{"id":1699,"date":"2010-04-01T07:59:44","date_gmt":"2010-04-01T05:59:44","guid":{"rendered":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/?p=1699"},"modified":"2020-06-10T16:46:20","modified_gmt":"2020-06-10T14:46:20","slug":"la-truite-de-gustave-courbet-une-sombre-agonie-realiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2010\/04\/la-truite-de-gustave-courbet-une-sombre-agonie-realiste\/","title":{"rendered":"La truite de Gustave Courbet"},"content":{"rendered":"<!-- google_ad_section_start --><div id=\"attachment_1700\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/truite.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1700\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1700 size-medium\" title=\"truite\" src=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/truite-300x196.jpg\" alt=\"La Truite, de Gustave Courbet - Mus\u00e9e d'Orsay\" width=\"300\" height=\"196\" srcset=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/truite-300x196.jpg 300w, https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/truite-150x98.jpg 150w, https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/truite.jpg 700w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1700\" class=\"wp-caption-text\">La Truite, de Gustave Courbet &#8211; Mus\u00e9e d&#8217;Orsay<\/p><\/div>\n<h2><span style=\"color: #800000;\">Une sombre agonie r\u00e9aliste<\/span><\/h2>\n<p>Cette toile de 1873 est une variante un peu plus grande et en largeur,\u00a0 de la c\u00e9l\u00e8bre <em>Truite<\/em> de 1872 du Kunsthaus de Zurich.<\/p>\n<p>Quelle triste fin. Certains laissent courir le bruit que Courbet met en sc\u00e8ne son propre malheur.<\/p>\n<p>La gueule ouverte, la truite g\u00eet, \u00e9chou\u00e9e, sur un banc de cailloux. Tension du corps et r\u00e9alit\u00e9 asphyxiante\u2026 la touche au couteau renforce les coloris, les gouttes de sang amplifient le noir de l\u2019ou\u00efe, c\u2019en est fini. Quel est le r\u00f4le de la couleur dans cette toile, consid\u00e9r\u00e9e comme une all\u00e9gorie de la destin\u00e9e du peintre\u00a0?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800000;\">Sujet<\/span><\/h2>\n<p>Apr\u00e8s avoir purg\u00e9 sa peine de <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2010\/05\/le-dernier-jour-de-la-semaine-sanglante\/\">Communard<\/a> \u00e0 la prison de Sainte P\u00e9lagie \u00e0 Paris et avant de partir pour un exil d\u00e9finitif en Suisse, Courbet s\u00e9journe quelque temps\u00a0 pr\u00e8s d&#8217;Ornans dans son Jura natal. La tradition de la p\u00eache \u00e0 la truite y \u00e9tait bien vivante et l&#8217;artiste en tire le sujet de splendides natures mortes d&#8217;un style r\u00e9aliste auquel\u00a0 il apporte une forte empreinte de romantisme tragique. La truite \u00e9ternise un moment, celui de ce genre de p\u00eache\u00a0: au lanc\u00e9, qui fait marcher les p\u00e9cheurs dans l\u2019eau de la rivi\u00e8re. Courbet \u00e0 travers cette superbe prise condense tout un univers\u00a0: celui de la rivi\u00e8re de montagne.<\/p>\n<p>Courbet est en exil volontaire, on a voulu le ruiner. A Ornans o\u00f9 il s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb a incendi\u00e9 son atelier, il trouvera refuge de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re dans ce m\u00eame Jura, en Suisse.<\/p>\n<p>C\u2019est la deuxi\u00e8me version d\u2019un tableau peint en 72\u00a0; on ne peut s\u2019emp\u00eacher face \u00e0 cette \u0153uvre d\u2019y voir autre chose que la simple b\u00eate morte\u00a0: l\u2019exposition cach\u00e9e mais au combien violente et tragique du sentiment que Courbet a de sa situation en ces ann\u00e9es de malheur. On a tir\u00e9 cet animal, magnifique de puissance, de son \u00e9l\u00e9ment, on l\u2019a bless\u00e9, et le peintre donne \u00e0 ce sang qui coule des ou\u00efes une valeur particuli\u00e8re qui accompagne l\u2019expression morte du poisson, la gueule ouverte laissant l\u2019\u00e9cho du dernier r\u00e2le d\u2019un tortur\u00e9. Mais l\u2019admirable est que Courbet n\u2019est pas an\u00e9anti par l\u2019opprobre, il poursuit son \u0153uvre, son propos sur la nature est le m\u00eame, sa conception de la beaut\u00e9 identique. Dans sa peinture rien n\u2019a chang\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800000;\"><strong>Composition<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>L\u2019intelligence de la <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2012\/10\/composition\/\">composition<\/a> de Courbet force l\u2019admiration d\u2019autant qu\u2019elle est d\u2019une grande simplicit\u00e9\u00a0: trois lignes diagonales font ce petit espace o\u00f9 g\u00eet la truite, c\u2019est un espace regard\u00e9, serr\u00e9 autour de ce que l\u2019on aper\u00e7oit brusquement et dont l\u2019expressivit\u00e9 marque la sensation.<\/p>\n<p>La b\u00eate morte est pos\u00e9e sur la rive, sur les cailloux et la roche, ces trois lignes enferment sa mort et p\u00e9trifient l \u2018expression d\u2019asphyxie que la gueule\u00a0 de l\u2019animal exprime. Navire \u00e9chou\u00e9 en travers d\u2019une gr\u00e8ve de hasard, la prise grandiose pour le p\u00eacheur se s\u00e9pare de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pour entrer, gr\u00e2ce \u00e0 ces lignes de pierres qui sont aussi falaises, dans le lyrisme du paysage, car si Courbet ne s\u2019\u00e9chappe pas d\u2019une repr\u00e9sentation fid\u00e8le du r\u00e9el, il l\u2019envo\u00fbte par son art de composer et de peindre\u00a0; art qui comme les plis du soufflet de l\u2019appareil photo, se d\u00e9plie en couches d\u2019impressions sensorielles dont les sonorit\u00e9s qui rappellent chez lui si fort la musique, nous emporte dans cet univers de passion qui lui est propre.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800000;\"> Couleur, lumi\u00e8re<\/span><\/h2>\n<p>La palette de cette toile est riche de <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2012\/08\/cercle-chromatique-couleurs-primaires-couleurs-complementaires\/\">coloris<\/a> tr\u00e8s chauds qui font la s\u00e9cheresse de la pierre et du sable de rivi\u00e8re en bas du tableau, les teintes de bruns rouges et d\u2019ocre\u00a0 jaune rendent parfaitement ces couleurs de pierre ferreuse qui entrent en opposition avec les gris brillants, teint\u00e9s de rose d\u2019orang\u00e9 et de bleu de la peau de la truite, c\u2019est un travail de double cama\u00efeu que le peintre fait scintiller par des taches de diff\u00e9rentes couleurs, le point culminant de ces taches, est donn\u00e9 par le sang qui attire le regard sur la t\u00eate du poisson, dramatisant la ligne noire de l\u2019ou\u00efe, la transformant en blessure mortelle.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est la lumi\u00e8re qui \u00e9tonne le plus, car elle cr\u00e9e une dramatisation, un lyrisme sombre\u00a0; elle est concentr\u00e9e en bas du tableau et l\u2019aspiration vers le haut de la b\u00eate agonisante se heurte aux teintes brunes de la roche enfermant le sujet comme dans une cellule de pierre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800000;\"><strong>Mati\u00e8re, forme<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>Cette peinture est presque enti\u00e8rement travaill\u00e9e au couteau, technique que Courbet inventa et qui fut abondamment employ\u00e9e par la suite. Cette mani\u00e8re est une technique d\u2019emp\u00e2tement qui ne n\u00e9cessite aucun adjuvant \u00e0 la p\u00e2te de couleur, elle permet de couvrir vite et tr\u00e8s fortement, et de donner un \u00e9clat dense et puissant aux coloris.<\/p>\n<p>Le c\u00f4t\u00e9 coupant et l\u00e9g\u00e8rement \u00e9cras\u00e9 des formes de la <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2012\/11\/la-touche-et-la-matiere-en-peinture\/\">touche<\/a> au couteau a une force un peu brutale qui plaisait sans doute \u00e0 Courbet, amateur d\u2019une facture rapide\u00a0; sa mani\u00e8re voluptueuse parente de celle de Giorgione et de Titien s\u2019accordait bien avec cette trouvaille technique qui changeant la touche ne changeait pas l\u2019esprit de la peinture. Cette audace technique lui permettait la spontan\u00e9it\u00e9 qui lui \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Courbet aime masquer ses intentions les plus personnelles, sa faconde de montagnard jurassien n\u2019emp\u00eache pas le secret et la pudeur. Le fruit d\u2019une partie de p\u00eache qui sans doute fut un moment de joie dans la nature, donne l\u2019occasion secr\u00e8te d\u2019exprimer des sentiments d\u2019une force tragique qui n\u2019a d\u2019\u00e9gale que ceux qu\u2019on trouve dans la grande peinture romantique (Delacroix, Isabey) mais avec une diff\u00e9rence de taille, car Courbet ne symbolise pas, cette truite est un petit \u00e9v\u00e9nement r\u00e9el qui aper\u00e7u soudainement, recouvre l\u2019\u00e9tat affectif du peintre\u00a0; c\u2019est cette situation qui lui permet de lire un r\u00e9el dont il voit la sublime beaut\u00e9 et d\u2019en faire un sujet de sa vie.<\/p>\n<p>Cette double signification, ce raccourci qui \u00e9chappe au symbolisme tel qu\u2019il fut con\u00e7u avant lui, vient bien sur du romantisme mais il a perdu l\u2019id\u00e9alit\u00e9 au profit de l\u2019identit\u00e9. Cette \u00e9volution de l\u2019attitude du peintre, Manet l\u2019apercevra imm\u00e9diatement et bien s\u00fbr les impressionnistes \u00e0 sa suite, car elle fut pour ces artistes un instrument de lib\u00e9ration de leur arts.<\/p>\n<p>Cet animal bless\u00e9 est l&#8217;image m\u00eame du peintre.<\/p>\n<!-- google_ad_section_end -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<!-- google_ad_section_start --><p>Une sombre agonie r\u00e9aliste Cette toile de 1873 est une variante un peu plus grande et en largeur,\u00a0 de la c\u00e9l\u00e8bre Truite de 1872 du Kunsthaus de Zurich. Quelle triste fin. 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