la passion du grand Rodtchenko et son parcours engagé. Voici un extrait de son autobiographie.

Il est né au-dessus d’une scène de théâtre.
C’étaient deux petites pièces avec des fenêtres carrées. Qui donnaient sur la perspective Nevski.
Le théâtre, c’était pour lui la vie de tous les jours.
Tous les soirs, on pouvait facilement se retrouver sur les planches, il suffisait de descendre l’escalier.
Tous les soirs, il l’entendait, ce théâtre, avec tous ses bruits.
Il le connaissait, comme des gosses connaissent leur village, leur forêt, leur rivière. Là, ce sont les loges ; là, c’est l’escalier qui mène à la fosse d’orchestre ; là, c’est la place du pompier, dont le casque brille de reflets si fascinants ; en haut, ce sont les ateliers de décors, où flotte une odeur de colle et de bois, où l’on s’amuse à mettre dans des boîtes d’allumettes de la peinture qui sèche, il y en a toute une collection à la maison. Et là, c’est le magasin des accessoires, avec une foule de choses intéressantes aux murs et sur des étagères : des épées, des poignards en bois peints, en argent ; c’est l’endroit où mon père fabrique un poulet rôti avec du pain et, avec une boîte de conserves d’anchois, badigeonnée de colle et recouverte de petites perles noires, on fait du caviar, il n’y a plus qu’à le mettre sur une assiette.

Le plus inexplicable, c’est, le soir, la salle de spectacle pourtant si familière dans la journée. C’est bizarre, elle est pleine à craquer de gens tous différents et tous inconnus, et à chaque fois, ce sont d’autres gens. Et surtout, il fait noir là-dedans, ça souffle le chaud, ça sent le parfum.
Le public, c’est l’inconnu, c’est l’autre côté de la vie.

En général, il se tient dans la coulisse et il regarde avec un peu d’angoisse cet abîme tout noir.
Quelquefois, on le faisait monter sur scène quand on avait besoin d’enfant ; il faisait tout ce qu’on lui demandait, il bougeait et parlait avec aisance, mais il n’aimait pas cet abîme si noir. Sans lui, il aurait été plus à l’aise.

Et pour ce petit garçon, le théâtre, c’était la maison, c’était son monde habituel. Et il rêvait de quelque chose de plus irréel et de plus fantastique que ce qui l’entourait.
Les enfants, on le sait, aiment imaginer des choses fantastiques ; aux adultes, cela n’est permis que très rarement.
Même les artistes n’en ont pas la possibilité.
Dans la journée, quand il n’y avait personne, ni dans la salle ni sur les planches, il s’asseyait par terre au milieu de la scène et, à la lumière de la seule lampe allumée, il imaginait des choses.

Dans un costume éblouissant – on ne peut pas le regarder, ça fait mal aux yeux -, il est seul au milieu de décors fantastiques, étincelants de lumières et de couleurs, il fait des choses incroyables, il crée des mélanges de lumières et de couleurs en disparaissant et en réapparaissant, en volant dans l’air rempli de sons et de créatures bizarres.
Le gouffre noir s’est tu, il est stupéfait et apeuré, il ne bouge plus, il ne tousse plus.
Mais après le silence, c’est un tonnerre d’applaudissements, et quels applaudissements !

Il se lève d’un bond et il essaie de faire ce qu’il a imaginé… Il essaie de s’envoler… Mais son rêve ne se réalise pas.

Un été, un ventriloque vint en tournée.
Deux voitures apportèrent au théâtre dix caisses cerclées de fer et munies de serrures. Les caisses étaient peintes en noir, et il y avait des mots français écrits au pochoir : le nom du ventriloque et le numéro de la caisse.
Cela excitait tellement le petit garçon !
C’était si mystérieux, si étrange.
Cela ressemblait si peu à la vie habituelle du théâtre.
Quand on fit sortir tout le monde de scène, et que lui, assis à l’orchestre, vit cet homme seul au milieu de marionnettes qui parlaient, il en resta frappé à jamais. Ça, c’était quelqu’un, ça, c’était de l’art !

Mais l’impression qui lui resta le plus fortement, ce fut tout de même les choses qu’il avait imaginées ; quant aux coffres noirs avec leurs mystérieuses lettres blanches, elles s’imprimèrent pour toujours dans sa mémoire.
Adolescent, il fit la rencontre d’un peintre ; maintenant, c’est un réalisateur de cinéma, le camarade Svétozarov.
Svétozarov vivait de leçons particulières et étudiait à l’Ecole d’Art de Kazan. Il logeait dans le corridor, car son père louait les chambres de la maison et dans ce corridor, ils rêvaient d’être des artistes. Tout ce qu’ils ont pu se dire dans ce couloir, en parlant d’art !
Svétozarov alluma en lui l’amour de tout ce qui est coloré, bariolé, lumineux.

En 1917, vint la Révolution.
Avec sa passion pour tout ce qui est nouveau, il se jeta dedans à corps perdu.
Et puis il savait pour qui était la Révolution et contre qui elle était.
Un épisode parmi d’autres, dans le même ordre d’idées : enfant, il contracta un mal de gorge, il fut menacé de tuberculose, son père fit son possible pour l’envoyer à la campagne, chez une vieille dame de ses relations, qui louait une datcha et dont la fille était chanteuse de variétés.
En face de la datcha, il y avait une clôture et de l’autre côté, vivait le propriétaire d’une fabrique de bière.
Il aperçut deux petits garçons et une merveilleuse petite fille, il s’approcha de la clôture et il lia connaissance… On arracha une planche de la clôture, et il vint jouer avec eux.
Ils avaient une quantité de jouets, on leur apprenait le français, on les promenait en voiture à cheval, on leur donnait de bonnes choses à manger.

Un jour, le trou dans la clôture fut bouché, plus personne ne venait dans les parages. Il était malheureux et souffrait en se demandant ce qu’il avait pu faire de mal.
Le lendemain, la petite fille vint et lui dit avant de s’en aller très vite :
“On nous a défendu de s’amuser avec toi…“
Et les garçons lui lancèrent de loin des cailloux.
Alors commença une guerre à coups de pierres derrière la maison. Il se construisit un fortin, et de là il jetait des cailloux.
La nuit, il se glissait jusqu’à leur fortin à eux, et il le démolissait.
C’est ainsi, avec des histoires comme celles-là, qu’il savait qui il était, et qui ils étaient.
Dans la cour de son immeuble, il y avait des gosses riches et des gosses pauvres.
Les riches, on les appelait “Kolia“, mais pour les pauvres, c’était “Chourka, le fils à l’accessoiriste“ ou “Vaska“, le fils du concierge.

Donc, la Révolution était venue. Il travailla à l’organisation de l’Union des Artistes, il mit sur pied des groupes de création, des expositions. En 1919, il partit travailler au Commissariat du Peuple à l’Instruction (Narkompros), dans la section des Beaux-Arts.
Il organisa le musée de la Culture Picturale.
Il enseigna la composition aux Ateliers Supérieurs d’Art et de Technique (Vkhoutemas), il organisa la Faculté de Travail des Métaux.
Il travaillait tard dans la nuit et ne sentait ni le froid ni la faim.

Il débordait d’idées et de projets.
Il était heureux des possibilités et des perspectives qui s’ouvraient devant lui.
Il planait dans les airs, littéralement.
Mais… les temps changeaient…
Il passa à la production : publicité, théâtre, cinéma, etc.
Dans ses décors de théâtre, en même temps qu’un arc-en-ciel de couleurs, il y avait aussi du noir et du blanc.
Il montait avec plaisir des spectacles où le futur était présent, ou bien le fantastique. Et à côté de l’arc-en-ciel de couleurs, il y avait du noir et de l’aluminium. Tels sont les spectacles de La Punaise au théâtre Meyerhold, Inga au théâtre de la Révolution, La Sixième Partie du monde au Music-hall, et quelques autres choses.

“Les décors de cinéma l’intéressaient, étant donné que là tout est fait pour le noir et le blanc.
Il débuta par le photomontage, qu’il fut le premier à introduire en URSS.
Voilà un domaine où l’on peut faire beaucoup d’expériences avec un matériau concret.

A Moscou, un planétarium fit son apparition.
C’est un immense et fantastique engin. C’est l’imaginaire qui prend corps.
Fait de métal noir et de verre.
Avec des formes qui ne ressemblent à aucune créature vivante.
On le baptisa “le Martien“.
Cette créature le troubla beaucoup, comme autrefois le ventriloque.
Cela l’obligea à chercher encore et toujours une réalité fantastique.
Ou le réel dans l’imaginaire.
Et à montrer le monde que l’on n’a pas encore appris à voir, dans de nouvelles perspectives, sous d’autres aspects et sous d’autres formes.

Il vint à la photographie.
Son Leica noir de nickel et de verre se mit à l’oeuvre avec amour entre ses mains.
Il montrera ce monde-là.
Le monde habituel et quotidien, il le montrera sous un angle nouveau.
Il montrera les gens et la construction du socialisme avec plus de force et avec plus de grandeur.
Il fera de l’agitation en se servant de la photographie.
De l’agitation pour tout ce qui est neuf, jeune et original.”

Mais à ce moment-là… le vol s’acheva.
Sur la scène, une seule lampe allumée.
La salle est déserte et noire.
Ni envols…
Ni applaudissements…
La critique lui est tombée dessus à bras raccourcis.
On lui reproche son formalisme, ses perspectives, ses angles de vue, etc.
Il est redevenu un enfant solitaire.
Il est devenu nuisible et dangereux.
On l’imite, mais on le rejette.
Ses amis ont peur de l’approcher.
Et il a décidé de s’en aller.

De quitter la scène de la photographie, découragé et fatigué.
Et quoi, le pays du socialisme n’aurait-il pas besoin de ventriloques, d’illusionnistes, de jongleurs ?
De tapis, de feux d’artifice, de planétariums, de fleurs, de kaléidoscopes  ?

Fatigué, il prépare l’Exposition des Maîtres de la Photographie Soviétique.
A la lettre, il ne savait pas quoi envoyer à l’Exposition.
On allait encore le blâmer et le critiquer.
Plus d’une fois, il s’est demandé si cela valait la peine d’y participer.
Et puis il s’est décidé.
Et soudain, le succès

C’est arrivé. Un tonnerre d’applaudissements. Il se lève et s’envole…
De nouveau s’ouvrent d’incroyables possibilités de création. La salle est bondée.
Le gouffre noir, ce sont tous des amis et des proches.
Ils réclament des envols !
Ils demandent au petit garçon des expériences et du fantastique.
Tout ce dont il avait toujours rêvé…
1939

tiré de Alexandre Rodtchenko
Écrits complets sur l’art, l’architecture et la révolution

Rimbaud et le dérèglement des sens

Arthur Rimbaud

Un dérèglement de tous les sens

1873, Rimbaud a dix-neuf ans, il vient d’achever Une Saison en enfer et fait éditer ce recueil en prose à Bruxelles à compte d’auteur (500 exemplaires), puis s’en désintéresse. Désormais, Rimbaud n’écrira plus.

Tout le monde s’est essayé à justifier, analyser, récupérer Une Saison en enfer. Rimbaud, lui, en a donné l’explication a sa mère. “J’ai voulu dire ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens”.
Rimbaud mystique ? L’autorité de Paul Claudel ne suffit pas à convaincre. Trop opposée à l’ordre établi et aux conventions, sa recherche de l’absolu, à la conquête des pouvoirs surnaturels qui doivent le conduire à “l’âme universelle”, est loin d’exprimer la pure contemplation.
“Je est un autre”. “Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens”.
Le vers libre, un verbe résumant tout. Parfums, sons, couleurs créent la magie verbale, écho de ses hallucinations.

Rimbaud Arthur, poète français


1854 (Charleville) – 1891 (Marseille)

On en a fait un “symboliste” dans le sillage des deux “Dieux” qu’il admirait et qu’il aimait : Baudelaire et Verlaine. Aragon et Breton l’élèvent en monument surréaliste.

On a fait de lui un catholique, lui qui écrivait “M…. à Dieu !” sur les bancs, un fasciste, un communard, un communiste, un voyou, un héros de la drogue, un mythe.
En tous cas, Rimbaud a tout dit et tout écrit entre seize et vingt ans ; pendant ses dix-sept dernières années, il n’écrit plus : dans les correspondances de sa vie errante de malchanceux, plus rien ne subsiste de l’extraordinaire magie verbale du Bateau ivre, des Illuminations et d’Une Saison en enfer
Au collège, il fait figure d’enfant prodige, on publie ses premiers vers, il obtient un prix. Son professeur de rhétorique Georges Izambard se fait son protecteur et son confident.
En 1870, commence le cycle infernal des fugues, des ruptures et des retrouvailles avec Verlaine, des révoltes.
“Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens”. Il veut acquérir “l’âme universelle” pour percer le système des rapports entre le moi et le monde, pour sortir de l’emmurement dans les limites du corps matériel…, pour être un multiplicateur de progrès. “Demandons au poète du nouveau -idées et formes… les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles.”
Ainsi Rimbaud crée cette œuvre fulgurante et puis s’en va à travers le monde, le plus souvent à pied. Il fait tous les métiers : précepteur, chef de chantier, vendeur d’armes, acheteur de café, explorateur !

Il est malade, détroussé, expulsé, rapatrié, malade, accusé, roulé, rapatrié, amputé d’une jambe…et meurt à trente-sept ans.

1870 : A la musique, Le Dormeur du val, Ma Bohème
1871 : Les Assis, Le Bateau ivre (septembre)
1872-73 : Illuminations
1873 : Une Saison en enfer (août, après la rupture avec Verlaine)

Frangipanier

frangipanier

Le Frangipanier, Plumeria rubra ou Plumeria rosea, de la famille des Apocynaceae, est originaire des Antilles. Il a été introduit en Asie du Sud-Est et en Polynésie au
XIXe siècle. C’est un arbre dont le tronc atteint 10 mètres de haut.

Ses rameaux courts et trapus portent à leur extrémité de petites feuilles vert pâle à sommet acuminé et des fleurs blanches ou rouges, jaunâtres au centre, très odorantes. Les fruits sont rouges.

Usages

Les créoles se servent de la fleur pour confectionner des sirops contre la toux et les dérèglements intestinaux.

Son contenu en iridoïdes confère aux fleurs des activités antibactériennes et antifongiques. On leur attribue aussi des vertus antitussives.
Les fleurs de frangipanier sont citées parmi les plantes pectorales.

Aux Antilles et en Inde, l’écorce est employée comme laxatif et vermifuge. Aux Philippines, un remède populaire est préparé avec l’écorce fraîche pour soigner la blennorragie.
Caustique, le latex est employé contre les verrues.

Les fruits du frangipanier sont comestibles.

L’arôme du frangipanier, à la fois entêtant et subtil, est recherché des parfumeurs. Les fleurs de cette espèce -quoique moins appréciées que les fleurs de tiaré- entrent dans la confection des fameux colliers tahitiens.

En cosmétique, on reconnaît aux fleurs de frangipanier des propriétés adoucissantes, hydratantes et purifiantes. Elles sont par ailleurs antiseptiques.

Les Cambodgiens consomment les plantes en beignets.

Composition chimique et usages actuels

La fleur contient :

  • des glucides notamment des oses et des osides
  • des composés phénoliques représentés par des :
    . acides phénoliques dont l’acide chlorogénique
    . flavonoïdes du groupe des flavonols et notamment de la rutine
  • des terpénoïdes : iridoïdes
    !Son contenu en iridoïdes confère aux fleurs des activités antibactériennes et antifongiques. On leur attribue aussi des vertus antitussives.

Usages pharmaceutiques
Les fleurs de frangipanier sont citées parmi les plantes pectorales.

Usages cosmétiques
On reconnaît aux fleurs de frangipanier des propriétés adoucissantes, hydratantes et purifiantes. Elles sont par ailleurs antiseptiques.

Les extraits de frangipanier sont utilisés dans la composition de :

  • produits capillaires destinés aux cheveux normaux et aux états pelliculaires
  • produits hydratants pour le corps
  • produits de soin du visage pour les peaux fatiguées et ternes, sèches et sensibles ; crèmes émollientes pour le contour des yeux

Folklore

L’appellation de “frangipanier” est issue d’une légende qui veut qu’au XIIe siècle, un italien du nom de Frangipani fabriqua un parfum très apprécié ; quatre siècles plus tard, des voyageurs auraient découvert aux Caraïbes un arbre au parfum similaire : le frangipanier. Quant au nom botanique de genre, “plumeria”, il est dédié au botaniste Charles Plumier (1646-1704), celui qui, le premier, osât une dédicace botanique en appelant une plante begonia afin de saluer Begon, l’intendant du Canada.

Le frangipanier est souvent symbole d’éternité.
En Asie occidentale, il a la réputation d’être immortel, continuant à produire fleurs et feuilles même une fois arraché.
Il est planté dans beaucoup de cimetières du Sud-Est asiatique, de la Réunion et de l’Ile Maurice.
Au Ghana, on l’appelle “ne m’oubliez pas”.