Testez les limites de votre logique!

mystère

Un sous-sol fermé par une grille

Défier la logique

Si vous voulez que votre raison soit déroutée jusqu’au malaise, si vous voulez vivre des cauchemars éveillés, voir votre logique prise en défaut, plongez-vous dans des histoires de chambres closes et de crimes impossibles. 750 romans du genre sont analysés dans Chambres closes et crimes impossibles, le livre de Michel Soupart, Philippe Fooz et Vincent Bourgeois.

Si vous avez besoin d’un catalyseur pour votre imagination, si vous voulez vous familiariser avec tous les types de solutions aux casse-tête des chambres closes, je vous conseille ce livre dont j’ai extrait la classification des types de solutions et un exemple.

Sur ces bases, écrivez votre propre nouvelle.

1 – le local n’est pas vraiment clos

A – locaux avec issues bien connues

– porte ouverte ou sous contrôle non permanent (l’assassin n’a pu fermer la porte, a oublié de fermer la porte, fait croire à la fermeture par un simulacre de déverrouillage, idem par un tiers)

– fenêtre, lucarne, vasistas, oeil-de-boeuf (même cas que ci-dessus)

– hublot, lance-torpille, sas

– oesophage, anus, sphincter, pores, glandes lacrymales

B – locaux aux issues moins évidentes

– cheminées, tuyau de poële

– bouche d’aération

– cage d’ascenseur, monte-plats, monte-charges

– gaines techniques

– serrures ou mécanismes de fermeture

C – Locaux aux issues secrètes, semi-secrètes, cachées

trappe, porte secrète, souterrain

D – Locaux avec issues pouvant laisser passer un être vivant

– un être humain adapté au passage (nain, enfant)

– un être vivant non humain (animal, végétal, microbe)

E – Locaux avec issues pouvant laisser passer un objet inanimé

– ayant une masse (liquides, gaz, poisons, outils)

– dépourvu de masse (interactions électriques, nucléaires, sons, ultrasons, etc.

F – Divers

– solution surnaturelle (ectoplasme spirite-

– solution mathématique (passage dans la 4e dimension)

– paradoxes topologiques (bouteille de Klein, bonnet croisé)

– solution parapsychologique (psychokinèse)

1 – le local est vraiment clos

A – Il  n’y a pas eu crime mais:

– suicide (ou vol par le volé) (que la victime a voulu faire passer pour un meurtre)

– accident (son auteur veut le faire passer pour un crime, l’accidenté a organisé la mise en scène, une tierce personne l’a camouflé en crime, causé par un phénomène naturel, causé par une réaction réflexe naturelle

– folie furieuse conduisant à la mort

– machination (pour abuser un voyeur par exemple)

B – Il y a eu crime

– commis à l’aide d’un dispositif mécanique, électrique, chimique

– commis directement sans mécanisme à retardement avant la fermeture (porte refermée de l’extérieur, maison ou local terminés après le crime, l’assassin est resté caché dans le local, témoins qui mentent ou abusés se trompant de bonne foi

– commis directement sans mécanisme à retardement après la fermeture (victime droguée et endormie, tuée par un des arrivants, victime simulant la mort qu’exploite un complice, ailleurs: tromperie par duplication des lieux, avant et ailleurs : la victime s’enferme dans le local, déjà touchée ou empoisonnée, et meurt)

– le local clos est l’instrument du crime

Exemple : A 139 pas de la mort de Paul Halter (1994)

On a à faire à un local vraiment clos qui combine le crime commis directement sans mécanisme à retardement, avant fermeture et la machination.

Neville Richardson s’intéresse à une belle inconnue dans une taverne. il voit un individu emboîter le pas à la jeune femme, il les suit et entend proférer des menaces par un homme à la voix cassée. Il est question d’un événement grave devant avoir lieu le 16 avril à 21 heures dans un lieu en rapport avec un oiseau.

Il s’en ouvre à l’inspecteur Hurst qui tique à la mention d’un homme à la voix cassée car un certain John Paxton est venu leur parler d’un mystérieux commanditaire qui lui impose, contre rémunération, un itinéraire insensé à parcourir à pied, affublé de vêtements et de chaussures qu’il fournit, afin de remettre, chaque jour, une lettre à la même adresse! Il est vraiment surpris de constater qu’il s’agit toujours de la même enveloppe et qu’elle ne contient que du papier blanc.

L’inspecteur découvre que la même mésaventure est arrivée à une certaine Mme Rosenwater. Le soir du 16 avril, les déductions de l’inspecteur lui permettent, mais trop tard, de retrouver l’endroit mystérieux : le corps poignardé de Paxton y est découvert avec une douzaine de paires de chaussures parfaitement alignées entre le bord du mur et la tête de la victime.

Quelques jours plus tard, la mystérieuse voix cassée informe la police qu’un événement étrange doit se produire dans une maison abandonnée de Pitchford. L’inspecteur y découvre une incroyable mise en scène. Dans un lieu hermétiquement clos, où le sol est recouvert d’une couche de poussière uniforme et vierge de toute empreinte, accumulée là depuis cinq ans, repose dans un fauteuil, le cadavre d’un homme mort depuis plusieurs années; et les lieux sont parsemés de 139 paires de chaussures.

Imaginez une solution….ou lisez le livre qui entrecroise à plaisir le morbide, l’inquiétant et l’insolite excentrique….mais pas de surnaturel, tout est exact et exemplairement correct.

perception de la réalité

Magritte, ceci n'est pas une pipe

Magritte, ceci n’est pas une pipe

Rendre fou

Essayez le poisson d’avril collectif. On peut rendre fou quelqu’un et le faire douter de sa santé mentale en le persuadant qu’il n’a plus une perception correcte de la réalité.

Pour cela, il faut s’y mettre à plusieurs et tenir sa composition. Par exemple, un de vos collègues arrive au bureau avec un pull vert et vous lui dites:

– superbe ton pull rouge, où l’as-tu acheté?

– Mail il n’est pas rouge, il est vert!

– je t’assure qu’il est rouge, demande aux autres….

Et là est toute l’astuce : comment enchaîner avec d’autres, mis dans la confidence afin que tout paraisse naturel: prendre un complice à parti pour confirmer, un troisième peut demander s’il a fait récemment des examens visuels pour savoir s’il est daltonien, etc.

Essayez de tenir toute la journée, mais il faut mettre tout le monde dans le coup, pas un seul ne doit rétablir la vérité.

Et essayez de trouver mieux que la couleur du pull!

Par exemple, lors de la transmission d’un match de foot, un des spectateurs s’éclipse pour aller pisser. Lorsqu’il revient, il demande:

– alors on en est où?

– l’Allemagne a marqué!

– le savais bien qu’on allait perdre!

A partir de ce moment-là, sans même regarder l’affichage du score, le spectateur regarde tout le match à travers ce biais, la fausse information est devenue sa réalité.

Pratiquons la zététique afin que nos jugements ne soient pas sans cesse biaisés par les fausses informations, d’autant plus pernicieuses qu’elles sont massivement relayées.

La truite de Gustave Courbet

La Truite, de Gustave Courbet - Musée d'Orsay

La Truite, de Gustave Courbet – Musée d’Orsay

Une sombre agonie réaliste

Cette toile de 1873 est une variante un peu plus grande et en largeur,  de la célèbre Truite de 1872 du Kunsthaus de Zurich.

Quelle triste fin. Certains laissent courir le bruit que Courbet met en scène son propre malheur.

La gueule ouverte, la truite gît, échouée, sur un banc de cailloux. Tension du corps et réalité asphyxiante… la touche au couteau renforce les coloris, les gouttes de sang amplifient le noir de l’ouïe, c’en est fini. Quel est le rôle de la couleur dans cette toile, considérée comme une allégorie de la destinée du peintre ?

Sujet

Après avoir purgé sa peine de Communard à la prison de Sainte Pélagie à Paris et avant de partir pour un exil définitif en Suisse, Courbet séjourne quelque temps  près d’Ornans dans son Jura natal. La tradition de la pêche à la truite y était bien vivante et l’artiste en tire le sujet de splendides natures mortes d’un style réaliste auquel  il apporte une forte empreinte de romantisme tragique. La truite éternise un moment, celui de ce genre de pêche : au lancé, qui fait marcher les pécheurs dans l’eau de la rivière. Courbet à travers cette superbe prise condense tout un univers : celui de la rivière de montagne.

Courbet est en exil volontaire, on a voulu le ruiner. A Ornans où il s’est réfugié « on » a incendié son atelier, il trouvera refuge de l’autre côté de la frontière dans ce même Jura, en Suisse.

C’est la deuxième version d’un tableau peint en 72 ; on ne peut s’empêcher face à cette œuvre d’y voir autre chose que la simple bête morte : l’exposition cachée mais au combien violente et tragique du sentiment que Courbet a de sa situation en ces années de malheur. On a tiré cet animal, magnifique de puissance, de son élément, on l’a blessé, et le peintre donne à ce sang qui coule des ouïes une valeur particulière qui accompagne l’expression morte du poisson, la gueule ouverte laissant l’écho du dernier râle d’un torturé. Mais l’admirable est que Courbet n’est pas anéanti par l’opprobre, il poursuit son œuvre, son propos sur la nature est le même, sa conception de la beauté identique. Dans sa peinture rien n’a changé.

 

Composition

L’intelligence de la composition de Courbet force l’admiration d’autant qu’elle est d’une grande simplicité : trois lignes diagonales font ce petit espace où gît la truite, c’est un espace regardé, serré autour de ce que l’on aperçoit brusquement et dont l’expressivité marque la sensation.

La bête morte est posée sur la rive, sur les cailloux et la roche, ces trois lignes enferment sa mort et pétrifient l ‘expression d’asphyxie que la gueule  de l’animal exprime. Navire échoué en travers d’une grève de hasard, la prise grandiose pour le pêcheur se sépare de l’événement pour entrer, grâce à ces lignes de pierres qui sont aussi falaises, dans le lyrisme du paysage, car si Courbet ne s’échappe pas d’une représentation fidèle du réel, il l’envoûte par son art de composer et de peindre ; art qui comme les plis du soufflet de l’appareil photo, se déplie en couches d’impressions sensorielles dont les sonorités qui rappellent chez lui si fort la musique, nous emporte dans cet univers de passion qui lui est propre.

Couleur, lumière

La palette de cette toile est riche de coloris très chauds qui font la sécheresse de la pierre et du sable de rivière en bas du tableau, les teintes de bruns rouges et d’ocre  jaune rendent parfaitement ces couleurs de pierre ferreuse qui entrent en opposition avec les gris brillants, teintés de rose d’orangé et de bleu de la peau de la truite, c’est un travail de double camaïeu que le peintre fait scintiller par des taches de différentes couleurs, le point culminant de ces taches, est donné par le sang qui attire le regard sur la tête du poisson, dramatisant la ligne noire de l’ouïe, la transformant en blessure mortelle.

Mais c’est la lumière qui étonne le plus, car elle crée une dramatisation, un lyrisme sombre ; elle est concentrée en bas du tableau et l’aspiration vers le haut de la bête agonisante se heurte aux teintes brunes de la roche enfermant le sujet comme dans une cellule de pierre.

 

Matière, forme

Cette peinture est presque entièrement travaillée au couteau, technique que Courbet inventa et qui fut abondamment employée par la suite. Cette manière est une technique d’empâtement qui ne nécessite aucun adjuvant à la pâte de couleur, elle permet de couvrir vite et très fortement, et de donner un éclat dense et puissant aux coloris.

Le côté coupant et légèrement écrasé des formes de la touche au couteau a une force un peu brutale qui plaisait sans doute à Courbet, amateur d’une facture rapide ; sa manière voluptueuse parente de celle de Giorgione et de Titien s’accordait bien avec cette trouvaille technique qui changeant la touche ne changeait pas l’esprit de la peinture. Cette audace technique lui permettait la spontanéité qui lui était nécessaire.

Courbet aime masquer ses intentions les plus personnelles, sa faconde de montagnard jurassien n’empêche pas le secret et la pudeur. Le fruit d’une partie de pêche qui sans doute fut un moment de joie dans la nature, donne l’occasion secrète d’exprimer des sentiments d’une force tragique qui n’a d’égale que ceux qu’on trouve dans la grande peinture romantique (Delacroix, Isabey) mais avec une différence de taille, car Courbet ne symbolise pas, cette truite est un petit événement réel qui aperçu soudainement, recouvre l’état affectif du peintre ; c’est cette situation qui lui permet de lire un réel dont il voit la sublime beauté et d’en faire un sujet de sa vie.

Cette double signification, ce raccourci qui échappe au symbolisme tel qu’il fut conçu avant lui, vient bien sur du romantisme mais il a perdu l’idéalité au profit de l’identité. Cette évolution de l’attitude du peintre, Manet l’apercevra immédiatement et bien sûr les impressionnistes à sa suite, car elle fut pour ces artistes un instrument de libération de leur arts.

Cet animal blessé est l’image même du peintre.