Le nénuphar blanc

nénuphar blanc © Secrets de plantes

nénuphar blanc © Secrets de plantes

Botanique

Blancheur éclatante des fleurs,  larges feuilles ovales vert satiné flottant à la surface d’une eau tranquille : c’est le nénuphar blanc. Magnifique plante aquatique, elle se rencontre dans les eaux calmes et les étangs de l’Europe, de l’Asie et jusqu’en Inde d’où elle est originaire.
Sa floraison s’étend de juin à août : à l’aube, la fleur commence à sortir de l’eau, à midi elle est bien au-dessus et dès quatre heure, elle commence à se refermer. Sa tige rhizomateuse s’enfonce alors au fond de l’eau où elle différencie pour s’ancrer une multitude de petites racines. Ceci avec une régularité qui lui a valu le nom d’“horloge des eaux”.

Nénuphar blanc ou nymphéa ou reine des laces ou lune d’eau Nymphaea Alba de la famille des Nympheaceae, est une plante aquatique vivace des fonds vaseux et des eaux stagnantes ou à faible courant. Rhizome très fort, spongieux et féculent, enraciné au fond de l’eau.

Ses grandes feuilles ovales, épaisses, échancrées en coeur, longuement pétiolées, flottent sur l’eau.

Fleur blanche, grande, solitaire: 4 à 5 grands sépales colorés persistants, corolle composées de nombreux pétales placés sur plusieurs rangs superposés.

A la maturité le pédoncule se recourbe pour enfouir le fruit globuleux sous la vase. Fruit : baie sèche ayant la forme d’une capsule de pavot, elle renferme un grand nombre de graines.

Usages

Rhizome et fleur sont utilisés dans la médecine populaire.
Leur emploi remonte à la plus haute Antiquité, les Anciens : Théophraste, Pline et Dioscoride, furent unanimes à reconnaître son efficacité pour réprimer le désir et les songes érotiques. Cette propriété fut largement exploitée, en Égypte, tout d’abord, par les ermites, puis tout au long du moyen âge, en Europe, par les moines et les moniales, d’où son nom d’herbe aux moines.
Les arabes lui reconnaissaient la capacité de “congeler” le liquide séminal.
En usage externe, la fleur est adoucissante, elle permet de ramollir et de relâcher les tissus en calmant l’inflammation.
Elle est employée pour combattre les rougeurs et les plaques des peaux sensibles.
Du rhizome qui contient 40% d’amidon, on fit une farine de disette.
Ce même rhizome contient des tanins, il était utilisé pour apprêter les cuirs et teindre les tissus en noir.

 

Composition chimique et usages actuels

Nénuphar blanc

Nénuphar blanc

La fleur renferme :
– des acides organiques tels que l’acide ascorbique (vitamine C)
– des composés phénoliques constitués de flavonoïdes du type flavonols (glucosides de la quercétine et du kaempférol)
– des alcaloïdes apparentés à la nupharine
– 0,1 % de nymphaline
La fleur possède des propriétés sédatives.

Usages pharmaceutiques
La fleur est utilisée contre l’insomnie et l’anxiété.

Usages cosmétiques
On attribue à la fleur de nénuphar blanc des vertus hydratantes et tonifiantes.
Les extraits de fleur entrent par conséquent dans la composition de produits d’hygiène intime, des laits pour le corps, des crèmes émollientes pour les mains, des crèmes pour le visage destinées aux peaux sèches, matures et ternes.

Folklore

nénuphars blancs

nénuphars blancs © Secrets de plantes

Le mot nénuphar vient du sanscrit “nilotpatan” ou “nipplupal”. De “nipplupal”, les arabes ont fait le mot “nilufar” qui donna nénuphar.
En lui conférant le nom de nymphaea, les botanistes ont fait allusion à la blancheur de ses fleurs, symbole de pureté virginale qui désigne à la fois en grec les jeunes mariés et les nymphes, divinités des eaux dans la mythologie. Le langage populaire est encore plus expressif dans ses appréciations en appelant le nénuphar “clé de Vénus”, “lys des étangs”, “rose d’eau”, “herbe aux moines”, “herbe aux curés”.
Les Frisons ont fait du nénuphar un emblème de gloire et d’invincibilité,  en relation avec la force de sa symbolique virginale.  Mais elle représente aussi la froideur, l’impuissance et l’anéantissement.
Certains peuples slaves le considéraient comme une arme contre les esprits et ils en faisaient des talismans pour leurs longs voyages. Dans la même optique, disséminé autour des pâturages, le rhizome protégerait le bétail contre les bêtes nuisibles.

Cette plante a fasciné Monet qui ne s’est jamais lassé de peindre ses Nymphéas!

Recettes

décoction de nymphéa anaphrodisiaque

Posologie
fleurs de nénuphar blanc
30g pour 1 litre d’eau à prendre à la raison d’1 tasse avant chaque repas

rhizome
frais, râpé : 1 cuillerée à soupe par tasse, bouilli 5 minutes
séché, en poudre : 3 à 4 g par jour

sirop de nymphéa

Ingrédients
75g de fleurs
1litre d’eau bouillante
1,800 kg de sucre
Infuser 6 heures couvert. Passez et ajoutez le sucre. Cuire jusqu’à consistance de sirop.

lotion anti-couperose

Ingrédients
4 fleurs de nénuphar
4 verres d’eau
alcool camphrée
Faites réduire au tiers en bouillant. Ajoutez 1 cuillerée à soupe d’alcool camphré.
En lotionner le visage pour éviter la couperose.

Les Nymphéas bleus de Claude Monet

nymphéas

Les nymphéas bleus de Claude Monet – Musée d’Orsay

Glissement du regard sur l’eau

« Je suis complètement absorbé par le travail. Ces paysages d’eau et de reflets sont devenus une obsession. », existe-t-il une plus belle confession de Claude Monet sur son travail à Giverny.

De l’autre côté de Giverny, les apparences se prennent pour des réalités. L’obliquité flottante des nymphéas et la verticalité reflétée des saules pleureurs se croisent, s’entremêlent puis se noient l’un dans l’autre. Miroitement figé, dégradé de bleus, formes allusives, le temps s’évanouit à la surface des profondeurs. Comment la composition unit-elle eau et reflet ?

Année : 1916-19

Dimensions: 2 m x 2 m

Sujet

“Parterre d’eau” et “parterre céleste” selon les termes de Marcel Proust, le bassin aux nymphéas que Monet aménage à partir 1890 dans sa propriété de Giverny deviendra le thème de la dernière “série” des paysages qui l’occupera jusqu’à sa mort en 1926. Le terme de “nymphéa” est le terme scientifique du nénuphar blanc que Monet faisait pousser avec d’autres plantes aquatiques dans son “jardin d’eau” bordé de roseaux, de saules pleureurs et de glycines. Universellement connue, la série des “nymphéas” est indissociable du nom de l’artiste et résume ses ultimes recherches sur la représentation de la réalité objective de la lumière, de l’espace et de la couleur alors qu’il est en butte aux atteintes de la cataracte.

Cette grande toile de la dernière période de Monet est comme l’aboutissement d’une œuvre entière ; ce qui dans les Nymphéas avait été l’ agent conducteur de la recherche, le glissement sur l’eau et le miroitement de la lumière, tend ici à disparaître. Le tableau semble s’immobiliser et les deux surfaces, celle de l’eau et de son reflet, se rejoindre dans la surface même de la peinture. Nous sommes là très près du passage qui va s’opérer pendant ce siècle, ou la surface du tableau va devenir le lieu de la recherche des peintres et donner naissance à l’abstraction.

L’impressionnisme a là presque disparu, ce qu’il en reste est du domaine du travail du pinceau, de la touche.

Le tableau est totalement unifié, et se limite à ses bord si l’on peut dire, bords très présents puisque Monet les a laissés blancs par endroit ; et ce « limité à lui-même » donne au tableau un caractère contradictoire d’illimité, c’est le temps suspendu

 

Composition

Cette toile de grandes dimensions et de format carré répond aux ambitions décoratives de l’artiste et préfigure l’ultime décoration de peintre, les Nymphéas de l’Orangerie de Paris.

Y a t il encore une composition dans ce tableau ou plus rien ne bouge et ou l’espace en profondeur semble disparaître ; il serait plus juste de dire qu’il est travaillé en zones car si les fleurs sont vues obliquement le reflet des branches de saule pleureur sont verticales ce qui fait que les deux surfaces tendent à se couper au centre du tableau comme si cette différence entre reflet et objet réel voulait une dernière fois s’identifier, avant que ces deux surfaces ne se noient l’une dans l’autre.

Il n’en demeure pas moins que la structure du tableau est appuyée sur une verticale et une horizontale dont le dynamisme persiste à travers le travail de peinture qui tend à estomper la représentation. La diagonale étant accordée au regard, elle n’existe que lorsque visuellement l’œil distingue les deux plans de la surface de l’eau et du reflet. A cet instant du regard les deux éléments se séparent et le tableau rejoint toute l’histoire des Nymphéas depuis le début, mais cet instant n’est qu’un instant, le tableau réapparaît comme une surface de peinture et disparaît comme profondeur. Il y a donc un va et vient de la perception qui passe de la peinture à la représentation, et de la représentation à la peinture, Monet semble vouloir nous faire traverser un miroir, à cette époque commence la peinture abstraite; la surface du tableau devient le lieu de l’expérience.

La surface de la toile se confond avec la surface de l’eau et l’objet réel (les branches de saules) avec son reflet.

 

Couleur, lumière

C’est par la manière même de travailler que Monet produit ce va et vient du regard, la touche qui depuis 1869-70 a pris une place centrale dans sa peinture dans la mesure où elle est l’instrument de réalisation de ce jeu du reflet  et de lumière basé sur le miroitement, est ici l’élément central ; c’est elle qui fait miroiter la lumière de ce tableau, mais peut-on encore dire qu’il y a ici une  lumière, il serait plus juste de parler d’ambiance bleue, ce bleu pénètre dans le regard et c’est lui qui s’impose plus qu’une lumière. Monet fait vibrer son tableau en jouant sur un certain nombre de couleurs limitées et sur les petits espaces de toile laissés blancs ; il mêle à son bleu des carmins et des vermillons, un peu de jaune et d’orangé dans le cœur des fleurs, un peu de bruns dans certains endroits bien précis et c’est tout, la base de coloris reste le bleu et le vert en deux tonalités ; celle des feuilles de nymphéas et celle du reflet des branches de saule pleureur.

Ce tableau est basé sur un effet de bichromie (seulement deux couleurs, le bleu et le vert) ponctuée par quelques touches de blanc, carmin et ocre pour les nymphéas.

 

Matière, forme

L’équilibre entre la représentation et la peinture s’est transformé dans ce tableau, c’est sans doute la raison pour laquelle Monet a donné cet aspect très mat et très « peint » à la matière de sa touche. Il y a dans sa démarche de cette époque la continuation des inspirations des post-impressionnistes et surtout des nabis tendant à restituer à la peinture son rôle décoratif, ou plutôt à restituer à la peinture sa dimension décorative; la touche est d’une extrême liberté et semble très rapide, elle a pour but de capter un effet de couleurs et de lumière à un instant précis et de donner une image de notre perception du réel dans l’espace et le temps. Comme l’espace se confond avec la surface de la toile, le temps est aboli par une opération esthétique.

Les formes sont allusives, ce ne sont que des invocations de la réalité objective. Avec Monet, l’impressionnisme ouvre la voie aux recherches de la peinture moderne.

Pour aller plus loin dans la compréhension de ce tableau.

L’agave, plante paresseuse

agave

agave © Secrets de plantes

Botanique

Plusieurs espèces sont regroupées sous le nom d’agave. Elles sont originaires d’Amérique du Nord et d’Amérique Centrale (où elles sont fortement associées à la religion aztèque) mais sont bien naturalisées en région méditerranéenne (depuis le XVIe s.), en Afrique (Kenya, Angola) et dans le sud de l’Asie.

L’agave, Agave americana ou  Agave sisalana de la famille des Amaryllidaceae porte de larges feuilles épaisses, pouvant mesurer jusqu’à 1m50, aux bords hérissés  de pointes dures. Ces feuilles s’organisent en rosette autour d’une inflorescence qui, après une croissance d’une dizaine d’années, peut mesurer jusqu’à 10 mètres et porter plus de 1 500 fleurs.

Après cette floraison spectaculaire, la plante meurt.

Usages

Les feuilles et les racines sont traditionnellement utilisées en Amérique du Sud pour leurs propriétés diurétiques, dépuratives, antiscorbutiques et antisyphilitiques.
Les feuilles contiennent essentiellement une saponine et les racines des matières sucrées. Ces racines peuvent être un bon succédané de la salsepareille comme antisyphilitique. On les emploie essentiellement en teinture et en décoction.
. Au Mexique la sève évaporée, donne le miel de Maguey, dont on obtient par fermentation des boissons alcoolisées célèbres tel le “ pulque ” (boisson nationale mexicaine), le “ mescal ” et certaines “ tequilas ” très fortes.
Le pulque aurait été une boisson consommée en grande quantité par les grands prêtres aztèques avant les cérémonies sacrificielles. Aujourd’hui encore les chamans l’utilisent pour atteindre l’état de transe.
Au Mexique, on se servait de ses grandes feuilles pour couvrir les maisons.

Les feuilles fibreuses de l’Agave sisalana servent à fabriquer une matière textile, le sisal, en séparant les fibres pour les laver puis les sécher au soleil. Le sisal, utilisé dans la corderie, a une bonne résistance, il est réputé. On l’utilise également pour en faire des sacs.

Folklore

En Espagne, il était appelé “ arbol de maravillas ” (arbre aux merveilles) car on pensait qu’il était immortel et fleurissait tous les deux cents ans (en réalité tous les 10 à 12 ans). Linné, se référant à cette croyance, a tiré le mot “ agave ” du grec agauos (merveilleux).L’agave, que l’on nommait à tort “ aloès ” avant que Linné ne lui donne son nom, a été implanté dans le sud de la France au XVIe siècle. On en faisait des haies infranchissables (à cause de ses épines) et peu exigenates en eau.
Il était surnommé “abécédaire” car son action salivatoire (due à la saponine) aidait à “délier la langue des enfants”.
Source inespérée dans les déserts, la sève est appelée “ aguamiel ” .

La tradition espagnole ajoute que c’est le Diable qui est à l’origine de sa création : voyant Dieu créer la menthe, une toute petite plante aux feuilles minces et tendres, le Diable jaloux décida de créer une plante très grande aux feuilles épaisses et charnues. Il fit l’agave, hérissé de piquants et paresseux comme lui, ne fleurissant que tous les deux cents ans. Heureusement, car sa floraison annonce guerres, pestes et famines.

Au Mexique, l’usage de couvrir les maison de ses feuilles était censé apporter la fertilité : si un couple qui n’avait pas d’enfants refaisait sa toiture, avant un an la femme était enceinte.
A rapprocher de la réputation aphrodisiaque de l’agave : les indiens mélangeaient son jus à d’autres plantes aromatiques pour éveiller l’appétit sexuel.