{"id":4024,"date":"2011-08-25T17:56:56","date_gmt":"2011-08-25T15:56:56","guid":{"rendered":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/?p=4024"},"modified":"2020-06-10T16:36:13","modified_gmt":"2020-06-10T14:36:13","slug":"des-glaneuses-de-jean-francois-millet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2011\/08\/des-glaneuses-de-jean-francois-millet\/","title":{"rendered":"Des glaneuses de Jean-Fran\u00e7ois Millet"},"content":{"rendered":"<!-- google_ad_section_start --><div id=\"attachment_4025\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2011\/08\/glaneuse.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-4025\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4025\" src=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2011\/08\/glaneuse-300x225.jpg\" alt=\"Des glaneuses de Jean-fran\u00e7ois Millet - Mus\u00e9e d'Orsay\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2011\/08\/glaneuse-300x225.jpg 300w, https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2011\/08\/glaneuse-150x112.jpg 150w, https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-content\/uploads\/2011\/08\/glaneuse.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4025\" class=\"wp-caption-text\">Des glaneuses de Jean-fran\u00e7ois Millet &#8211; Mus\u00e9e d&#8217;Orsay<\/p><\/div>\n<h2><span style=\"color: #800000;\">Un t\u00e9moignage du travail et du d\u00e9nuement<\/span><\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Le tableau vous attire de loin par un air de grandeur et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Je dirais presque qu&#8217;il s\u2019annonce comme une peinture religieuse\u00a0\u00bb. Tel est le mot d\u2019ordre d\u2019Edmond About, critique d\u2019art, \u00e0 propos de cette \u0153uvre majeure de Millet.<\/p>\n<p>Qui scrute le sol \u00e0 la recherche de l\u2019\u00e9pi \u00e9chapp\u00e9 aux moissonneurs\u00a0? Qui l\u2019a trouv\u00e9\u00a0? Qui le ramasse\u00a0? Trois paysannes, les plus pauvres, puisqu\u2019elles glanent. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re-plan, l\u2019opulente moisson s\u2019\u00e9tend sur la ligne d\u2019horizon, scission de ces deux mondes\u2026 qu\u2019un tournoiement d\u2019ocres et de blancs r\u00e9concilie, que les tons heureux de l\u2019\u00e9t\u00e9 habillent avec \u00e9quit\u00e9. Comment la composition structure-t-elle ce tableau\u00a0?<\/p>\n<p>Salon de 1857 &#8211; 83,5 cm x 111 cm<\/p>\n<h2><span style=\"color: #800000;\"><strong>Millet et les glaneuses : Une image du peuple rural<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>&#8220;Paysan je suis n\u00e9 ; paysan je mourrai&#8230;Je resterai sur mon terroir sans reculer d&#8217;un sabot.&#8221;<\/p>\n<p>Millet, le grand solitaire, s&#8217;est toujours d\u00e9fendu d&#8217;avoir eu des intentions sociales dans sa peinture ; il repr\u00e9sente ceux qui l&#8217;entourent, le peuple rural auquel il appartient par n\u00e9cessit\u00e9 (la ville l&#8217;a rejet\u00e9) et par tradition. Ce n&#8217;est pas un r\u00e9volutionnaire, il est du peuple, celui de la campagne ancestrale et il peint Des Glaneuses que Paul de Saint-Victor appelle les &#8220;Parques du paup\u00e9risme&#8221;. -&#8220;Non, dit Millet, je repousse le c\u00f4t\u00e9 d\u00e9moc&#8217;, tel qu&#8217;on l&#8217;a compris en langage de club et qu&#8217;on a voulu m&#8217;attribuer&#8230; Je suis paysan paysan.&#8221;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800000;\"><strong>Sujet<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>Millet expose ce tableau au <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2015\/04\/napoleon-iii-et-les-arts-plastiques\/\">salon de 1857<\/a> o\u00f9 il suscite des critiques contradictoires selon qu&#8217;elles \u00e9manent de droite ou de gauche.<\/p>\n<p>Avec <em>l&#8217;<a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2014\/10\/langelus-de-millet\/\">Ang\u00e9lus<\/a><\/em>, <em>Des Glaneuses<\/em>, plus connu sous le titre <em>Les glaneuses<\/em> le voit devenir le tableau le plus c\u00e9l\u00e8bre de Millet, popularis\u00e9 \u00e0 l&#8217;infini par la gravure, la reproduction et les multiples d\u00e9tournements dont il fut l&#8217;occasion.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 la fois une sc\u00e8ne de genre repr\u00e9sentant trois <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2011\/08\/le-paysan-dans-lart-au-xixe-siecle\/\">paysannes pauvres<\/a> en train de ramasser les rares \u00e9pis oubli\u00e9s par les moissonneurs comme le droit coutumier les y autorisait alors, et un vaste paysage de plaine en \u00cele-de-France au temps de la moisson \u00e0 la tomb\u00e9e du jour. Au premier plan, trois glaneuses en plein travail, au fond les moissonneurs.<\/p>\n<p>Au milieu du XIXe si\u00e8cle le monde paysan repr\u00e9sente l&#8217;\u00e9crasante majorit\u00e9 de la population Fran\u00e7aise, \u00e0 la fin du si\u00e8cle elle aura d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rablement diminu\u00e9 et Van Gogh grand admirateur de Millet ne pourra plus avoir cette m\u00eame vision d&#8217;un \u00e9tat de beaut\u00e9 malgr\u00e9 la mis\u00e8re et l&#8217;ignorance. Millet ne se bouche portant pas la vue; dans <em>Des glaneuses<\/em> la pauvret\u00e9, le silence des travailleurs de la terre r\u00e9duits \u00e0 la portion congrue sont bien l\u00e0. Mais ils sont encore les seuls \u00e0 produire la nourriture de tous les hommes, ils sont l&#8217;image m\u00eame du travail, ils l&#8217;incarnent ainsi que le lien avec la nature et cela avec une grande dignit\u00e9.<\/p>\n<p>Millet \u00e9tait lui-m\u00eame d&#8217;origine paysanne, son int\u00e9r\u00eat pour le monde de la terre n&#8217;est pas le fruit d&#8217;un choix de convention, nous sommes l\u00e0 loin des &#8220;pastorales&#8221; du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent. C&#8217;est une des raisons de la pol\u00e9mique que ce tableau provoqua au salon de 1857,\u00a0 Millet peint le bas de l&#8217;\u00e9chelle sociale, on ne peut se tromper sur son intention.<\/p>\n<p>On sait que le droit de glaner \u00e9tait tr\u00e8s rigoureusement r\u00e9glement\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque, les glaneuses, ces femmes de la paysannerie la plus pauvre, avaient\u00a0 moins de libert\u00e9 que les oiseaux ou les rats; or Millet les pr\u00e9sente comme sujet central de son tableau. Cette sorte de conclusion d\u00e9risoire donn\u00e9e \u00e0 la moisson. Le ramassage des miettes en quelque sorte, est la part d&#8217;ombre jet\u00e9e sur l&#8217;abondance.<\/p>\n<p>Le peintre place ses personnages en premier plan dans une sorte de l\u00e9g\u00e8re p\u00e9nombre, comme si le soleil qui \u00e9claire l\u00e0 bas la fin du travail de cette moisson s&#8217;\u00e9teignait sur ces trois femmes. Du sol, en bas du tableau, monte une ombre brune comme si la nuit de la terre commen\u00e7ait \u00e0 menacer les trois glaneuses. La sc\u00e8ne est pourtant sans tristesse, et totalement d\u00e9pourvue de pathos et de sentimentalisme. Mais cette peinture fait aussi appara\u00eetre la splendeur du monde tel qu&#8217;il est, cette ambigu\u00eft\u00e9 porta tort \u00e0 Millet car on tira son oeuvre vers l&#8217;interpr\u00e9tation chr\u00e9tienne, alors qu&#8217;une approche pr\u00e9cise de l\u2019\u0153uvre l&#8217;\u00e9loigne de tout discours si ce n&#8217;est de celui du mod\u00e8le antique d&#8217;une recherche de la beaut\u00e9 mais dans les choses elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr on peut voir <em>Des glaneuses<\/em> comme une &#8220;all\u00e9gorie r\u00e9elle&#8221; de la charit\u00e9 selon l&#8217;expression de son contemporain Courbet, de m\u00eame que <em>L&#8217;Ang\u00e9lus<\/em> le serait de la foi; et on ne s&#8217;est pas priv\u00e9 de le faire, pr\u00e9servant\u00a0 ainsi le peintre de &#8220;l&#8217;opprobre r\u00e9aliste&#8221; et plus tard de celle du <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2012\/01\/naturalisme-et-realisme\/\">naturalisme<\/a>.<\/p>\n<p>Millet peint ce qu&#8217;il conna\u00eet et ce qu&#8217;il aime, le monde dont il est sorti et dont il ne veut pas sortir; c&#8217;est un homme de la terre, on l&#8217;a vu, il en conna\u00eet la richesse et la pauvret\u00e9; mais en paysan, il en conna\u00eet aussi l&#8217;\u00e9conomie et la n\u00e9cessit\u00e9. On peut voir les glaneuses sous l&#8217;angle d&#8217;un <span style=\"text-decoration: underline;\">bucolisme<\/span> qui ne transfigurerait rien, mais qui affirmerait que seul ce qui est vrai peut atteindre le beau.<\/p>\n<p>Ce tableau est devenu une image embl\u00e9matique de la paysannerie fran\u00e7aise parce qu&#8217;elle en contient le climat et la r\u00e9alit\u00e9 et que cette image est belle, qu&#8217;elle apaise. Mais le tableau demeure myst\u00e9rieux car on ne s&#8217;explique pas le refus originel de cette oeuvre et son immense succ\u00e8s post\u00e9rieur. Aurait-il une dimension autre, contiendrait-il une sorte de conclusion touchant \u00e0 la condition humaine, c&#8217;est ce que nous allons voir \u00e0 travers le travail du peintre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800000;\"><strong>Composition<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>Les <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2012\/10\/composition\/\">compositions<\/a> de Millet sont tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9es malgr\u00e9 leur apparente simplicit\u00e9.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que cet artiste, comme son tr\u00e8s illustre pr\u00e9d\u00e9cesseur Nicolas Poussin, pensait la conception de ses tableaux au del\u00e0 du travail de la vue et de la main, mais aussi de l&#8217;esth\u00e9tique pure. La composition des glaneuses est fort int\u00e9ressante.<\/p>\n<p>Le tableau est coup\u00e9 en deux parties, le tiers sup\u00e9rieur occup\u00e9 par le ciel, les deux autres par la terre; bien sur tr\u00e8s pr\u00e9sente, c&#8217;est d&#8217;elle dont on parle ici. Il y a une grande diff\u00e9rence d&#8217;\u00e9chelle entre les glaneuses aux proportions imposantes et les moissonneurs minuscules \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re plan.<\/p>\n<p>Tout se passe sur terre, on remarquera qu&#8217;aucun personnage n&#8217;appara\u00eet sur fond de ciel except\u00e9e un bande d&#8217;oiseaux migrateurs, grains noirs \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 de la terre.<\/p>\n<p>Dans ces deux rectangles Millet a trac\u00e9 deux\u00a0 lignes courbes et une droite; la premi\u00e8re passe par les trois bonnets des glaneuses, la deuxi\u00e8me par les trois mains, la droite joint les trois sabots les plus visibles.<\/p>\n<p>Millet est une des premiers sinon le premier \u00e0 s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 la d\u00e9composition du mouvement dans le peinture, souci qui n&#8217;appara\u00eetra vraiment qu&#8217;avec Edouard Manet et <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2011\/11\/le-balcon-dedouard-manet\/\">Le Balcon<\/a>, 10 ans plus tard. Mais on ne s&#8217;en apercevra pas plus, malheureusement, car on se serait alors \u00e9loign\u00e9 des querelles st\u00e9riles qui ont d\u00e9tourn\u00e9 l&#8217;attention des faits artistiques d&#8217;une importance capitale comme ici l&#8217;apparition d&#8217;une action hors de toute connotation psychologique ou id\u00e9ale, l&#8217;action r\u00e9duite \u00e0 cette chose qui va devenir la valeur essentielle: Le travail. Et donc non plus l&#8217;apologie discursive de l&#8217;acte mais son analyse: ici comment fait-on pour ramasser par terre quelques \u00e9pis de bl\u00e9.<\/p>\n<p>Le geste est donc d\u00e9compos\u00e9 en trois moments chaque glaneuse incarnant un moment; le premier c&#8217;est regarder, elle n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 moiti\u00e9 pench\u00e9e la main tendue, incertaine, \u00e0 droite du tableau, elle cherche l&#8217;\u00e9pi oubli\u00e9 des moissonneurs, la deuxi\u00e8me est courb\u00e9e le visage s&#8217;approchant de la terre, elle d\u00e9signe la trouvaille; la troisi\u00e8me au centre est pli\u00e9e en deux, son visage dispara\u00eet presque tellement elle semble absorb\u00e9e, elle ramasse l&#8217;\u00e9pi, le geste est accompli. Mais Millet introduit une continuit\u00e9 du geste par le balancement des corps, le mouvement rond des croupes mais aussi par le rythme accompagn\u00e9 du geste du bras dont la main tient la maigre gerbe de bl\u00e9 et qui passe du devant appuy\u00e9 sur le genou, au c\u00f4t\u00e9 appuy\u00e9 sur la cuisse et enfin au dos \u00e0 l&#8217;endroit des reins; les trois endroits du corps que ce travail fait souffrir.<\/p>\n<p>Lentement le groupe avance dans ce balancement doux que Millet sait si bien faire vivre; il cr\u00e9e \u00e0 partir de ce rythme et par le colorisme une sorte de musicalit\u00e9 qu&#8217;on retrouve dans toute sa peinture.<\/p>\n<p>Cette harmonie et la ma\u00eetrise de son propos tiennent de son talent certes, mais Millet savait aussi parfaitement de quoi il parlait. Au loin dans une tra\u00een\u00e9e de lumi\u00e8re le travail de la moisson bat son plein. Millet l&#8217;a rejet\u00e9 \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re plan; le monde des moissonneurs et celui des glaneuses sont bien distincts; \u00e0 droite la petite silhouette \u00e0 cheval est celle du r\u00e9gisseur qui surveille le travail.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800000;\"><strong>Couleur, lumi\u00e8re<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>La mani\u00e8re de Millet et son colorisme sont tr\u00e8s nettement inspir\u00e9s de celle de Poussin, le peintre tourne d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le dos au romantisme, il se sent l&#8217;h\u00e9ritier de la peinture du 17e et 18e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Il y avait un certain courage \u00e0 proposer au public du milieu du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle des oeuvres d&#8217;une facture autant \u00e0 contre courant. Elle furent d&#8217;ailleurs mal re\u00e7ues.<\/p>\n<p>Millet reprend ici le th\u00e8me de Booz trait\u00e9 par Poussin (l&#8217;\u00e9t\u00e9) il ne garde que la moisson et introduit la r\u00e9alit\u00e9 paysanne \u00e0 la place du r\u00e9cit biblique; mais son colorisme est directement inspir\u00e9 de ce tableau et la <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2012\/11\/la-touche-et-la-matiere-en-peinture\/\">touche<\/a>, de la mani\u00e8re si chaude et pr\u00e9cise qui caract\u00e9rise le ma\u00eetre de la peinture classique.<\/p>\n<p>Il utilise des <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2012\/08\/cercle-chromatique-couleurs-primaires-couleurs-complementaires\/\">couleur<\/a> vives et belles, des couleurs &#8220;heureuses&#8221; pour les v\u00eatements des paysannes, mais c&#8217;est l&#8217;ensemble des coloris que portent les trois femmes qui cr\u00e9e cette impression heureuse, pris\u00a0 s\u00e9par\u00e9ment les costumes ne font pas cette impression, sauf peut-\u00eatre les notes roses de la femme du milieu que le peintre a sans doute voulu ainsi pour marquer la belle saison et le bonheur de l&#8217;\u00e9t\u00e9 qui est \u00e0 tout le monde, m\u00eame au pauvres.<\/p>\n<p>On retrouve cette splendeur de l&#8217;\u00e9t\u00e9, cette <a href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2012\/11\/la-lumiere-dans-les-tableaux\/\">lumi\u00e8re<\/a> profonde, somptueuse dans <a href=\"https:\/\/www.musee-orsay.fr\/fr\/collections\/catalogue-des-oeuvres\/notice.html?no_cache=1&amp;nnumid=238&amp;cHash=8c8b288713\"><em>Le Repos des faneurs<\/em><\/a> et ces m\u00eames emp\u00e2tements doux et ronds dans le travail sur les v\u00eatements. Les trois couleurs (primaires) des bonnets sont les notes dominantes\u00a0 d&#8217;une petite &#8220;m\u00e9lodie&#8221; de couleurs grises et ocre pour la premi\u00e8re femme sur la droite, rose bleue blanche et brune pour la seconde, bleue ocre et grise pour la troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>Sur le lent d\u00e9placement de ces femmes Millet fait une petite symphonie de couleur qui si elle est exempte de tristesse, ne l&#8217;est pas de majest\u00e9.<\/p>\n<p>La terre qui se d\u00e9nude au bas du tableau et qui devient sombre est trait\u00e9e en terre d&#8217;ombre br\u00fbl\u00e9e, un brun chaud mais dont l&#8217;intensit\u00e9 ,comme c&#8217;est le cas dans ce tableau, peut devenir inqui\u00e9tante. Les restes de chaumes sur cette surface de terre brune donnent au sol l&#8217;apparence du pelage d&#8217;un animal, animal gigantesque qui serait la terre elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Au loin la moisson dans le soleil; elle est enti\u00e8rement d\u00e9crite: sont l\u00e0 ceux qui coupent le bl\u00e9, ceux qui r\u00e9unissent les gerbes, ceux qui les\u00a0 nouent, ceux qui les portent, ceux qui s&#8217;occupent de la paille, ceux qui font enfin les meules. Sur eux la nuit ne tombe pas, ils sont en plein soleil et pas au bord, dans les marges de la vie rurale. Les v\u00eatements blancs dominent, et les jupes claires, il fait chaud ,on s&#8217;est d\u00e9barrass\u00e9 des v\u00eatements trop lourds.<\/p>\n<p>Il y a dans le lointain cette m\u00eame symphonie rythm\u00e9e par le travail, les deux femmes qui l\u00e8vent les gerbes correspondent aux deux hommes qui coupent \u00e0 la faucille et aux trois autres \u00e0 leur gauche qui nouent les gerbes, le travail de la moisson est beau, grandiose pour Millet, il y retrouve l&#8217;antiquit\u00e9, Virgile et la bible, il y retrouve une joie pour lui \u00e9ternelle; l&#8217;image qu&#8217;elle porte est celle de la f\u00e9condit\u00e9 ,de l&#8217;\u00e9t\u00e9, de la blondeur.<\/p>\n<p>Il exalte la moisson par un miroitement d&#8217;ocre et de blanc. Dans cette bande de terre o\u00f9 se fait la r\u00e9colte, le fleuve humain du travail coule entre les trois triples groupes de meules d&#8217;une mati\u00e8re tout aussi animale et majestueuse que l&#8217;est cette terre obscure o\u00f9 glanent les trois femmes.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re le travail le village et ses quelques maisons de pierre derri\u00e8re elles quelques arbres, \u00e0 gauche au del\u00e0 des meules l&#8217;espace sans borne de la terre et l&#8217;appel de l&#8217;espace; l&#8217;horizon des gens de la terre.<\/p>\n<p>Millet a plac\u00e9 la sc\u00e8ne dans la lumi\u00e8re rasante du soleil couchant. Celui-ci lui permet de modeler subtilement les formes des glaneuses, de faire des d\u00e9grad\u00e9es de couleurs et d&#8217;accentuer les ombres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800000;\"><strong>Mati\u00e8re, forme<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>Les formes puissantes et classiques des glaneuses sont modul\u00e9es par la lumi\u00e8re rasante. Elles ont une allure sculpturale. Les lignes arrondies des meules font \u00e9cho \u00e0 celles des dos courb\u00e9es des glaneuses.<\/p>\n<p>Sous l&#8217;effet de cette lumi\u00e8re rasante, la mati\u00e8re presque tactile de la terre h\u00e9riss\u00e9e de quelques tiges \u00e0 glaner contraste avec celle presque vaporeuse du ciel nuageux et de la maison dor\u00e9e.<\/p>\n<p>Il y a dans ce tableau une \u00e9vidente grandeur qui ne tient pas qu&#8217;au choix d&#8217;un sujet au contenu social indiscutable; la solennit\u00e9 de l&#8217;atmosph\u00e8re laisse penser que Millet cherchait \u00e0 travers ses sujets une dimension morale, celle-ci relevant de la culture dans le sens bien sur o\u00f9 on l&#8217;entendait \u00e0 cette \u00e9poque, c&#8217;est \u00e0 dire la culture humaniste.<\/p>\n<p>On sait que Millet \u00e9tait un fervent lecteur d&#8217;Hom\u00e8re, de Virgile, de Lucr\u00e8ce et sans doute de bien d&#8217;autres. Il confronte la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la culture, mais cette derni\u00e8re joue un toute autre r\u00f4le que chez la plupart des peintres de son temps; elle donne une profondeur \u00e0 ses oeuvres, elle nourrit le r\u00e9el au lieu de servir de ferment \u00e0 l&#8217;imagination.<\/p>\n<p>Le mouvement d\u00e9compos\u00e9 des Glaneuses met en jeu le temps dans le tableau, temps\u00a0 li\u00e9 au d\u00e9veloppement du geste qui si il est divis\u00e9 en trois actes incarn\u00e9s par diff\u00e9rents personnages est le m\u00eame pour chacun.<\/p>\n<p>Le travail de la terre est collectif et individuel \u00e0 la fois, il y a \u00e9videmment une division naissante du travail qui se tient au loin dans le fond du tableau o\u00f9 l&#8217;on moissonne; il s&#8217;agit d&#8217;une grande propri\u00e9t\u00e9 sans doute, \u00e0 droite du champ figure un cavalier, r\u00e9gisseur ou propri\u00e9taire.<\/p>\n<p>Les r\u00f4les sont bien d\u00e9finis comme nous l&#8217;avons vu plus haut , le travail est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 bas la grande machine humaine qu&#8217;il deviendra par la suite avec la r\u00e9volution industrielle. Mais ici au premier plan il semble qu&#8217;on nous parle du pass\u00e9, d&#8217;un reste d&#8217;une \u00e9poque r\u00e9volue, o\u00f9 le temps et le travail \u00e9tait li\u00e9 au forces de la nature, \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie et \u00e0 la pauvret\u00e9. Cette sc\u00e8ne du premier plan que l&#8217;ombre de la terre semble envahir d\u00e9crit une sorte d&#8217;arch\u00e9ologie du travail humain, la premi\u00e8re femme cherche du regard, la deuxi\u00e8me trouve, la derni\u00e8re ramasse. Regarder, d\u00e9signer, saisir.<\/p>\n<p>Millet introduit dans sa toile un propos, une pens\u00e9e qui d\u00e9passe semble-t-il le simple sujet donn\u00e9 au regard. Il l&#8217;\u00e9largit consid\u00e9rablement expose ici essentiellement le processus de tout destin humain qui se cherche se trouve et se r\u00e9alise. L&#8217;humilit\u00e9 est une des clefs du contenu moral de la peinture de Millet, elle n&#8217;est pas la seule bien s\u00fbr, mais elle recouvre une conscience complexe; la &#8220;pauvre condition humaine&#8221; comme il l&#8217;appelait est pr\u00e9sente ici, asservie \u00e0 la survie mais doubl\u00e9e d&#8217;un sentiment d&#8217;harmonie avec le monde et d&#8217;une sorte d&#8217;\u00e9merveillement devant sa splendeur.<\/p>\n<p>A ces trois paysannes Millet fait jouer le r\u00f4le de parques. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;entre en jeu l&#8217;artiste celui qui par le travail alli\u00e9 \u00e0 l&#8217;art sauve l&#8217;homme en d\u00e9passant\u00a0 par la beaut\u00e9 le drame de l&#8217;existence humaine. Ni mystique, ni r\u00e9aliste, Millet est un des derniers artistes dont l&#8217;essence morale est authentique, il \u00e9chappe \u00e0 toutes id\u00e9ologies, et se rattache \u00e0 l&#8217;humanisme. N\u00e9 la derni\u00e8re ann\u00e9e du r\u00e8gne de Napol\u00e9on premier et mort en 1875, Millet est au c\u0153ur du XIXe si\u00e8cle. Il est curieux de constater que ce peintre est rapidement devenu un phare pour les g\u00e9n\u00e9rations qui l&#8217;ont suivi; Il aura \u00e9t\u00e9 le grand inspirateur des impressionnistes, et un v\u00e9ritable ma\u00eetre pour Vincent Van Gogh.<\/p>\n<!-- google_ad_section_end -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<!-- google_ad_section_start --><p>Un t\u00e9moignage du travail et du d\u00e9nuement \u00ab\u00a0Le tableau vous attire de loin par un air de grandeur et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Je dirais presque qu&#8217;il s\u2019annonce comme une peinture religieuse\u00a0\u00bb. Tel est le mot d\u2019ordre d\u2019Edmond About, critique d\u2019art, \u00e0&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/2011\/08\/des-glaneuses-de-jean-francois-millet\/\">Suite &rarr;<\/a><\/p>\n<!-- google_ad_section_end -->","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[245,158],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4024"}],"collection":[{"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4024"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4024\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13589,"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4024\/revisions\/13589"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4024"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4024"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mieux-se-connaitre.com\/wp4\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4024"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}