Gogologie, quel gogo êtes-vous?

"Haute banque" par Paul de Sémant, caricature, extraite de la bombe, a trait à l'affaire du comptoir d'Escompte. A droite, Rouvier, ministre des finances, et à gauche, Ferry en Robert Macaire, s'entendant à plumer un gogo

“Haute banque” par Paul de Sémant, caricature, extraite de la bombe, a trait à l’affaire du comptoir d’Escompte. A droite, Rouvier, ministre des finances, et à gauche, Ferry en Robert Macaire, s’entendant à plumer un gogo

Définition et synonymes de gogo

Gogo : nom générique dévolu à tous les jobards qui se laissent prendre aux annonces financières ou autres.

L’origine de mot est sans doute la déformation de nigaud obtenue en supprimant une syllabe (aphérèse) et en dupliquant l’autre (gémination). L’aspect puéril et immature du mot est projeté sur le personnage que l’on traite de ce nom.

Le dictionnaire Robert le définit comme “le nom d’un personnage crédule qu’on trompe facilement”.

Le mot gogo s’utilise de manière intransitive: on dit que Untel est un gogo sans plus de précision. On ne sait ni par quoi, ni par qui il se fait avoir.

Ceux qui trompent le gogo peuvent donc le faire avec la conscience tranquille, puisque la nature du gogo est tout simplement d’être gogo.

Dans la fable le renard et le bouc, Jean de La Fontaine prévient avant le récit : l’un était “expert en fait de tromperie” et l’autre “ne voyait pas plus loin que le bout de son nez”, ce qui indique bien la part de responsabilité de celui qui est dupe de l’autre. “Il faut punir les victimes” disait Sade.

Quelques synonymes pour varier vos injures…

crédule, dupe, gobe-mouche, gobeur, jobard, jocrisse, micheton, naïf, niais, pigeon, poire, nigaud.

…et quelques citations

C’est Jojo le démago
Président des gogos
Qui fascine les pecnos
Quand il danse le tango

Renaud

« Les gogo ..  les gaulois ! »  la vigie de la galère romaine, dans Asterix

Et enfin “Cogito, gogo sum” Descartes revu et corrigé

Les gogos au XIXe siècle

Robert Macaire, fameuse pièce de MM. Frédérick Lemaître, Saint-Amand (amand Lacoste) et Benjamin Antier (Folies Dramatiques, 14 juin 1834) met en scène M. Gogo, personnage épisodique.

Dans Robert Macaire, M. Gogo apparaît à la scène VI du Ier acte dans laquelle Macaire expose à ses actionnaire que son entreprise d’assurance contre les voleurs est des plus prospères. Dans cette comédie, les auteurs ont fait de M. Gogo le type de l’actionnaire raisonneur et récalcitrant, ce qui le distingue du vulgaire gogo, trompé, volé et content, tant prisé par les lanceurs d’affaires.

M. Gogo n’est pas mort. De temps à autre, nous le voyons encore révéler sa présence dans certaines assemblées d’actionnaires, en particulier lors de l’affaire de Panama.

Les gogos sont un gibier tellement précieux pour les financiers en quête de capitaux que leurs nom, dès qu’ils se manifestent, sont précieusement recueillis et conservés. Les bonnes listes de gogos se vendent très cher. Leur prix varie de deux à trois cent francs (prix fin XIXe). Il suffit, pour y figurer, d’avoir, une seule fois dans sa vie, pris part à quelque émission publique. On s’en aperçoit à la nuée de prospectus de toutes sortes qui viennent chaque jour vous assaillir.

« Le musée de la conversation : répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiosités littéraires, historiques et anecdotiques… » Roger Alexandre – 1897

Monsieur Gogo à la Bourse, de Jean-François Bayard (1838)

La Famille Gogo roman populaire de Paul de Kock dont Jérôme Gogo, homme de 46 ans est le plus gogo des représentants, reprend le thème du gogo en 1844.

Daumier consacre une série de 100 caricatures à l’escroc Robert Macaire. L’une d’elle s’intitule Mésaventures et désappointements de Mr. Gogo.

Comment attraper un gogo….

…Ou petit cours “d’attrape-gogo”, c’est à dire, disons-le d’escroquerie, d’attrape-nigaud, pour tromper, attraper, séduire, convaincre, suggérer…

Voici quelques recettes simples parmi tant d’autres:

–       s’intéresser au gogo, à sa vie et à ses problèmes, le flatter, le mettre en valeur.

–       sembler pauvre et démuni mais pas loqueteux et se mettre dans une situation où tout le monde voit bien qu’il vous manque de quoi payer… mais que ce n’est  pas votre faute.

–       Vendre à la dédaigneuse en amenant le gogo sur un autre objet que celui qu’on veut lui  vendre : il a ainsi l’impression de le découvrir fortuitement et de “dénicher la bonne affaire”.

–       Faire pitié pour donner mauvaise conscience au gogo de ne pas aider. Exciter la compassion.

–       Utiliser le délit de gueule pour dénigrer les concurrents, par exemple: “Comment pouvez-vous faire confiance à quelqu’un qui a les oreilles aussi petites ?”. Vous comprenez rapidement toutes les variantes sur le sujet.

–       Démonter la technique de l’escroquerie pour inspirer confiance : quelqu’un qui met en garde avec autant de franchise ne peut pas être un escroc, pense le gogo.

–       Lorsqu’on en a, on peut utiliser ses appâts et les montrer, toutes les grandes courtisanes officielles ou non, toutes les Mata-Hari savent cela, utiliser leurs jeux de jambes et de séduction.

–       Donner à l’autre le sentiment d’exister en se servant par exemple de ce qu’on sait de lui par sa communication non verbale, de ses réactions aux propos qu’on lui sert et de ce qu’il dit spontanément (toutes les diseuses de bonne aventure sont particulièrement fortes à ce petit jeu).

–       Utiliser les superstitions du joueur : s’arranger pour les lui faire avouer et les resservir plus tard, dans les mêmes termes.

–       Ne jamais laisser transparaître son impatience de gruger le gogo

–       Flatter l’ego du gogo

–       Amener le gogo à vous confier un secret, il s’imaginera proche de vous; à partir de ce moment là, vous arriverez à savoir tout ce dont vous avez besoin pour l’escroquer, il vous suffira de l’écouter avec intérêt.

Comment peut-on se faire avoir “à ce point-là”

Que celui qui ne s’est jamais fait avoir jette la première pierre!

Tout le monde considère que se faire “un peu”est normal (achat impulsif, consultation de son horoscope, et même vote). Le gogo, lui se fait avoir pathologiquement, et chacun de se dire “mais comment a-t-il pu être crédule à ce point-là, pourtant c’était quelqu’un d’intelligent, de cultivé, etc.”
Mais les gogos meurent parfois de leur naïveté, on a pitié, on compatit, mais on essaie de vite oublier…car “c’est arrivé près de chez nous”, car on se demande au fond si on ne pourrait pas devenir gogo, dans le cas où les bons ingrédients sont réunis.

Et que dire de l’escroquerie latente, rampante et “officielle”: sur certains packs de  boissons américaines la contenance est imprimée en once et les quantités de sucre en grammes, bien sûr le “g” est présent, en tout petit. Les tablettes de chocolat affichent “traces de fruits à coques” pour ne pas dire cacahuètes,  etc.

Vendre de l’imaginaire (ou du bluff) est tout un art, et a un coût : celui d’une publicité ciblée et d’un marketing habile ! Le plus drôle, c’est que les victimes des produits miracles en tous genre sont souvent satisfaits, surtout s’ils portent le label “vu à la télé” ou “vendu en pharmacie”.

Les droits du gogo

Aujourd’hui, nous sommes bien loin de Sade et il est politiquement incorrect de ne pas plaindre ceux à qui arrive malheur et de ne pas être solidaire avec eux.  Tout citoyen peut engager une procédure contre le responsable de ses mésaventures quelles qu’elles soient. Si le gogo est gogo de façon innée, il n’est plus possible de se moquer de lui, il faut chercher le méchant.  La présomption d’innocence joue à fond et sans nuance pour la victime. Mais, un peu de sincérité avec nous-même, plaignons-nous vraiment les victimes de Madoff?

Mais qui accuser lorsque nous avons du mal à savoir dans quelle mesure nous nous laissons manipuler par les médias et maintenant par les buzz sur Internet?

Petite histoire édifiante où un escroc est acquitté par le tribunal, car en somme, on n’a rien à lui reprocher:

Au début du XXe un monsieur faisait paraître la publicité suivante

“Pour avoir les seins droits, résultats garantis,  envoyez trois timbres et une enveloppe timbrée à votre adresse.”

La plaignante, une grosse dame aux seins tombants montre la réponse qu’elle a reçue:

“Pour avoir les seins droits, marchez à quatre pattes”.

Le juge fait mettre la dame à quatre pattes, constate que ses seins sont bien droits, que la plaignante a bel et bien reçu une réponse, conclut qu’il n’y a pas publicité mensongère et déboute la plaignante.

Quel gogo êtes-vous?

L’expression “croire au père Noël” définit bien le gogo, mais avec la poésie en plus.

Faites ce test psy pour savoir comment vous gobez tout ou si vous pratiquez la zététique.

  1. "Noël", ce mot évoque surtout pour vous:




  2. Quand avez-vous cessé de croire au père noël?




  3. Pour vous, acheter les cadeaux, c'est:




  4. Lorsque vous voyez un père Noel dans la rue vous avez envie de:




  5. pendant l'année, lorsque vous voyez un sapin vous pensez:




  6. On vous dit que le Père Noël va vraiment exister pendant un jour, vous lui demandez:




  7. Tout le monde a le droit de gagner au loto…




  8. Lorsque vous faites un cadeau à quelqu'un, vous espérez:




  9. Guirlande…




  10. Décembre...




  11. Le mot gogo vous évoque…




  12. Vous recevez un message "En cliquant ici, vous pouvez gagner 1 million d'euros"




A qui faites-vous confiance?

gogologie

accident

Après avoir passé en revue vos connaissances et vos proches, décidez de la personne à laquelle vous faites totalement confiance. Suivez-là aveuglement, aussi bien pour traverser une rue les yeux fermés que pour placer votre argent ou décider d’une stratégie vis à vis de votre employeur pour avoir une augmentation ou une promotion ou vous éviter un accident.

Lorsque l’on n’est pas sûr de soi, ce peut être un bon choix à condition de ne pas se tromper de personne. Avant de vous décider, analysez les raisons pour lesquelles vous faites confiance à cette personne : l’avez-vous testée ou avez-vous  juste un bon feeling. Quelles sont les informations réelles dont vous disposez pour lui faire confiance?

Vous pouvez déjà tester si c’est un(e) véritable ami(e): vous appelez en pleine nuit et vous lui demandez de venir vous aider : vous avez un cadavre dans votre salon. Vous ne dites rien de ce cadavre. Si la personne se précipite chez vous, elle a passé brillamment l’examen de l’amitié!

Si vous voulez vous déstabiliser totalement quant aux raisons de vos choix, vous pouvez lire le livre Système 1/système 2 du prix Nobel Kahneman. Ce livre traite des deux vitesses de la pensée.

J’en ai tiré le petit problème suivant à résoudre:

Une batte et une balle coûtent 1,10 dollar

La batte coûte 1 dollar de plus que la balle

Combien coûte la balle?

Quel est le chiffre qui vous vient à l’esprit?

Selon la réponse que vous allez donner, méditez sur la paresse de votre intelligence.

Sortilèges et superstitions

gogologie

champignons poussant en ronds de sorcière

Notre attitude envers les superstitions n’est pas toujours claire. Il suffit d’écouter les personnes qui croient à la télépathie, qui voient dans des événements résultant de simples coïncidences statistiques, les effets d’un sortilège quelconque.

Afin d’en finir avec vos croyances obscures, essayez deux recettes qui ressemblent très fort à de la sorcellerie afin de bien vérifier qu’elles sont totalement inopérantes.

Premièrement, la vengeance froide: si un voisin vous embête particulièrement, écrivez sur un papier daté “je remercie l’univers de faire partir M. et Mme X (mettre le nom) qui m’ennuient quotidiennement.” Vous mettez le mot au congélateur et vous plantez dans un endroit invisible de votre voisin, mais sur la limite de votre propriété avec la sienne un balai PLANTÉ à l’ENVERS.

Deuxièmement, l’apaisement d’une rancune: vous écrivez tout ce que vous avez sur le coeur à propos de vos rapports avec un proche et vous mettez le mot dans votre compost, ou dans la terre…et vous attendez sa décomposition.

Amusez-vous bien et si vous êtes assez gogo pour suivre ces conseils, demandez-vous si finalement, dans un coin obscur de votre cerveau, vous n’y croyez pas un tout petit peu. Si par un grand hasard, il se passe quelque chose, dites-vous que c’était pure coïncidence.

Le sapin, roi des forêts

sapin, © Secrets de plantes

sapin, © Secrets de plantes

Botanique

Le sapin, ou Abies alba ou Abies pectinata de la famille des Pinaceae, vit la plupart du temps en forêt, dans la montagne. On le rencontre en France dans les Vosges, le Jura, les Alpes, les Cévennes, le Massif central, les Corbières, les Pyrénées, en Corse. Il  est spontané, de 400 à 1900 m, en Europe centrale et méridionale, en Asie mineure, dans le Caucase. Il peut vivre plus de 800 ans.

Son tronc droit se ramifie régulièrement en verticilles de branches horizontales à ramuscules opposés ; son écorce d’un gris argenté, est d’abord lisse puis écailleuse ; son bois est blanc.
Les feuilles sont toutes solitaires, naissant isolément, en spirale, disposées sur 2 rangs opposés, d’un vert sombre à la face supérieure, marquées de deux raies blanches en dessous, de forme linéaire, raides et persistantes, planes et non piquantes, obtuses ou émarginées.
Les fleurs en avril-mai, sont unisexuées. Elles se présentent soit en cônes allongés (8-10 cm), cylindriques, vert brun mat, à écailles imbriquées (brièvement pétiolées, et spiralées, coriaces, minces, tranchantes, non épaissies au sommet,  à la fin caduques, dépassées par les bractées brusquement terminées en pointe aiguë), soit en chatons mâles groupés, oblongs, jaunâtres, sur les rameaux de l’année précédente.
La graine est géminée, tronquée en coin, assez grosse, terminée par une aile large adhérente 1 fois 1/2 plus longue qu’elle ;  à maturation annuelle, elle se divisera, en octobre, en 4 à 10 cotylédons.

Apprenez à le reconnaître avec la flore

Usages

Du sapin, on utilise bourgeons, résine en larmes ou en boulettes, térébenthine dite d’Alsace.
La résine active les sécrétions à petite dose et les tarit à forte dose. Elle est utile dans les maladies des bronches et de la poitrine: bronchite chronique voire aiguë, abcès, gangrène pulmonaire, phtisie pulmonaire du premier et second degré.
Elle est également utilisée dans les inflammations de la vésicule biliaire et les coliques hépatiques, les rhumatismes et la sciatique, les catarrhes des voies digestives, les vers intestinaux (oxyures).
Employée dans certaines hémorragies, et comme antidote du phosphore tout en renforçant le système vasculaire, elle est utilisée en lavement, en vapeur, en friction ou massage.
En usage externe, c’est un révulsif  local dans les névralgies, les bronchites ou coqueluches.
La pommade est efficace sur les affections cutanées, les engelures, crevasses, dartres.
L’essence de térébenthine est révulsive et rubéfiante. Elle semble connue depuis le VIIIe s.

En usage interne, à faible dose, elle augmente les sécrétions ; à dose moyenne, elle excite les centres nerveux ; à dose forte, elle est toxique  et c’est pourquoi il ne faut la prendre que sur prescription médicale.

Les bourgeons sont utilisés en infusions contre les écoulements muqueux et la leucorrhée ; en lotion sur les ulcères atoniques, scrofuleux et gangreneux ;  en bain de vapeur dans le traitement des rhumatismes articulaires comme musculaires, en particulier la sciatique.
À son action diurétique et béchique s’ajoute une action parasiticide contre le ténia et les vers intestinaux. Elle est aussi utile en début de maladies contagieuses (scarlatine, rougeole, typhoïde, diphtérie, choléra, fièvre jaune).
En usage externe, elle est utilisée contre les névralgies, les maladies de poitrine; elle a été préconisée sur la gangrène et les plaies indolentes. Elle est aussi conseillée en inhalation dans les maladies de poitrine.
Le goudron, obtenu par la combustion très lente de bois résineux,  est utile comme stimulant, anticatarrhal, diurétique et tonique.
En usage externe, il agit comme rubéfiant, parasiticide, antiseptique, antiputride mais irritant local (gale, maladies de peau rebelles, prurigo, psoriasis, eczéma, herpès, lèpre…)
Le sapin est utilisé en homéopathie pour les mêmes affections.
Les jeunes bourgeons vert clair ont goût de citronnade et on en fait une bière : la sapinette. Son parfum est utilisé en confiserie.
On l’appelle “sapin de Noël” mais, en France, c’est en fait l’épicea que l’on coupe en l’appelant sapin !
Le sapin est un bel arbre souvent planté dans les parcs.

Composition chimique et usages actuels

La feuille de sapin contient une huile essentielle composée de terpénoïdes :
– monoterpènes : bornéol, camphène, limonène, alpha-pinène, acétate de bornyle
– sesquiterpènes
La feuille de sapin est utilisée pour ses propriétés antibactériennes et diurétiques.
C’est encore un décongestionnant respiratoire.

Usages pharmaceutiques
Riche en alpha-pinène, l’essence de sapin est douée de propriétés balsamiques efficaces contre les affections respiratoires.
En inhalations, l’essence intervient dans le traitement symptomatique des refroidissements.

Usages cosmétiques
L’huile essentielle de sapin est antiseptique.
Elle est également utilisée comme composé aromatique et tonifiant.

Ces propriétés en font un principe actif fréquemment utilisé dans :
– des shampooings pour cheveux gras à tendance pelliculaire, des lotions stimulantes pour cheveux mous et plats
– des produits pour le bain
– des produits de massage pour le corps
– des crèmes et masques pour peaux grasses à tendance acnéique
– des crèmes revitalisantes pour peaux matures

Folklore

Son nom scientifique abies vient du grec “abin”, qui vit longtemps.

Le sapin symbolise la perpétuité de la vie et dans le langage des fleurs signifie fortune, élévation, grandeur d’âme.

Les jeunes mariés de l’Allemagne du Nord portent à la main des branches de sapin ornées de bougies.
Dans la même contrée, les vaches vont au pré avec des branchettes de sapin sur la tête,  ce qui est une manière de leur souhaiter un pâturage propice à leur postérité.

La coutume du sapin de Noël a été introduite en France au siècle dernier par l’impératrice Eugénie qui l’avait admirée lors d’un séjour en Allemagne.

Recettes

Sirop de pousses de sapin

Ingrédients
2 bols de pousses de sapin
1 litre d’eau bouillante
1 kg de sucre.

Mettez les pousses de sapin dans un récipient en grès. Versez dessus l’eau bouillante. Laissez infuser à couvert pendant une journée. Filtrez le jus, ajoutez-y le sucre, Faites cuire une heure à petit feu. Ecumez. Mettez en bouteilles quand le sirop est refroidi.

La cueillette des pousses de sapin étant interdite, on les cueillera après l’abattage de sapins, sur les branches abandonnées ou dans une propriété privée.

Gemme

La récolte de la gemme se fait au printemps dans des gobelets.
On tire, par incision superficielle des poches à essence, une oléorésine :
– brute, c’est la gemme.
– purifiée, c’est la térébenthine.

Bain se bourgeons de sapin

Les Expositions Universelles

Paris 1900

Les expositions universelles (1900)

Les expositions universelles, c’était avant la télé : on se montrait “en live”.

Les expositions universelles servent à promouvoir les nouveaux produits industriels au temps de la libre concurrence. Groupe par groupe, un jury tranche et distribue les récompenses. La culture industrielle en France a besoin d’être exaltée, vulgarisée.

On peut lire sur les frontons : “Honneur à l’industrie, Gloire aux Beaux-Arts” (1855). Ainsi espère-t-on réaliser un consensus social et politique. Le patronat chrétien présente les réalisations du patronage, cher à Le Play. “Plus de discordes, plus de haines, et plus de révolutions!” chante-t-on en 1878.

Et en 1900, les villes communient dans le culte de la France républicaine. “Que j’aime à voir autour de cette table, le verre en main, faisant bombance, les 22 222 maires de France…”

On habille cette compétition internationale économique des voiles du progrès social et de la foi dans sa civilisation. La Grande-Bretagne et la France se partagent l’initiative des premières expositions, d’où l’alternance dans les lieux d’exposition : 1851, Londres (l’Angleterre victorienne et libre-échangiste a les honneurs de la première), 1855, Paris, 1862 Londres, 1867, Paris, puis peu à peu l’optique d’universalité progresse : Vienne (1873), Philadelphie (1876), Chicago (1893), Bruxelles (1897), Turin (1902).

L’exposition terminée, on garde parfois un bâtiment d’exposition, preuve de la capacité du monde industriel à imaginer ses propres cathédrales.

Mais peu à peu, l’engouement pour les Expositions universelles disparaît en France comme aux Etats-Unis. Finies les vertus pédagogiques, il convient maintenant de distraire, d’amuser le public. Vive la fée électricité! Tous aux diaporamas! Tous à la grande roue! L’exotisme remplace l’humanisme. Le temps des grandes expos s’achève.

1851 La première de toutes, l’Exposition Universelle de Londres, l’avance technologique dans tous ses états

Londres exposition universelle 1851

Le Crystal Palace

Son Altesse royale, le prince Albert, qui veut travailler à l’unité de l’humanité, favorise la promotion de la première Exposition universelle, “exposition de la production industrielle de toutes les nations” mais surtout affirmation de l’avance technologique du Royaume-Uni et vitrine de l’art de l’ingénieur qui fait la grandeur de l’ère victorienne. Cet art s’exprime jusque dans le choix du style des bâtiments principaux : un système d’unités modulaires préfabriquées et standardisées en fonte, verre et bois : une idée simple et ingénieuse mise au point en une semaine par un constructeur de serres, Joseph Paxton, un des premiers exemples de préfabrication à grande échelle dont le célèbre Crystal Palace reste un symbole.

De ce gigantesque bazar et de ce lieu de rassemblements de tous les produits de la terre, Flaubert qui suit jusqu’à Londres le “cotillon de sa mère” -ce que sa muse ne manque pas de lui reprocher- ne retiendra que les paravents de Chine à l’exotisme pittoresque et le palanquin à l’éléphant indien, ignorant superbement tous les échantillons de matières premières et les superbes machines-outils dont il ne soupçonne apparemment pas l’importance pour le siècle.

1855 : Première Exposition universelle à Paris

Exposition Universelle, Paris 1855

Exposition Universelle, Paris 1855

15 mai 1855, il pleut, il fait froid. Devant des étalages encore incomplets, parfois vides, l’Empereur accompagné du prince Napoléon, président de la Commission impériale de l’Exposition, inaugure la première Exposition universelle à Paris.

On a voulu faire mieux que Londres ! Bien sûr, le Palais de l’Industrie est loin de rivaliser avec le Crystal Palace, et il a été conçu trop petit.

Bien sûr, à cause du choléra et de la guerre de Crimée, les temps ne sont guère favorables. Bien sûr, on voit encore beaucoup d’artisanat : tissus, poteries, orfèvreries, beaucoup de matières premières envoyées par nos “colonies” et bien peu de technologie et de machinisme.

Et pourtant, c’est un succès ; en six mois, 500 000 provinciaux et étrangers viennent au Palais de l’Industrie.

La présence des Beaux-Arts, absents de la première Exposition universelle de Londres, ajoute encore à cette “belle exposition, si variée dans ses éléments, si inquiétante par sa variété, si déroutante pour la pédagogie”, ainsi que la voit Baudelaire.

11 millions de visiteurs à l’Exposition universelle de 1867

Paris, exposition universelle 1867

Napoléon III devant les canons Krupp

Georges Ier de Grèce, Léopold II de Belgique, le prince Frédéric de Prusse et son fils le futur Guillaume II, Alexandre II, tsar de toutes les Russies et son fils, le futur Alexandre III, Guillaume Ier, le roi de Prusse et son chancelier Bismarck, François-Joseph, l’empereur d’Autriche … le sultan de Turquie ; toute l’Europe est là. C’est un succès pour Napoléon III, le bouquet final de l’Empire avant la chute.

“L’exposition de 1867 marquera, je l’espère, une nouvelle ère d’harmonie et de progrès : assuré que la providence bénit les efforts de tous ceux qui, comme nous, veulent le bien, je crois au triomphe définitif des grands principes de morale et de justice qui, en satisfaisant toutes les aspirations légitimes, peuvent seuls consolider les trônes, élever les peuples et anoblir l’humanité” -Napoléon III –

Tout le monde a pu admirer le Palais de l’Industrie, conçu pour symboliser les grandes transformations scientifiques et techniques : les Français peuvent y voir les canons Krupp qui permettront à l’Allemagne de vaincre en 1870 et de parvenir à sceller son unité.

1876, la première Exposition universelle aux États-Unis, une exposition pédagogique

1876 Exposition universelle de Philadelphie

Le moteur Corliss à l’Exposition universelle de Philadelphie

L’exposition de Philadelphie, ouverte le 10 mai 1876, a pour les Etats-Unis un intérêt national : c’est le jour du centenaire de son indépendance.

Placée sous les auspices du gouvernement, l’Exposition universelle, à beaucoup d’égards, semblable à d’autres, met l’accent sur les progrès de l’éducation et des sciences ; les États-Unis ont voulu montrer ainsi que la valeur de l’homme fait la richesse et la puissance d’un peuple.

Les exposants étrangers, eux, en affichant leur prix de revient signifient aux Américains que leurs tarifs douaniers font peser sur eux des charges souvent prohibitives.

 

 

1878, Marianne dans ses meubles

Le Trocadéro de l'Exposition universelle de 1878

Le Trocadéro de l’Exposition universelle de 1878

“La science a pris définitivement possession de la direction de tout le travail… Il n’y a plus de supériorité ou de sécurité que par elle. Dans la société, telle que les siècles, les révolutions et la liberté nous l’ont faite, il n’est plus permis d’ignorer, il n’est plus possible de s’arrêter, il faut courir ou mourir !” -Jules Simon-

Jamais exposition n’a été si complètement universelle : une série de décrets successifs ont étendu son cadre déjà vaste :

– adjonction d’une exposition universelle des beaux-arts au concours industriel,

– concours temporaire de lait, beurre et fromages,

– exposition ethnographique, archéologique et anthropologique,

– exposition rétrospective de l’art ancien,

– collection de portraits historiques de toute époque,

– exposition des eaux minérales,

– exposition des ports de commerce français,

– pavillon de dégustation des vins de France,

– série de concerts.

Gloire au progrès ! Gloire à la République qui le soutient et l’expose ! Huit ans après la défaite, cette grande célébration qu’est l’Exposition universelle de 1878 rassure les Français.

“Quelle clarté ? La clarté de la France. La France a une façon d’être vaincue qui la laisse victorieuse.” – Victor Hugo –

Les voitures à chevaux équipés de bandes de caoutchouc, le Frigorifique, bateau aménagé pour le transport des viandes, le téléphone de Bell, la machine à écrire, le phonographe d’Edison, le broyeur pour blé de Touffin, la machine à vapeur pour fabriquer de la glace, enfin, tout l’Extrême-Orient, la rue des Nations et le Palais du Trocadéro et ses salles de spectacle, telles sont les surprises qui attendent les visiteurs.

Certes, parmi les exposants, l’Allemagne, la Turquie et le Mexique qui ont laissé quelques mauvais souvenirs dans le cœur des Français, sont absents…mais on inaugure la statue de la République devant le pavillon du Champ de mars le 14 juillet et on visite la tête de la statue de la Liberté qui va partir pour les Etats-Unis : ce sont des symboles.

“La France est un éblouissement pour le monde.” -Gambetta-

1889, De l’acier en or: la Tour Eiffel

La Tour Eiffel et l'exposition de 1889

La Tour Eiffel et l’exposition de 1889

Le Champ de Mars – l’Esplanade des Invalides – Le Jardin du Trocadéro – sous le signe du fer et de la céramique. Deux vedettes, la galerie des machines, la Tour Eiffel.

Les pavillons sont très surchargés, le style très lourd mais tout concourt à figurer le comble de la nouveauté : “Le plâtre, le moellon, la brique ne dissimulent plus, sous un mensonger décor, le fer ou la fonte… Les staffs, les faïences, les terres cuites, les laves émaillées, les briques vernissées, les zincs laqués, les mosaïques chatoyantes, les enduits coloriés, les verres flamboyants, toute la vaillante palette de la polychromie architectonique réjouit la vue, miroite sous le soleil et chante le triomphe de l’esprit français, de la gaieté gauloise, du rationalisme sur une morne et préhistorique scolastique”.

– L’architecte journaliste Franz Jourdain dans L’Illustration-

Le succès est immense : 30 millions de visiteurs ; la société chargée de l’exploitation sera financièrement bénéficiaire en 1889.

Une tour qui fera le tour du monde

La tour Eiffel

Inauguration de l’exposition universelle de 1900 par le président de la République

“C’est hideux”; “c’est grandiose”, “écrivons une lettre de protestation”, “vive le prestige de la France !” “Là voilà, cette Tour Eiffel qui a suscité tant de colères et d’enthousiasme. Elle est arrivée à la date fixée, à son heure, mathématiquement implacable comme la destinée et sa tête orgueilleuse sur laquelle flotte le drapeau tricolore, semble convier à son apothéose les peuples du monde entier qui, depuis de longs mois, répètent à satiété et avec une sorte d’admiration religieuse le nom de la divinité nouvelle…” -Franz Jourdain, L’Illustration du 4 mai 1889-

300 mètres de haut, 7 mille tonnes d’acier, l’œuvre de l’architecte Gustave Eiffel est l’édifice le plus haut du monde, un succès pour celui qui a déjà fait construire le grand pont de Bordeaux, le pont de chemin de fer sur le Duoro, le viaduc de Garabit ; ce “blasphème triomphant de tous les dogmes de l’architecture et de la beauté” a coûté 7 400 000 francs et rapportera, dans la seule année 1889, 6 000 000 à la société d’exploitation.

Indépendamment de l’attrait et du cachet monumental que présente cette tour, on lui imagine les emplois les plus variés : observations stratégiques, communication par télégraphie optique, observations météorologiques et astronomiques, éclairage électrique, etc.

1900 : Un siècle de progrès scientifique et technique…et le métropolitain

Exposition Universelle de 1900

Exposition Universelle de 1900

“On l’a vue se construire, au coin de la Concorde, la grande porte, la monumentale. Elle était si délicate, tellement ouvragée, en gaufrerie, en fanfreluches, du haut en bas, qu’on aurait dit une montagne en robe de mariée … A la place de la Concorde, on a été vraiment pompés a l’intérieur par la bousculade. On s’est retrouvés ahuris dans la galerie des machines, une vraie catastrophe en suspens dans une cathédrale transparente en petites verrières jusqu’au ciel. Tellement le boucan était immense que mon père, on l’entendait plus et pourtant il s’égosillait… A la fin, on n’y tenait plus, on a pris peur, on est sortis …”. Mort à Crédit L.F. Céline

Le bilan de tout un siècle de progrès scientifique et technique, l’espoir d’une ère nouvelle, mais peut-être un peu l’oubli de l’homme : l’exposition exprime tout cela.

Elle laisse à la mémoire du monde, des éléments d’architecture (le Pont Alexandre III, la gare d’Orsay, le Petit et le Grand Palais), la rénovation de la gare Saint-Lazare et la gare de Lyon, le souvenir d’un grand succès commercial, l’apogée de l’histoire des expositions universelles françaises : la chronophotographie, le trottoir roulant, la galerie des machines, le palais de l’électricité, le cinématographe…

ET LE MÉTROPOLITAIN

Exposition universelle 1900, le métropolitain parisien

La construction du métropolitain parisien

L’orientalisme délirant de l’Exposition universelle dresse ses pseudo-minarets sur les bords de la Seine, il fait 38 degrés à l’ombre sur les Champs-Elysées.

Soudain, un bruit se répand :le métropolitain fonctionne et il y fait délicieusement frais.

– “Le tunnel ne va-t-il pas s’effondrer ?”

– “Y a-t-il des risques d’asphyxie ?”

– “Non, la traction est électrique.”

– “Ah ! bon.”

– “Et si un malotru venait s’asseoir en face de moi !”

Station Maillot, le public ne se bouscule pas : le préfet Lépine a souhaité inaugurer la ligne N°1 avec la plus grande discrétion : “s’il y avait trop de monde dans ce lieu dont on n’est pas très sûr…”, on tourne autour de l’entrée, on entre, on se penche avec précaution pour voir le fameux rail électrique.

“En voiture, Mesdames et Messieurs.”

Le métro, enfin ! Son odeur bien particulière, ses mœurs vite adoptées, son succès vite assuré malgré la discrétion de l’ouverture : il marque plus les Parisiens que l’Exposition universelle elle-même .

Et pourtant, combien laborieuse fut cette révolution dans les transports parisiens : Depuis la première idée d’Eugène Flachat en 1853 : ” débarrasser le centre de Paris de ces charrettes qui l’obstruent”, depuis le génial projet de Le Hir en 1855 : “mettre à la disposition des habitants de Paris des moyens de transports toujours prêts, et les rendre accessibles aux ouvriers qui logent aux extrémités de Paris ou de la banlieue et que leurs travaux appellent chaque jour dans l’intérieur de la Ville”, que de projets délirants, monstrueux, inadéquats, que de tergiversations, de compromissions, de concussions, de rivalités, entre la ville de Paris et l’Etat, entre les partisans de l’aérien et du souterrain, que de défense de privilèges : ceux de la Compagnie générale des omnibus, ceux des cochers, ceux des….

Toutes ces raisons expliquent pourquoi Londres a son métro depuis 1862, Philadelphie depuis 1863 et pourquoi il faut attendre le 9 juillet 1897 pour que soit accepté et voté l’avant-projet de métro parisien de Fulgence Bienvenüe.

(Extraits de 1848-1914, Toute une Histoire)