Des glaneuses de Jean-François Millet

Des glaneuses de Jean-françois Millet - Musée d'Orsay

Des glaneuses de Jean-françois Millet – Musée d’Orsay

Un témoignage du travail et du dénuement

« Le tableau vous attire de loin par un air de grandeur et de sérénité. Je dirais presque qu’il s’annonce comme une peinture religieuse ». Tel est le mot d’ordre d’Edmond About, critique d’art, à propos de cette œuvre majeure de Millet.

Qui scrute le sol à la recherche de l’épi échappé aux moissonneurs ? Qui l’a trouvé ? Qui le ramasse ? Trois paysannes, les plus pauvres, puisqu’elles glanent. À l’arrière-plan, l’opulente moisson s’étend sur la ligne d’horizon, scission de ces deux mondes… qu’un tournoiement d’ocres et de blancs réconcilie, que les tons heureux de l’été habillent avec équité. Comment la composition structure-t-elle ce tableau ?

Salon de 1857 – 83,5 cm x 111 cm

Millet et les glaneuses : Une image du peuple rural

“Paysan je suis né ; paysan je mourrai…Je resterai sur mon terroir sans reculer d’un sabot.”

Millet, le grand solitaire, s’est toujours défendu d’avoir eu des intentions sociales dans sa peinture ; il représente ceux qui l’entourent, le peuple rural auquel il appartient par nécessité (la ville l’a rejeté) et par tradition. Ce n’est pas un révolutionnaire, il est du peuple, celui de la campagne ancestrale et il peint Des Glaneuses que Paul de Saint-Victor appelle les “Parques du paupérisme”. -“Non, dit Millet, je repousse le côté démoc’, tel qu’on l’a compris en langage de club et qu’on a voulu m’attribuer… Je suis paysan paysan.”

Sujet

Millet expose ce tableau au salon de 1857 où il suscite des critiques contradictoires selon qu’elles émanent de droite ou de gauche.

Avec l’Angélus, Des Glaneuses, plus connu sous le titre Les glaneuses le voit devenir le tableau le plus célèbre de Millet, popularisé à l’infini par la gravure, la reproduction et les multiples détournements dont il fut l’occasion.

C’est à la fois une scène de genre représentant trois paysannes pauvres en train de ramasser les rares épis oubliés par les moissonneurs comme le droit coutumier les y autorisait alors, et un vaste paysage de plaine en Île-de-France au temps de la moisson à la tombée du jour. Au premier plan, trois glaneuses en plein travail, au fond les moissonneurs.

Au milieu du XIXe siècle le monde paysan représente l’écrasante majorité de la population Française, à la fin du siècle elle aura déjà considérablement diminué et Van Gogh grand admirateur de Millet ne pourra plus avoir cette même vision d’un état de beauté malgré la misère et l’ignorance. Millet ne se bouche portant pas la vue; dans Des glaneuses la pauvreté, le silence des travailleurs de la terre réduits à la portion congrue sont bien là. Mais ils sont encore les seuls à produire la nourriture de tous les hommes, ils sont l’image même du travail, ils l’incarnent ainsi que le lien avec la nature et cela avec une grande dignité.

Millet était lui-même d’origine paysanne, son intérêt pour le monde de la terre n’est pas le fruit d’un choix de convention, nous sommes là loin des “pastorales” du siècle précédent. C’est une des raisons de la polémique que ce tableau provoqua au salon de 1857,  Millet peint le bas de l’échelle sociale, on ne peut se tromper sur son intention.

On sait que le droit de glaner était très rigoureusement réglementé à cette époque, les glaneuses, ces femmes de la paysannerie la plus pauvre, avaient  moins de liberté que les oiseaux ou les rats; or Millet les présente comme sujet central de son tableau. Cette sorte de conclusion dérisoire donnée à la moisson. Le ramassage des miettes en quelque sorte, est la part d’ombre jetée sur l’abondance.

Le peintre place ses personnages en premier plan dans une sorte de légère pénombre, comme si le soleil qui éclaire là bas la fin du travail de cette moisson s’éteignait sur ces trois femmes. Du sol, en bas du tableau, monte une ombre brune comme si la nuit de la terre commençait à menacer les trois glaneuses. La scène est pourtant sans tristesse, et totalement dépourvue de pathos et de sentimentalisme. Mais cette peinture fait aussi apparaître la splendeur du monde tel qu’il est, cette ambiguïté porta tort à Millet car on tira son oeuvre vers l’interprétation chrétienne, alors qu’une approche précise de l’œuvre l’éloigne de tout discours si ce n’est de celui du modèle antique d’une recherche de la beauté mais dans les choses elles-mêmes.

Bien sûr on peut voir Des glaneuses comme une “allégorie réelle” de la charité selon l’expression de son contemporain Courbet, de même que L’Angélus le serait de la foi; et on ne s’est pas privé de le faire, préservant  ainsi le peintre de “l’opprobre réaliste” et plus tard de celle du naturalisme.

Millet peint ce qu’il connaît et ce qu’il aime, le monde dont il est sorti et dont il ne veut pas sortir; c’est un homme de la terre, on l’a vu, il en connaît la richesse et la pauvreté; mais en paysan, il en connaît aussi l’économie et la nécessité. On peut voir les glaneuses sous l’angle d’un bucolisme qui ne transfigurerait rien, mais qui affirmerait que seul ce qui est vrai peut atteindre le beau.

Ce tableau est devenu une image emblématique de la paysannerie française parce qu’elle en contient le climat et la réalité et que cette image est belle, qu’elle apaise. Mais le tableau demeure mystérieux car on ne s’explique pas le refus originel de cette oeuvre et son immense succès postérieur. Aurait-il une dimension autre, contiendrait-il une sorte de conclusion touchant à la condition humaine, c’est ce que nous allons voir à travers le travail du peintre.

 

Composition

Les compositions de Millet sont très élaborées malgré leur apparente simplicité.

Il est évident que cet artiste, comme son très illustre prédécesseur Nicolas Poussin, pensait la conception de ses tableaux au delà du travail de la vue et de la main, mais aussi de l’esthétique pure. La composition des glaneuses est fort intéressante.

Le tableau est coupé en deux parties, le tiers supérieur occupé par le ciel, les deux autres par la terre; bien sur très présente, c’est d’elle dont on parle ici. Il y a une grande différence d’échelle entre les glaneuses aux proportions imposantes et les moissonneurs minuscules à l’arrière plan.

Tout se passe sur terre, on remarquera qu’aucun personnage n’apparaît sur fond de ciel exceptée un bande d’oiseaux migrateurs, grains noirs à l’opposé de la terre.

Dans ces deux rectangles Millet a tracé deux  lignes courbes et une droite; la première passe par les trois bonnets des glaneuses, la deuxième par les trois mains, la droite joint les trois sabots les plus visibles.

Millet est une des premiers sinon le premier à s’intéresser à la décomposition du mouvement dans le peinture, souci qui n’apparaîtra vraiment qu’avec Edouard Manet et Le Balcon, 10 ans plus tard. Mais on ne s’en apercevra pas plus, malheureusement, car on se serait alors éloigné des querelles stériles qui ont détourné l’attention des faits artistiques d’une importance capitale comme ici l’apparition d’une action hors de toute connotation psychologique ou idéale, l’action réduite à cette chose qui va devenir la valeur essentielle: Le travail. Et donc non plus l’apologie discursive de l’acte mais son analyse: ici comment fait-on pour ramasser par terre quelques épis de blé.

Le geste est donc décomposé en trois moments chaque glaneuse incarnant un moment; le premier c’est regarder, elle n’est qu’à moitié penchée la main tendue, incertaine, à droite du tableau, elle cherche l’épi oublié des moissonneurs, la deuxième est courbée le visage s’approchant de la terre, elle désigne la trouvaille; la troisième au centre est pliée en deux, son visage disparaît presque tellement elle semble absorbée, elle ramasse l’épi, le geste est accompli. Mais Millet introduit une continuité du geste par le balancement des corps, le mouvement rond des croupes mais aussi par le rythme accompagné du geste du bras dont la main tient la maigre gerbe de blé et qui passe du devant appuyé sur le genou, au côté appuyé sur la cuisse et enfin au dos à l’endroit des reins; les trois endroits du corps que ce travail fait souffrir.

Lentement le groupe avance dans ce balancement doux que Millet sait si bien faire vivre; il crée à partir de ce rythme et par le colorisme une sorte de musicalité qu’on retrouve dans toute sa peinture.

Cette harmonie et la maîtrise de son propos tiennent de son talent certes, mais Millet savait aussi parfaitement de quoi il parlait. Au loin dans une traînée de lumière le travail de la moisson bat son plein. Millet l’a rejeté à l’arrière plan; le monde des moissonneurs et celui des glaneuses sont bien distincts; à droite la petite silhouette à cheval est celle du régisseur qui surveille le travail.

Couleur, lumière

La manière de Millet et son colorisme sont très nettement inspirés de celle de Poussin, le peintre tourne délibérément le dos au romantisme, il se sent l’héritier de la peinture du 17e et 18e siècle.

Il y avait un certain courage à proposer au public du milieu du 19ème siècle des oeuvres d’une facture autant à contre courant. Elle furent d’ailleurs mal reçues.

Millet reprend ici le thème de Booz traité par Poussin (l’été) il ne garde que la moisson et introduit la réalité paysanne à la place du récit biblique; mais son colorisme est directement inspiré de ce tableau et la touche, de la manière si chaude et précise qui caractérise le maître de la peinture classique.

Il utilise des couleur vives et belles, des couleurs “heureuses” pour les vêtements des paysannes, mais c’est l’ensemble des coloris que portent les trois femmes qui crée cette impression heureuse, pris  séparément les costumes ne font pas cette impression, sauf peut-être les notes roses de la femme du milieu que le peintre a sans doute voulu ainsi pour marquer la belle saison et le bonheur de l’été qui est à tout le monde, même au pauvres.

On retrouve cette splendeur de l’été, cette lumière profonde, somptueuse dans Le Repos des faneurs et ces mêmes empâtements doux et ronds dans le travail sur les vêtements. Les trois couleurs (primaires) des bonnets sont les notes dominantes  d’une petite “mélodie” de couleurs grises et ocre pour la première femme sur la droite, rose bleue blanche et brune pour la seconde, bleue ocre et grise pour la troisième.

Sur le lent déplacement de ces femmes Millet fait une petite symphonie de couleur qui si elle est exempte de tristesse, ne l’est pas de majesté.

La terre qui se dénude au bas du tableau et qui devient sombre est traitée en terre d’ombre brûlée, un brun chaud mais dont l’intensité ,comme c’est le cas dans ce tableau, peut devenir inquiétante. Les restes de chaumes sur cette surface de terre brune donnent au sol l’apparence du pelage d’un animal, animal gigantesque qui serait la terre elle-même.

Au loin la moisson dans le soleil; elle est entièrement décrite: sont là ceux qui coupent le blé, ceux qui réunissent les gerbes, ceux qui les  nouent, ceux qui les portent, ceux qui s’occupent de la paille, ceux qui font enfin les meules. Sur eux la nuit ne tombe pas, ils sont en plein soleil et pas au bord, dans les marges de la vie rurale. Les vêtements blancs dominent, et les jupes claires, il fait chaud ,on s’est débarrassé des vêtements trop lourds.

Il y a dans le lointain cette même symphonie rythmée par le travail, les deux femmes qui lèvent les gerbes correspondent aux deux hommes qui coupent à la faucille et aux trois autres à leur gauche qui nouent les gerbes, le travail de la moisson est beau, grandiose pour Millet, il y retrouve l’antiquité, Virgile et la bible, il y retrouve une joie pour lui éternelle; l’image qu’elle porte est celle de la fécondité ,de l’été, de la blondeur.

Il exalte la moisson par un miroitement d’ocre et de blanc. Dans cette bande de terre où se fait la récolte, le fleuve humain du travail coule entre les trois triples groupes de meules d’une matière tout aussi animale et majestueuse que l’est cette terre obscure où glanent les trois femmes.

Derrière le travail le village et ses quelques maisons de pierre derrière elles quelques arbres, à gauche au delà des meules l’espace sans borne de la terre et l’appel de l’espace; l’horizon des gens de la terre.

Millet a placé la scène dans la lumière rasante du soleil couchant. Celui-ci lui permet de modeler subtilement les formes des glaneuses, de faire des dégradées de couleurs et d’accentuer les ombres.

 

Matière, forme

Les formes puissantes et classiques des glaneuses sont modulées par la lumière rasante. Elles ont une allure sculpturale. Les lignes arrondies des meules font écho à celles des dos courbées des glaneuses.

Sous l’effet de cette lumière rasante, la matière presque tactile de la terre hérissée de quelques tiges à glaner contraste avec celle presque vaporeuse du ciel nuageux et de la maison dorée.

Il y a dans ce tableau une évidente grandeur qui ne tient pas qu’au choix d’un sujet au contenu social indiscutable; la solennité de l’atmosphère laisse penser que Millet cherchait à travers ses sujets une dimension morale, celle-ci relevant de la culture dans le sens bien sur où on l’entendait à cette époque, c’est à dire la culture humaniste.

On sait que Millet était un fervent lecteur d’Homère, de Virgile, de Lucrèce et sans doute de bien d’autres. Il confronte la réalité à la culture, mais cette dernière joue un toute autre rôle que chez la plupart des peintres de son temps; elle donne une profondeur à ses oeuvres, elle nourrit le réel au lieu de servir de ferment à l’imagination.

Le mouvement décomposé des Glaneuses met en jeu le temps dans le tableau, temps  lié au développement du geste qui si il est divisé en trois actes incarnés par différents personnages est le même pour chacun.

Le travail de la terre est collectif et individuel à la fois, il y a évidemment une division naissante du travail qui se tient au loin dans le fond du tableau où l’on moissonne; il s’agit d’une grande propriété sans doute, à droite du champ figure un cavalier, régisseur ou propriétaire.

Les rôles sont bien définis comme nous l’avons vu plus haut , le travail est déjà là bas la grande machine humaine qu’il deviendra par la suite avec la révolution industrielle. Mais ici au premier plan il semble qu’on nous parle du passé, d’un reste d’une époque révolue, où le temps et le travail était lié au forces de la nature, à l’économie et à la pauvreté. Cette scène du premier plan que l’ombre de la terre semble envahir décrit une sorte d’archéologie du travail humain, la première femme cherche du regard, la deuxième trouve, la dernière ramasse. Regarder, désigner, saisir.

Millet introduit dans sa toile un propos, une pensée qui dépasse semble-t-il le simple sujet donné au regard. Il l’élargit considérablement expose ici essentiellement le processus de tout destin humain qui se cherche se trouve et se réalise. L’humilité est une des clefs du contenu moral de la peinture de Millet, elle n’est pas la seule bien sûr, mais elle recouvre une conscience complexe; la “pauvre condition humaine” comme il l’appelait est présente ici, asservie à la survie mais doublée d’un sentiment d’harmonie avec le monde et d’une sorte d’émerveillement devant sa splendeur.

A ces trois paysannes Millet fait jouer le rôle de parques. C’est là qu’entre en jeu l’artiste celui qui par le travail allié à l’art sauve l’homme en dépassant  par la beauté le drame de l’existence humaine. Ni mystique, ni réaliste, Millet est un des derniers artistes dont l’essence morale est authentique, il échappe à toutes idéologies, et se rattache à l’humanisme. Né la dernière année du règne de Napoléon premier et mort en 1875, Millet est au cœur du XIXe siècle. Il est curieux de constater que ce peintre est rapidement devenu un phare pour les générations qui l’ont suivi; Il aura été le grand inspirateur des impressionnistes, et un véritable maître pour Vincent Van Gogh.

La photographie, nouvelle image de la réalité

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Caricature de Nadar en photographe

La photographie, d’une passion de technicien à une nouvelle image de la réalité

Le procédé permettant d’obtenir une image à la chambre noire est présenté par François Arago le 19 août 1839. Le principe de la chambre noire était connu des peintres depuis longtemps et “photographie” signifie dessiner avec la lumière.

Certains peintres s’enfermaient dans une tente obscure percée d’un trou pour reproduire le paysage qui se formait sur le fond de la tente.

L’appareil photographique lui-même n’est qu’une boîte noire améliorée pourvue d’un objectif qui sert à recueillir et à concentrer sur un point focal les rayons réfléchis par les objets qui sont dans son champ ; mais surtout, il permet de garder trace de l’image.

Des soufflets ou des crémaillères permettent de régler la distance entre l’objectif et la plaque photographique (ou la pellicule) en fonction de la distance de l’objet à photographier.

Le sens moderne de “photographie” est lié à l’invention de Daguerre et de Niepce qui consiste en la mise au point d’une substance chimique, sensible à la lumière (iodure ou bromure d’argent) qui permet d’obtenir une image latente, puis d’un “révélateur” pour la développer et la rendre visible (sulfate de fer et d’ammoniac + alcool + acide acétique) et enfin d’un “fixateur” pour pouvoir conserver l’image en pleine lumière (nitrate d’argent + alcool + acide acétique). L’idée et la première image étaient de Niepce, mais le brevet et la gloire sont allés à Daguerre qui s’était associé avec lui en 1829. Le terme de photographie viendra de l’astronome Sir John William Herschell en 1836.

Avant la découverte des rouleaux de papier photographiques “prêts à l’emploi”, chaque photographe préparait sa “mixture” dont il enduisait plaques de verres ou papier.

Jusque dans les années 1880, la photographie reste une passion de technicien : les procédés techniques sont longs et complexes.

En 1861, des procès quotidiens ont lieu pour “outrage à la morale publique”. Des photographes hommes prennent en photo des demi-mondaines et des bouquetières nues (!) pendant que la technique photographique se perfectionne.

Le passage de la pratique professionnelle à l’amateurisme révolutionne l’industrie et le rôle de la photographie dans la société. “Nous pensions que tous ceux qui utilisaient des plaques de verre changeraient pour le film souple, mais seuls quelques-uns le firent. Si nous voulions atteindre un volume d’affaire élevé, il nous fallait toucher le grand public et pour cela, créer une nouvelle catégorie de clients”. Le public, qui n’avait apparemment jamais pensé qu’on puisse prendre des photos soi-même fait un succès aux appareils Kodak lancés en 1888.

A partir du début du XXe siècle, les techniques de reproduction de la photographie dans les journaux donneront une nouvelle image de la réalité.

Les astronomes utilisent avec bonheur les nouvelles inventions de la science et de la technique.

La photographie, plus sensible que l’œil nu, permet de fixer et de multiplier les observations. Les télescopes de diamètres de plus en plus grands reculent les limites de l’univers connu. Les observatoires se multiplient, la coopération internationale se met en place.

Enfin la spectroscopie bouleverse les rapports de l’astronomie et de la physique et marque la naissance de l’astrophysique : non seulement comprendre où nous sommes mais aussi les mécanismes d’évolution des astres et de l’univers.

L’interprétation des raies spectrales par Kirchhoff en 1859, comme étant la “signature” d’atomes particuliers, permet de connaître la composition chimique des étoiles, des galaxies et de tous les objets célestes, leur température et leur vitesse radiale.

On s’émerveille de retrouver dans les astres les mêmes éléments chimiques que sur Terre. Mais les astronomes restent encore persuadés que ces informations ne concernent que notre galaxie.

Ce n’est qu’au XXe siècle, avec la théorie de quantas et la relativité, que seront définitivement consacrés les nouveaux rapports de l’astronomie et de la physique. Les observations s’étendent au “non visible”: ultra-violet, rayons X, radioastronomie.

1840 : daguerréotype de la lune,

1842 : première photographie du spectre solaire par Edmond Becquerel,

1856 : Foucault et le premier télescope à miroir de verre métallisé,

1868 : découverte de l’hélium dans le soleil,

1868 : première mesure de la vitesse d’une étoile (Véga) grâce à l’effet Doppler,

1880 : l’emploi de la photographie en astronomie est devenu courant,

1881 : observatoire de Nice, télescope de 0,76 m d’ouverture.

1880, la photo pour tous: Clic-clac, merci…Monsieur Eastman !

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Le brevet de l’appareil photo de Eastman

Une passion : la photographie. Un bon sens des affaires : les professionnels ne veulent pas de ses rouleaux prêts à l’usage et fournissant une provision considérable de clichés, ils préfèrent préparer eux-mêmes leur plaque de verre pour chaque prise de vue ? Eastman se tourne alors vers le grand public et trouve une idée pour le séduire :

“Appuyez sur le bouton, nous faisons le reste.”

Et un nom pour son premier appareil photographique pour amateur, un nom simple, facile à retenir, valable dans toutes les langues : Kodak.

Nadar, représentant de la maison Eastman en France, en fait la promotion à la Société Française de Photographie et signale l’avantage essentiel du système d’Eastman sur les précédents essais du même type : les bobines sont mobiles ce qui évite d’avoir à enrouler soi-même le papier.

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Bélinographie © Musée des arts et métiers, l’Album

1907: La télécopie phonographique ou la transmission de photos à distance

Le système de Monsieur Edouard Belin éclipse tous les autres pour transmettre à grande distance des images photographiques ou de l’écriture par voie télégraphique ou téléphonique normale. La transmission de son portrait à 1 700 kilomètres de distance grâce au “téléstéréographe” fait sensation dans le milieu de la presse. A partir de 1909, un dispositif assure le parfait synchronisme entre les organes transmetteurs et récepteurs tandis qu’un code permet aux opérateurs d’échanger des signaux de connivence pour le déclenchement des opérations :

demandeur : sonnerie prolongée,

réponse de l’opérateur : trois coups de sonnette,

signal de mise en route : coups de sonnette répétés.

La durée de transmission d’un portrait par exemple est de 5 minutes et 20 secondes. Toute la presse est impatiente d’avoir son “bélinographe”.

Cinq personnalités marquantes de la photographie au XIXe siècle

Louis-Jacques-Mandé Daguerre

1787 (Cormeilles-en-Parisis) – 1851 (Bry-sur-Marne), inventeur français.

Artiste peintre, entrepreneur de spectacles et réalisateur de décors, Daguerre connaît le succès et l’aisance grâce à ses fameux dioramas, qu’il met au point avec Bouton.

A partir de ses premières expériences, il étudie les jeux de lumière et entreprend de recueillir des images dans une chambre noire.

Associé à Niepce il réalisera la première photographie.

L’idée de fixer chimiquement les portraits sur la chambre noire est dans l’air depuis longtemps ; Charles a abordé le problème en 1780. Désirant en effet pratiquer la lithographie, mais ne sachant pas dessiner, il est amené à fixer une image de chambre noire sur une surface sensible, avec une solution huileuse de bitume de Judée que la lumière rend partiellement soluble.

Le premier support utilisé sera une plaque de verre, mais Daguerre obtient des résultats durables avec une plaque d’étain traitée à l’eau-forte.

En 1829, il s’associe à Niepce . Le hasard les amène alors à utiliser l’iode sur plaque d’argent ; ils réalisent ainsi la première photographie.

1833 : à la mort de Niepce, Daguerre poursuit ses recherches et découvre un procédé d’obtention d’une image latente sur une plaque d’argent sensibilisée aux vapeurs de mercure.

1838 : il crée la daguerréotypie, procédé fondé sur la grande sensibilité des halogénures d’argent à la lumière. Cette technique permet de fixer durablement une image très précise sur une plaque d’argent plaquée de cuivre, après lavage de celle-ci avec de la saumure chaude. Daguerre obtient ses épreuves après quinze ou trente minutes de pose en plein soleil. Il est certain que Daguerre a profité des acquis de Niepce pour réaliser ce procédé. L’importance de la daguerréotypie est reconnue par le physicien Arago et la technique est popularisée par l’un de ses pamphlets bientôt traduit en huit langues ; il fait entrer la découverte dans le domaine public, accordant une pension de 6 000 F à Daguerre et de 4000 F au fils

de Niepce comme prix de l’expropriation de leur travail.

La vogue persistante du daguerréotype, gagnant toute l’Europe et l’Amérique, a certainement nui à l’évolution de la chimie photographique, mais a favorisé la création et le perfectionnement de l’appareil de prise de vue.

Joseph-Nicéphore Niepce

1765 (Chalon-sur-Saône) – 1833 (Saint-Loup-de-Varennes),

physicien français.

La pierre lithographique met Niepce sur la voie de la découverte des premiers éléments constitutifs de ce que sera la photographie. Mais c’est avec la collaboration de Daguerre qu’il réussira à fixer sur des plaques d’argent les images de la chambre noire : de ce jour de 1833 date la vraie naissance d’un art nouveau : la photographie.

Niepce, fortement encouragé par Carnot, commence sa carrière scientifique par des inventions mécaniques.

1813 : Niepce s’intéresse à la technique de la lithographie et cherche un procédé de reproduction des dessins sur la pierre lithographique.

Niepce tente de tirer des épreuves sur planches d’étain à l’aide de crayons lithographiques. Ses recherches l’amènent à reproduire mécaniquement des gravures, grâce à un procédé nouveau : il parvient de façon assez empirique à fixer une image par la vapeur de mercure, en utilisant l’iodure d’argent, puis en éliminant l’excès d’iodure d’argent par de l’hyposulfite.

1816 : il obtient ainsi le premier négatif de l’histoire dans une caméra obscure, mais ne réussit pas à en tirer d’épreuve positive.

Il parvient toutefois à obtenir les premières images durables sur papier à l’aide du chlorure d’argent fixé par l’acide nitrique, puis il essaie plusieurs substances comme la résine de gaïac et le phosphore.

1820 : il utilise pour reproduire des dessins, des plaques d’étain ou de verre recouvertes de vernis préparé par dissolution de bitume de Judée dans le pétrole ou l’huile animale, et parvient à stabiliser la première photographie vers 1822.

1826 : Niepce se propose ensuite d’obtenir une “copie exacte de la nature”, en manipulant dans une chambre noire. L’image de la chambre noire est reçue sur une plaque métallique recouverte d’une mince couche de bitume de Judée, qui durcit et noircit à la lumière : c’est le premier cliché photographique !  Après une longue exposition de plus de 10 heures en plein soleil, Niepce découvre la vue de sa maison de famille.

1829 : Niepce rencontre Daguerre grâce à l’opticien Chevalier. Les deux hommes décident de mettre leurs connaissances en commun.

En 1833 à Chalon-sur-Saône, Niepce et Daguerre réalisent la première photographie.

George Eastman

1854 (Waterville, N.Y.) – 1932 (Rochester),

industriel américain.

Industriel en produits photographiques, fondateur de la firme Kodak. La passion de Eastman : la photographie ; son génie : le sens des affaires.

Les professionnels ne veulent pas de ses rouleaux prêts à l’usage et fournissant une provision considérable de clichés, préférant préparer eux-mêmes leur plaque de verre pour chaque prise de vue ! Eastman se tournera vers le grand public et trouve une idée pour le séduire :

“Appuyez sur le bouton, nous faisons le reste”.

1884 : Eastman invente le papier négatif.

1888 : il trouve, pour son premier appareil photographique pour amateur et pour sa firme, un  nom  simple, facile à retenir, expressif dans toutes les langues : “Kodak”.

Petit, léger, cet appareil dispense l’utilisateur des travaux délicats de développement et de tirage. Eastman sera imité par tous les photographes de son temps, en particulier par la firme des frères Lumière.

1889 : il invente la pellicule photo de celluloïd en bobine, détrônant ainsi les types de plaques photosensibles successivement utilisées.

Le papier négatif est le premier support présenté sur bobine et il sert directement au tirage des photos.

L’adoption des pellicules cellulosiques sera un facteur de progrès décisif dans l’industrialisation des produits photographiques.

1932 : Le Kodak a depuis longtemps conquis le monde entier, Eastman invite ses amis à dîner au champagne et se retire dans son cabinet. Il écrit sur une feuille de papier : “A mes amis. Mon œuvre est achevée. Pourquoi attendre ? G. E.” et se tire une balle dans la tête.

 

Lewis Carroll

Lewis Carroll

Carroll Lewis (Dodgson Charles Lutwidge), écrivain anglais

1832 (Daresbury) – 1898 (Guildford)

Je m’appelle Charles Lutwidge Dodgson.

Je suis né “dans une ferme comme un île, au milieu des océans de blés gîtés par la brise errante du matin. Je viens d’écrire ma première histoire : L’inconnu.

Je termine cette année comme professeur à Christ Church, avec un revenu de plus de 300 livres par an, et l’enseignement des mathématiques organisé par la providence pour quelques années au moins. J’ai écrit à Yates pour lui proposer plusieurs possibilités de noms – Edgar Cuthuellis – Edgar U.C. Westhill – Louis Carrol – Lewis Carrol.”

1857 – j’ai acheté un matériel photographique :

“Ce photographe du futur ne devrait pas seulement développer la ressemblance extérieure, mais devrait être capable de photographier l’intellect tout aussi bien et de développer les mentalités de manière à les rendre positives.”

1862 – Alice ” nous allons dans l’appartement de Monsieur Dodgson sous la conduite de notre gouvernante, nous nous asseyons sur le grand sofa tandis qu’il nous raconte des histoires, les illustrant au fur et à mesure par des dessins. Lorsque nous sommes vraiment heureuses, il nous fait poser et prend des photos”.

30 juin 1803 : Les relations sont rompues entre Lewis Carrol et Alice

Il restera après un travail acharné avec son illustrateur, Tenniel : Alice aux pays des merveilles et la suite A travers le miroir; il noue des relations avec les peintres préraphaélites, écrit des ouvrages de mathématiques, de jeux de mots, de jeux mathématiques.

Il invente un étui à timbre poste, travaille à la logique : “je pense que je vais faire principalement des livres de ce type”.

“Ai revu Alice Hargreaves (Liddel), ce n’est pas facile de relier ce nouveau visage avec l’ancien souvenir, cet étranger avec Alice connue si intimement et tant aimée dont je me souviendrai toujours mieux comme d’une petite fille de 7 ans absolument fascinante”…et il continue de parler aux enfants en groupe, mais ce ne fut plus jamais ça.

 

Charles Cros

Charles Cros

Cros Hortensius Emile Charles, poète et inventeur français

1842 (Fabrezan) – 1888 (Paris)

Autodidacte et original de génie, Charles Cros ne cesse d’étonner l’Académie des sciences par ses recherches et ses communications : ainsi aurait-il envisagé, par exemple, de communiquer avec les habitants potentiels de Vénus, lors du passage de la planète dans le ciel.

Verlaine reconnaît à Charles Cros la maîtrise du génie : mais si le savant est aujourd’hui un peu oublié, le poète qui a inventé le monologue de cabaret reste toujours présent, moderne dans la dérision et l’absurde.

A onze ans, Charles Cros apprend tout seul l’hébreu et le sanscrit.

A seize ans il enseigne les langues difficiles à des professeurs du Collège de France.

A dix-huit ans, il est chargé de cours de chimie à l’institution des sourds-muets. Il “fait” sa médecine, étudie l’astronomie, rédige une étude sur les moyens de communication avec les planètes et envoie à l’Académie des sciences la description d’un procédé de photographie en couleurs (1869).

En 1877, il adresse, à cette même Académie, la description du “phonogramme à cylindre” breveté l’année suivante, le paléophone. Le procédé de Charles Cros a un inconvénient : le tracé sur le cylindre s’efface après plusieurs lectures, aussi Edison lui ravit-il la primeur de l’invention et aussi la gloire.

La boisson, les difficultés matérielles, Le Chat Noir, encore la science, encore la poésie, encore la boisson ; il meurt d’une “décoordination générale des organes”.

1866 : il exprime son hostilité à l’Empire

1868 : il fait la connaissance de Nina de Villard

1869 : bref passage au Parnasse ; par la suite, ses écrits sont refusés.

1871 : réunions “zutistes” avec Verlaine, Rimbaud, Léon Valade.

1877 : il écrit des monologues pour Coquelin cadet qui saura mettre le genre à la mode.

1878 : les hydropathes

1878 : dépôt du brevet du phonogramme à cylindre (paléophone).

 

Nadar

Nadar

Nadar, Félix Tournachon dit, photographe, dessinateur et écrivain français

1820 (Paris) – 1910 (Paris)

L’art de voir : c’est avec l’œil pénétrant du caricaturiste et du journaliste satirique que Nadar aborde la photographie. L’art de saisir et de choisir la pose qui exprime le mieux celui dont il fait le portrait. Passionné d’aérostation, Nadar se ruine en ballons. Il fascine Jules Verne, réalise les premières photos aériennes, invente l’interview photographique (celui du physicien centenaire Chevreul), prête son atelier aux impressionnistes.

Nadar a comme amis intimes Gautier, Banville et aime comme eux la vie de bohème, “un géant ivre de joie et coiffé d’une vivante flamme” -Banville-. Aussi ceux qu’on appelle les “photographes d’art” doutent-ils de son talent, alors qu’à l’époque chacun a voulu avoir son portrait par Nadar et que les Nadar constituent la plus belle galerie de portraits du siècle.

1849 : il fonde la Revue comique et le Petit Journal pour rire

1849 : caricatures

1854 : le Panthéon Nadar (photo de Baudelaire, Gautier, Hugo, George Sand, Sarah Bernhardt, Alexandre Dumas)

1858 : premières photographies prises d’un aérostat

1863 : il fait construire Le Géant, ballon qui lui permet d’effectuer ses ascensions

1874 et 1887 : les deux premières expositions des impressionnistes dans l’atelier de Nadar.

1900 : il publie ses mémoires Quand j’étais photographe

1905 : il collabore à L’Assiette au beurre.

Appareils photographiques

Appareil photographique de Molteni

Appareil photographique de Molteni

Appareil photographique de Molteni, 1890.

Appareil pour plaques 9 x 12 avec 6 châssis, sac, pied et objectif rectiligne, type touriste, classique de l’époque.

Petit appareil photographique de Blair à pellicule, vers 1890.

Un des tout premiers appareils américains avec le célèbre “brownie” Kodak, inventé par Eastman utilisant l’émulsion sur pellicules souples en rouleau, procédé qu’il avait lancé deux années plus tôt.

photographie

Appareil photographique Blair – 1890

Nadar, représentant de la maison Eastman en France, en fait la promotion à la Société française de photographie et signale l’avantage essentiel du système d’Eastman sur les précédents essais du même type : les bobines sont mobiles, ce qui évite d’avoir à enrouler soi-même le papier.

Exposition universelle de 1878, photo de la construction

Exposition universelle de 1878, photo de la construction

Construction d’un bâtiment métallique pour L’Exposition universelle de 1878.

Épreuve photographique provenant d’une riche collection représentant les travaux de construction des palais du Champ de Mars et du Trocadéro.

 

Aimez-vous l’image de vous que les photos vous renvoient?

Cette image dépend-elle du photographe?

La fuite du temps sur les photos

La fuite du temps sur les photos

Lorsque vous regardez des photos anciennes de vous, photos sur lesquelles, à l’époque, vous vous trouviez moche, vous trouvez-vous finalement pas si mal?

Préférez-vous les images où vous posez ou celles où on vous a surpris(e) en pleine action?

Les photos de vous sont votre miroir psy, n’oubliez pas quelques séances en face à face avec elles régulièrement.

La rue odorante, photosensibilisante

Rue

Rue © Secrets de plantes

Botanique

La rue, ou rue odorante, Ruta graveolens L. de la famille des Rutaceae, est une belle plante herbacée vivace, vert bleutée.

Elle pousse dans le midi de la France et en Corse sur les coteaux arides et les vieux  murs. Sa renommée est aussi vive que son odeur est forte, pour certains désagréable, à tel point qu’il arrive que l’on sente la rue avant de la voir.
La tige est ramifiée, glauque, couverte de glandes à essence, odorante au froissement.

Les feuilles sont alternes, complètement divisées à contour général triangulaire, généralement très odorante.
Les fleurs à 5 pétales sont jeunes, groupées en inflorescence lâches, ramifiées elles se trouvent au sommet de la plante.
Les fruits sont des capsules globuleuses, la partie souterraine est un rhizome.

Apprenez à la reconnaître avec la Flore.

Usages

Rue

Rue

On emploie les feuilles de la rue.
La rue était autrefois cultivée comme plante condimentaire et médicinale. Les Romains s’en servaient comme condiment dans la nourriture, les Italiens en parfument aujourd’hui encore la “grappa”.
La rue est stimulante, rubéfiante. Elle a été employée  depuis la plus haute antiquité comme agissant puissamment sur le système nerveux en général et sur l’utérus en particulier. On la considérait comme remède à l’épilepsie et comme emménagogue dans l’aménorrhée et les désordres de la menstruations.
Emménagogue, stomachique, carminative, antispasmodique et vermifuge la rue doit être employée avec précaution.
Le vinaigre de rue était appliqué contre la gale et les poux et la plante est censée éloigner les insectes.
A très forte dose, la rue est abortive ; appelée l’”herbe à la belle fille” elle tuait si souvent la mère avec l’enfant que l’on abandonnât son usage même condimentaire.
Cependant, en quantité modérée, les feuilles sont bonnes en salade : une fois séchées leur saveur s’adoucit et rappelle celle de l’estragon.
La plante referme une huile essentielle, de la vitamine P et C2.
Chez certaines personnes, la plante fraîche peut également être photosensibilisante et provoquer des irritations de la peau après toucher et exposition au soleil.
Certains pensent que seule Ruta chapelensis était utilisée dans la nourriture,
R. graveolens et R.montana entraînant des réactions trop fortes et notamment dans la sphère du coeur.

Folklore

fleurs de rue © Secrets de plantes

fleurs de rue © Secrets de plantes

Cette élégante plante vivace forme des touffes compactes de 60 cm de haut, aux petites feuilles dentelées vert bleuté, très aromatiques, surtout en fin de soirée après une chaude journée ensoleillée.
On pensait qu’elle combattait les poisons et l’on disait que la belette se roulait dans la rue et en mangeait avant de combattre les serpents venimeux.
La rue faisait partie d’une composition mise au point par le médecin de Mithridate, roi du Pont, afin de le préserver des tentatives d’empoisonnement qui étaient monnaie courante à sa cour. Ce médicament réussit, paraît-il, si bien qu’il ne parvînt pas à s’empoisonner pour éviter de servir au triomphe de ses vainqueurs. Ce système de mélange fut à l’origine de la thériaque.
La rue est anaphrodisiaque et dans cette optique elle était cultivée en Italie dans les couvents. Son usage se répandit dans les couvents du midi de la France et c’est ainsi que la plante passa les Alpes, s’acclimata dans les jardins avant de s’échapper dans un environnement propice.

Salvia cum Ruta faciunt tibi pocula tuta. Adde Rosae Florem, minuuntque potenter amorem.

“La sauge et la rue ont le don de rendre saine une boisson,

Si l’on y joint la fleur de rose, rien ne tempère mieux l’ardeur que l’amour cause”.

Recettes

Le moretum selon Virgile

Chez les Romains, la rue entre dans la fabrication d’un condiment qui servait à aromatiser de nombreux plats, le “moretum”. Ils s’en servaient comme actuellement les américains se servent de ketchup.
Ingrédients
un peu de rue fraîche (R.Chalepensis)
coriandre fraîche
4 têtes d’ail
fromage frais
huile d’olive
sel

“Simyle arrache 4 têtes d’ail à la gaine épaisse, cueille la coriandre gracile et la résistante rue.  Puis il va s’asseoir à la chaleur de l’âtre et réclame à grands cris un mortier, y dépose les gousses, sale à la volée, ajoute le fromage frais et les herbes pour finir.
Alors, il travaille vaillamment du pilon et mêle tous les sucs. Une  âcre odeur lui chatouille le nez ; il grimace, il essuie d’un revers de main les larmes sous ses yeux, et couvre de jurons le mortier qui n’y peut rien. L’ouvrage prend tournure ; dans le mélange épais, le pilon tourne mollement.
Simyle verse alors de l’huile goutte à goutte, ajoute un filet de ninaigre fort, mêle à nouveau le tout et le travaille derechef. Enfin, avec deux doigts, il fait le tour du mortier pour en vider le contenu.
La servante, de son côté, a défourné les miches. Le voilà paré contre la faim pour la journée. Il chausse joyeusement ses guêtres, enfonce son bonnet, attelle sous le joug ses taureaux dociles et parcourt les champs.”
(D’après Virgile)

L’antidote de Mithridate

Ingrédients
20 feuilles de rue contuses
2 noix sèches
2 figues
un peu de sel

Mélange à absorber quotidiennement. Cette recette fut trouvée par Pompée dans la gazette de ce prince.
Voici donc l’ancêtre de la Thériaque.