Intimité de Pierre Bonnard

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Intimité de Pierre Bonnard – Musée d’Orsay

Le plat et le profond

« La vision des lointains est une vision plate », cette phrase, presque un principe, Pierre Bonnard la répète souvent.

Qui vous force la main ? Une main démesurée dans cet espace clos. Un appartement feutré où l’on flotte à la surface des choses, tout en perçant leur intimité. Comment s’opère cette alchimie entre le proche et le lointain ? Observez la composition de près…

1891 – 38 x 36 cm

Sujet

Andrée Bonnard, sœur de l’artiste, fumant une cigarette dans l’ombre et épouse de Charles Terrasse le musicien fumant la pipe en pleine lumière. La main violette du premier plan serait celle de l’artiste.

Ce petit tableau de 91 est dans la première manière de Bonnard ; il est typique des scènes intimistes chères aux Nabis à leurs débuts et qui deviendront la spécialité de Vuillard.

Il s’agit comme son titre l’indique d’une scène de la vie quotidienne, où figurent sa sœur Andrée et son beau frère Claude Terrasse. Le sujet est centré sur Claude Terrasse qui est avec la partie droite (le pot de fleur ) et la main d’Andrée la seule à être éclairée par la lampe à peine marquée dans le coin gauche en haut du tableau.

Ce serait donc un portrait de Claude Terrasse et de sa femme à contre-jour, ce qui fait de ce tableau une œuvre un peu spéciale d’autant que Bonnard a fait figurer en premier plan dans l’ombre aussi, une grande main tenant une pipe allumée qui serait la sienne, créant ainsi comme nous allons le voir un espace à la mesure de son idée du tableau.

Composition

Ce tableau presque carré, format inhabituel chez lui, Bonnard l’a entouré d’une étroite bande d’un vert-jaune soutenu sur trois côtés (sauf en bas)d’une ligne noire. Une diagonale qui part du haut gauche du tableau, passe par la main d’Andrée, la pipe de son mari, pour aboutir au foyer de la grande pipe, en bas à droite, traverse d’un coin à l’autre ce faux carré.

C’est grâce à cette composition que le peintre fait son espace. Il n’y a pas de perspective dans cette peinture, Bonnard cherche systématiquement à l’éliminer. Une seule solution à ce problème : Jouer avec la lumière et donc avec ses contrastes pour créer le sentiment de profondeur, puisqu’il n’y a plus la possibilité d’une illusion d’optique dont d’ailleurs Bonnard ne veut pas entendre parler.

Le Nabi japonard affirme ici sa dette envers les graveurs japonais par sa conception de l’espace : art des premiers plans extraordinaires et en apparence démesurés, mais d’une efficacité parfaite et surtout annonçant une vision autre, moderne de l’image. Bonnard introduit dans cette scène inspirée par les tableaux de tabagie du XVIIe siècle Hollandais un premier plan presque démesuré : cette énorme main à la pipe qui barre tout le bas du tableau. Il pose ainsi une horizontale cachée dans cette scène qui n’en aurait pratiquement pas, si ce n’est que ce petit bout en haut à gauche du tableau sous la forme d’un morceau d’encadrement doré.

Une autre diagonale qui suit le dos de la grande main et croise la première ligne dont on a parlé plus haut,  passe par la bouche de Claude Terrasse pour aboutir au bouquet de fleur ; faisant du visage du jeune homme le centre de la composition. Il faut souligner la saturation décorative de ce tableau où les volutes de la fumée répondent aux arabesques de la tenture du fond et annulent ainsi l’espace.

Couleur, lumière

Autant que les lignes de la composition, les contrastes de valeurs sombres et claires contribuent à la construction de ce tableau. Dans ce petit tableau, la lumière se répand du coin gauche en haut où un petit triangle signale la présence d’une lampe dans la pièce ; elle est une indication non réaliste, une sorte de point de repère de l’origine de cette lumière, c’est une tache de couleur, rien de plus, la vraie couleur est donnée par cette grande plage rousse de la couverture dans laquelle  Claude Terrasse est enveloppé et sur laquelle s’inscrit la grande pipe supposée être celle du peintre, sorte de pinceau donnant à la fois la chaleur protectrice et une couleur évoquant celle du tabac.

Toute la lumière est concentrée dans cette partie du tableau,  elle se répand sur le pot de fleurs et l’encadrement du tableau accroché au mur. Le reste est à contre-jour, la tapisserie du mur est dans des teintes brune et ocre, elle ne renvoie donc que très peu de lumière.

On ne peut s’expliquer la partie ocre d’or, en dessous de la grande main à la pipe que par la volonté du peintre de différentier l’endroit sur la toile où Andrée figure, d’un autre  qui est sans aucun doute le genou du peintre sur lequel sa main s’appuie ; ce premier plan fait d’une garance éteinte et d’un ocre d’or sans doute aussi atténué, est l’élément constructeur de l’atmosphère de réflexion et d’échange entre les personnages, l’intimité est créée par cette proximité que rend Bonnard en posant cette grande main qui, pour celui qui regarde, est à la place de la sienne si il entre dans le tableau.

Matière, forme

Vuillard et Bonnard ont été sans doute les premiers à donner à la peinture sa dimension de matière ; et c’est à cette époque, entre 90 et 95 que ces deux peintres expérimentent ce qui fera leur peinture.

L’originalité de Bonnard est évidente dans ce petit tableau, et il aura été le seul à saisir certaines choses de cette époque dans justement l’intimité la plus forte. C’est par l’invention de formes, une nouvelle conception du tableau qu’il atteint les sommets, ses sujet restent fidèles à l’idée moderne issue de Manet pour la peinture elle-même. Dans cette toile, les contrastes de couleur et de lumière créent la forme. Les lignes ondulantes des personnages, des volutes de fumée et de la tenture murale se font écho dans un parti pris décoratif qui crée l’unité de l’image.

Images du paysan dans l’art au XIXe siècle

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Labourage nivernais de Rosa Bonheur – Musée d’orsay

Le paysan devient un citoyen

La Révolution de 1789, puis celle de 1848 ont fait du paysan un citoyen à part entière, une réalité sociale et politique avec laquelle il faut désormais compter. Dans cette société qui voit grandir, le plus souvent avec inquiétude, le monde ouvrier, il ne tarde pas à s’imposer comme l’anti-ouvrier. Pour les uns, vertueux, pieux, travailleur, il rassure le bourgeois ; pour les autres, comme Zola, rustre, fourbe, peu civilisé, il est celui qui vote mal.

Ce n’est qu’à partir de 1840 que le paysan fait son apparition dans la littérature, chez Balzac, qui écrit les Paysans en 1844, et chez George Sand qui pose les bases du roman rustique dans la préface de La Mare au diable. Paul Vernois recensera 473 romans rustiques parus entre 1860 et 1925, dont les auteurs sont pour la plupart oubliés aujourd’hui, y compris le premier paysan-écrivain, Emile Guillaumin.

Dans le domaine de la peinture, le paysan fait une entrée remarquée aux Salons de 1850 et 1851 : malade dans La Malaria de Hébert, revenant de la foire dans Les Paysans de Flagez-Courber, et surtout au travail – c’est une grande première – dans Le Semeur de Millet. Dans Des Glaneuses, Millet donne une image du dénuement du monde paysan.

On peut y ajouter Jules Breton, Troyon, Rosa Bonheur. Haïes par les uns, adulées par les autres, ces peintures sont importantes par l’ampleur du phénomène qu’elles suscitent.

Apparaissent ainsi les préoccupations non seulement esthétiques, mais aussi politiques et sociales de ceux qui les peignent et de ceux qui les achètent, en particulier l’Etat, soucieux dans les années 1880 de diffuser une image de la paysannerie à la fois rassurante et attirante.

Le Vanneur retrouvé

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Le Vanneur de Jean-François Millet

Quelques semaines après les journées de Février 1848, le Salon ouvre ses portes. Millet y présente un Vanneur qui, installé dans la grande salle de l’exposition, fait sensation.

“Il est impossible de voir quelque chose de plus rugueux, de plus farouche, de plus hérissé, de plus inculte ; eh bien ! ce mortier, ce gâchis épais à retenir la brosse est d’une qualité excellente, d’un ton fin et chaud quand on se recule à trois pas.

Ce vanneur qui soulève son van de son genou déguenillé, et fait monter dans l’air au milieu d’une colonne de poussière dorée, le grain de sa corbeille, se cambre de manière magistrale”.

Les plus satisfaits sont encore les amis républicains de Millet, Charles Jacque, Jeanron (directeur du Musée du Louvre), qui, voyant dans cette grande figure un élément du drame social que vivait l’époque, poussent Ledru-Rollin à acheter le tableau ; ce qu’il fait, pour le prix de 500 francs, dix fois le prix moyen auquel Millet vend généralement ses toiles.

Une autre histoire raconte comment le tableau perdu pendant plus de cent ans, a été retrouvé récemment dans un grenier en Amérique !

1885, Des paysans autour d’un plat de pommes de terre, le soir

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gravure d’après les mangeurs de pommes de terre de Van Gogh

Le tableau auquel il a pensé toute sa vie. Tout l’art de Vincent Van Gogh est influencé et dominé par les mangeurs de pommes de terre. “L’unique composition peinte. Son pinceau obéit. Il l’a peinte dans sa première technique… par des traits accusés mais pleins, dans le genre de Millet.” -lettre à Théo-

Il ne lui reste plus qu’à adopter la palette des impressionnistes pour que son génie s’exprime. L’esquisse après le motif. Le tableau par cœur.

“.. toujours occupé à ces paysans assis autour d’un plat de pommes de terre. Je reviens à l’instant de chez eux, j’ai même travaillé à la clarté de la lampe, bien que l’étude ait cette fois été établie de jour. J’ai peint de nouvelles études de têtes, et les mains surtout ont beaucoup changé. Je fais de mon mieux, en toute chose, pour y mettre de la vie. Je vise à peindre la vie-même… tout simplement. Et je la peins de mémoire, sur la toile-même. (…) j’attache beaucoup de prix à un propos de Delacroix. Il soutenait que c’est de tête que l’on fait les meilleurs tableaux. J’ai voulu, tout en travaillant, faire en sorte qu’on ait l’idée que ces petites gens qui, à la clarté de leur lampe, mangent leurs pommes de terre en puisant à même le plat avec les mains, ont eux-mêmes bêché la terre où les patates ont poussé : ce tableau, donc, évoque le travail manuel et suggère que ces paysans ont honnêtement mérité de manger ce qu’ils mangent !”

1899, Jacquou le croquant d’Eugène Le Roy, le livre des souffrances paysannes

Quarante-huitard impénitent, socialiste, Eugène Le Roy est fonctionnaire aux Contributions directes, quand il écrit ses premiers romans. Ce provincial réservé, à la barbe de patriarche, l’est beaucoup moins dans son roman sur les souffrances paysannes : roman de vengeance, d’indépendance et de révolte, mais aussi de simplicité et parfois de joie.

Jacquou le croquant, roman plus historique que réaliste, n’est pas en ce temps le livre de la condition paysanne, ni de la révolte, mais celui de la mémoire paysanne confrontée à l’évolution économique et technologique.

Là où parle Eugène Le Roy, le “progrès” n’a pas cours.

Le blé cultivé

blé

champ de blé © Secrets de plantes

Botanique

Le blé cultivé ou froment, Triticum sativum L, de la famille des Poaceae, céréale cultivée dans le monde entier sous un grand nombre de variétés, est une plante herbacée annuelle. Sa tige élevée est dressée, creuse, glabrescente, pourvue de noeuds.

Ses feuilles sont planes, larges, un peu dures, rubanées. L’inflorescence est un épi d’épillets sessiles, disposés en deux rangées opposées de part et d’autre du rachis. Chaque épillet compte deux à cinq fleurs; leurs glumes ovales, de moins d’1 cm, sont larges et convexes ; les glumelles sont pourvues ou non d’une arête.

Le fruit est un caryopse ovoïde à sillon ventral: c’est le grain de blé.

Usages

On utilise le grain et le germe du blé. Nos grands-mères faisaient entrer le blé dans toutes sortes de recettes de santé.
Elles employaient ainsi le “bouillon de céréales” lors de la gastro-entérite des nourrissons et la convalescence de maladies graves car c’est un excellent agent de nutrition.
Pour la toux opiniâtre et  les “rhumes invétérés”, elles faisaient appel à la “tisane de son”, émolliente et adoucissante.
La mie de pain a donné son nom au “cataplasme de mica panis”, employé dans l’ancienne pharmacopée, indiqué pour faire mûrir les furoncles, anthrax et panaris.
Le pain, desséché au four, réduit en poudre, bouilli dans l’eau avec du beurre et du sel constituait l'”eau panée”, une des meilleures tisanes lors de pleurésies et de pneumonies. On a fait des cures de blé bouilli et macéré dans les cas de prostatites.
Le blé a des propriétés nutritives et fortifiantes ; il représente une part importante dans l’alimentation de l’homme. Les farines de blé dur sont plus spécialement destinées à la fabrication des pâtes alimentaires. Avec la farine, on prépare des galettes, des crêpes, des gaufres, toutes sortes de pâtisseries salées ou sucrées. En ajoutant de la levure, on obtient des pains de toutes sortes. Le pain complet, recommandé en cas de constipation, est plus équilibré que le pain blanc. Le pain de son, riche en éléments aux propriétés reconstituantes, est reconnu avoir un pouvoir laxatif dont on vante souvent les bienfaits. Sont fabriqués aussi, à base de blé, des produits de régime (biscottes, gressins) plus digestes que le pain.
Enfin la paille servait d’isolant thermique, qu’elle soit répandue sur les sols froids, placée dans les sabots l’hiver ou sur les toits des maisons en guise de couverture ( toits de chaume).

Composition chimique et usages actuels

Blé

Blé

La semence comprend :

. l’albumen qui renferme :

– jusqu’à 75 % de glucides, notamment des oses et des osides (65 à 70 % d’amidon et de dextrine, 2 % de cellulose)

– 12 à 15 % de protides : gluten

– 1 à 2 % de lipides

– 2 % de matières minérales, essentiellement du potassium, du phosphore et du calcium

– des stéroïdes : sitostérol

. le germe qui contient :

– 47 % de glucides, plus particulièrement des oses (phytine) et des osides dont 13 % d’amidon, dextrine

– 30 % de protides : acides aminés, peptides, protéines (gliadine) et enzymes (superoxyde dismutase)

– 10 % de lipides : triglycérides constitués d’acides gras : 55 à 60 % d’acide linoléique, 4 à 10 % d’acide linolénique, 13 à 21 % d’acide oléique, 13 à 20 % d’acide palmitique, moins de 2 % d’acide stéarique et des phospholipides dont des lécithines et des céramides

– 3 à 4 % d’insaponifiables composés de : phénols : environ 0,5 % de tocophérols, triterpènes : stéroïdes (20 à 25 % de campestérol, 65 à 67 % de beta-sitostérol)

– des matières minérales particulièrement l’aluminium, le bore, le calcium, le cobalt, le cuivre, le fer, le magnésium, le manganèse, le phosphore, le potassium, le silicium, le sodium, le soufre, le zinc, le nickel

– des terpénoïdes : caroténoïdes (carotène)

– des vitamines du groupe B : vitamine B1 (thiamine), vitamine B2 (riboflavine), vitamine B3 (vitamine PP), vitamine B5 (acide pantothénique), vitamine B6 (pyridoxine) et de la vitamine D (calciférol)

– de l’ADN (acide désoxyribonucléique)

Le blé a des propriétés anti-diarrhéiques et antipyrétiques. On lui reconnaît également des vertus fortifiantes grâce à sa teneur en minéraux.

On lui attribue encore des activités hypolipidémiantes en raison de la présence de sitostérol.

L’huile de germe de blé est anti-ichtyosique et cicatrisante.

Utilisations alimentaires

Le blé est surtout réservé à l’alimentation de l’homme. Les farines de blé dur conviennent à la fabrication des pâtes alimentaires.

Avec la farine on prépare en premier lieu le pain et des produits de régime (biscottes, gressins plus digestibles que le pain).

Utilisations Pharmaceutiques

Des infusions de son de blé sont recommandées en cas de diarrhées, d’hématuries ou de fortes fièvres.

L’huile de germe de blé s’utilise aussi dans les troubles cardiaques et circulatoires, dans les affections cutanées résultant d’une carence en vitamine E.

Utilisations Cosmétiques

La fraction hydrosoluble du blé ainsi que l’huile de germe de blé bénéficient de propriétés hydratantes, régénérantes et restructurantes et leur confèrent ainsi une fonction anti-âge. Les extraits de blé ont aussi une activité gainante. L’huile de germe de blé est un excellent conditionneur cutané et participe, en formulation, à l’élaboration de la phase grasse.

L’ensemble des ces propriétés en fait un ingrédient particulièrement recommandé dans :

– des shampooings pour cheveux abîmés et fragiles

– des soins restructurants pour le contour des yeux

– des crèmes de jour pour peaux sèches et abîmées

– des crèmes anti-rides

– des produits régénérants pour peaux matures

– des huiles corporelles

– des crèmes émollientes pour les mains

– des baumes à lèvres

– des soins pour bébés

Folklore

“Triticum” viendrait du nom de la plante en latin , lui-même dérivé de “tritum”, broyer, allusion à la mouture du grain.
Le blé existe, à l’état sauvage, dans la région de l’Euphrate. Sa culture remonte à la préhistoire.

Les grandes civilisations de l’Antiquité se disputèrent son invention en l’attribuant chaque fois à un personnage mythologique, Osiris pour les Égyptiens, Déméter pour les Grecs, Cérès chez les Latins. Le blé était célébré en fêtes rituelles et multiples, sa dernière célébration étant peut-être une moisson exécutée sur les Champs-Élysées à Paris.
De tout temps, le blé a été symbole de richesse et de fertilité. Pour la prospérité du foyer, on en faisait chaque année des bouquets : dans le dernier carré de blé, lors de la moisson, se réfugie l’esprit du blé, celui- là justement qui sera offert par le maître du champ à la maîtresse de maison pour en tresser des bouquets, des couronnes ou des hochets conservant les grains de blé ; l’année suivante, ces grains seront semés devant tous les autres et -autant que possible- par une petite fille de 7 ans.
Pour rendre un foyer fécond, on répandait du blé dans la maison et c’est du blé que l’on devrait jeter à la tête des mariés à la sortie de l’église pour assurer la postérité du couple.

Recettes

Eau pannée

Le pain desséché au four et bouilli dans l’eau fournit une boisson, appelée eau pannée, très convenable pour accélérer la suppuration des inflammations.

Bouillie normande

Ingrédients
farine de blé
lait
eau
sel
beurre
Délayez la farine dans un peu d’eau, ajoutez du lait et un peu de sel. Faites cuire pendant 10 minutes en remuant.
Cette bouillie était versée dans une grande jatte que l’on installait au milieu de la table.  On creusait un trou au milieu pour y mettre le beurre à fondre. Chacun y allait alors de sa cuillère pour prendre une bouchée de cette belle bouillie fumante, la tremper dans le beurre du centre, la déguster.
C’était le repas du soir dans les fermes de Normandie, il y a une soixantaine d’années.

Anouchabou

Ingrédients
500g de blé décortiqué entier
300g d’abricots secs
200g de pruneaux
1 tasse de raisin de Smyrne
1/2 tasse de raisins de Corinthe
3 litres d’eau
1 kg de sucre
noix,
amandes
1 tasse d’eau de rose

Lavez le blé. Portez-le à ébullition dans 3 litres d’eau. Arrêtez le feu, couvrez, laissez ainsi toute une nuit.
Le lendemain faites cuire à feu doux une heure et demie.
Lavez les raisins et les abricots, coupez les abricots en 4. Les ajouter alors avec le sucre. Vous ferez cuire encore 30 minutes.
Retirez sur le côté, ajoutez l’eau de rose. Répartissez dans des plats creux.
Décorez de noix et d’amandes émondées.
Laissez refroidir.
Cette délicieuse soupe sucrée, gélifiée, parfumée fait partie du Noël des russes et des arméniens : elle se déguste froide et se conserve très bien.

Panade (XIXe siècle)

Ingrédients
1 grand bol de pain rassis
1 oeuf
4 tasses d’eau
1 pincée de gros sel
1/2 cuillerée à café de muscade

Amenez l’eau à ébullition. Ajoutez le pain cassé en morceaux, le sel, la muscade. Faites bouillir 45 min à très petit feu.
Hors du feu, ajoutez l’oeuf à la soupe en remuant énergiquement au fouet.
Cette panade énergétique peut être, avec un fruit, un repas à lui seul.
Jadis les enfants au moment du sevrage étaient nourris à la panade uniquement constituée de pain, d’eau et de sel : ce n’était guère équilibré.

La fromentée au blé comme à Nohant

Vanner du blé nouveau. Bien le laver. Le mettre à tremper une heure à l’eau tiède.
Puis le piler dans un vase pour enlever la balle, mais pas trop fort pour ne pas écraser les grains.
Mettre à l’eau froide et cuire quatre ou cinq heures à petit bouillon comme pour le pot-au-feu. Les grains doivent absorber toute l’eau. Ajouter de l’eau chaude si nécessaire.
Retirer du feu, saupoudrer avec de la farine et délayer à froid avec un peu de lait.
Verser ensuite du lait bouillant sur le blé et la farine bien mélangés. Faire cuire à petit feu pendant 20 minutes en tournant doucement pour que cela ne s’attache pas au fond de la casserole. Quand tout est cuit à point, il se forme une grosse bouillie qui devient une gelée épaisse en refroidissant.
Servir tiède ou froid, jamais chaud.
Ici, point d’épices !

Fromentée du XVIe siècle

“Pour faire fromentée, prenez votre froment et le faite cuire de longue main à petit feu jusqu’à ce qu’il soit crevé et bien cuit. Ce fait, auras lait de vache et passeras le dit froment avec ledit lait et quant sera passé le boutteras sur les charbons en un pot loin de la flamme, et quand commencera à bouillir tu boutteras dedans sucre et un peu de poudre de gingembre ensemble du safran battu et goûteras de sel ; puis quand verras qu’elle sera cuite et bien assaisonnée à ton goût, tu prendras des moyeux d’œufs selon la quantité que tu verras que tu auras de fromentée et les passeras par l’étamine, ensemble un petit de lait de vache, et jetteras dedans ton froment…”

Pain rassis

Le pain rassis est une denrée bien pratique pour la cuisine et il est bon d’en conserver un peu.
Il permet de lier un potage ou une sauce de façon légère et onctueuse en l’ajoutant dans la proportion d’une tranche par personne. Il protège la cuisson au four d’un plat délicat en le couvrant de cette chapelure que l’on obtient en râpant du pain rassis. Au fond d’un plat à tarte, cette même chapelure permettra d’absorber le trop plein de jus de fruits comme les prunes.
Le pain est plus qu’un aliment, il est un symbole : celui d’une vie civilisée à l’abri des famines, mais aussi, pour les chrétiens, le symbole du Christ.
Aussi ne jette-t-on pas le pain et si on le devait, la coutume, en Grèce par exemple, veut que – hommage ultime – on le baise discrètement avant de le jeter.

Chapatis

Ce sont des pains indiens, non levés, à la farine complète.

Ingrédients pour 12 chapatis
250 g de farine complète
1 cuillère et demie à café d’huile de tournesol
1 cuillère à café de sel
environ 15 cl d’eau froide

Faites un puits avec la farine dans une petite jatte, versez-y le sel, l’huile et les 3/4 de l’eau.
Mélanger et pétrir en ajoutant le restant de l’eau de manière à obtenir une pâte un peu molle.
Mettez la pâte sur une planche farinée et pétrissez-la 5 minutes. Couvrez-la d’un linge humide et laissez-la reposer 3 heures.
Pétrir la pâte à nouveau quelques minutes avant de la diviser en 12 morceaux. Faites-en des boules que vous abaisserez pour en faire des ronds de 15 à 20 cm. Faites les cuire à sec dans une poêle à feu moyennement vif, en les retournant une fois. Elles doivent être légèrement pailletées de brun comme des crêpes.
Empilez-les au fur et à mesure dans une assiette et les recouvrez-les avec un linge afin d’éviter qu’elles ne se dessèchent.

Les chapatis sont délicieux avec les caris, avec des soupes ou des plats de haricots. Proposez-les aussi pour accompagner les tajines et autres ragoûts méditerranéens.

Boulgour

Le boulgour ou boulghour est le nom arménien d’une très ancienne préparation de blé.
Mis à gonfler dans l’eau, les grains de blé sont ensuite séchés au four puis écrasés en morceaux plus ou moins gros. On obtenait ainsi un blé précuit que les caravanes emportaient  en  provision légère, un temps très court de cuisson suffisait à le cuire ou même un simple trempage le rendait consommable.
Le boulgour fin est réservé aux macérations telles que le taboulé : 1 tasse de boulgour pour 2 tasses de liquide
(dans le cas du taboulé le liquide est constitué du jus des citrons, des concombres et des tomates coupées en petits morceaux, qui vont macérer avec le boulgour une bonne heure avant que l’on n’ajoute les herbes ciselées, le sel et l’huile d’olive)

Le bougour plus gros doit être cuit selon les proportions suivantes :
1 tasse de boulgour pour 2 tasses d’eau bouillante
et une cuisson
– soit de 3 à 4 minutes suivie d’un temps de gonflement
de 5 à 10 minutes
– soit de 5 à 10 minutes de cuisson jusqu’à absorption du liquide
le liquide pouvant être de l’eau, de l’eau salée ou du bouillon.

Oublies à la parisienne

Les oublies étaient vendus le soir dans la rue par les garçons pâtissiers qui les jouaient aux dés avec leur clients au cris de:
“Marchands d’oubli ! marchands de plaisir !”

Ingrédients
250 g de farine de blé
150g de sucre en poudre
2 oeufs
65 g de beurre
7 dl de lait
eau de fleur d’oranger
1 zeste de citron
des fers à oublies

Travaillez ensemble dans une terrine : la farine tamisée, le sucre, les oeufs et l’eau de fleur d’oranger. Quand tout est bien homogène ajoutez petit à petit le lait, le beurre fondu et le zeste de citron.
Vous aurez pendant ce temps plongé les fer à oublies dans le feu. Quand ils seront bien chauds, graissez-les également, faites couler 1 cuillerée de pâte et chauffez vivement.
Retirez la pâte cuite que vous pourrez soit laisser telle quelle soit rouler en cornet autour d’un bois conique.

© Secrets de plantes et AMI (Alban Muller International)