Le giroflier, plante au parfum érogène

Botanique

Le giroflier, comme l’acore sont deux plantes dont le parfum est réputé attirer le sexe opposé.

Giroflier

Giroflier © Secrets de plantes

Le giroflier ou carafée ou Violer jaune ou Bâton d’or, Eugenia caryophyllata Thunb, de la famille des Myrtaceae, est un arbre à feuilles persistantes des régions tropicales. Originaire de l’archipel des Moluques, il croît aujourd’hui aux Antilles, dans les régions orientales de l’Afrique tropicale, à Zanzibar, aux Indes, en Chine et en Asie du Sud-Est.
Il aime les climats humides, l’air marin, avec vents et pluies modérés.
Les boutons floraux, desséchés, sont connus sous le nom de clous de girofle.

Cet arbre à houppier pyramidal, toujours vert, à l’écorce lisse, possède des feuilles ovales, oblongues, lisses et coriaces. Les fleurs sont disposées, à l’extrémité des rameaux, en petites cymes compactes et ramifiées.
Les fruits sont des baies allongées de la grosseur d’une prune.

Composition chimique

Les boutons floraux renferment :

– des glucides plus particulièrement des osides (mucilages)

– des protides dont 6 % de protéines

– 6 à 10 % de lipides représentés par des acides gras

– 5 à 6 % de matières minérales

– des composés phénoliques  tels que l’acide gallique, l’acide protocatéchique

. des flavonoïdes du type flavonols, dérivés du kaempférol et de la quercétine

. 10 % de tanins essentiellement des tanins galliques

– des terpénoïdes : triterpènes dont des stéroïdes (campestérol, phytostérol, sitostérol, stigmastérol) et des saponines (acide oléanolique)

– des vitamines

L’huile essentielle de clou de girofle doit ses propriétés anti-histaminiques et antispasmodiques à l’acétate d’eugényle.

Usages

Giroflier

Giroflier

Alimentaire

Le clou de girofle est utilisé dans l’industrie alimentaire comme épice et arôme.

Pharmaceutique

L’huile essentielle de clou de girofle est traditionnellement utilisée pour faciliter la digestion. On la recommande dans le traitement des douleurs dentaires et des maux de tête. Elle est un remède contre les nausées et les vomissements.

Elle trouve une utilisation bénéfique dans la désinfection et la cicatrisation des plaies.

Cosmétique

Les extraits ont des propriétés astringentes, régénérantes et tonifiantes.

On recommande l’huile essentielle de clou de girofle pour ses activités anti-oxydantes et antiseptiques.

Elle est traditionnellement employée pour l’hygiène bucco-dentaire.

Les extraits ainsi que l’huile essentielle de clou de girofle sont recommandés dans des préparations telles que :

– des lotions pour l’entretien des cheveux gras

– des bains de bouche, des dentifrices

– des produit de soin du visage pour peaux matures, grasses mais aussi fatiguées et ternes.

Usages traditionnels

La plante est ignorée des Anciens mais connue des Chinois et elle est introduite en Europe au IVe s. par les Arabes. Au XVIIIe s., Pierre Poivre l’introduisit à l’Ile Maurice.
Les boutons floraux, cueillis avant l’épanouissement de la corolle, quand les pétales non séparés forment une tête ronde et rosée au-dessus du calice, prendront, après séchage, une teinte rouge-brun.
Au moyen âge, les médecins y voyaient une panacée : les clous de girofle étaient réputés fébrifuges, antiseptiques, analgésiques, stomachiques, aphrodisiaques. Ils soulageaient les maux de dents, guérissaient les ulcères, protégeaient de la peste. Sainte Hildegarde les préconisait pour les maux de tête, la surdité, l’hydropisie.
Le girofle est aujourd’hui exploité comme antiseptique, parfait désinfectant du cordon ombilical et du matériel chirurgical, comme cicatrisant, antihistaminique, analgésique, pour ses propriétés digestives et vermifuges.
Il est employé aussi comme épice, pour aromatiser sucreries et boissons, pour conserver la viande, éloigner les mouches et les moustiques.
En Chine, le fruit, de la grosseur d’une prune, est préparé confit comme excitant.
Son huile aromatique à odeur d’oeillet est très usitée dans la parfumerie.

Folklore

Giroflier

Giroflier

Pline donne l’étymologie de “girofle”, faisant dériver son nom du grec “phyllos”, feuilles et “karuo”, noix. Quant à son nom scientifique on y retrouve le nom d’un grand ami de la Botanique au XVIIe siècle : celui d’Eugène de Savoie.
Plusieurs traditions, usages rituels et pratiques magiques sont liés au giroflier.
C’est ainsi par exemple que l’on se devait d’avoir dans la bouche des clous de girofle pour s’adresser à un empereur. Ces mêmes clous de girofle, brûlés seuls ou en mélange sur un réchaud en fonte purifient un lieu, tandis que l’on trouve en Orient comme en Asie d’innombrables recettes de parfums incorporant le girofle pour attirer la chance ou l’argent.
Portés sur soi ou utilisés dans l’eau du bain, les clous de girofle ont le pouvoir d’attirer l’attention et le désir du sexe opposé.
De façon générale, le giroflier est symbole de protection, d’exorcisme, de désir sexuel, de gains matériels.

Recettes

Cordial aux girofles

6 g de clous de girofle et de boutons de cannelier-casse pilés, et une douzaine de grains de poivre de la Jamaïque.

Faites-les infuser un ou deux jours, dans une bouteille d’eau chaude bien bouchée, placée au coin du feu.
Filtrez le liquide, ajoutez 1,8 litre d’alcool de première qualité et de sirop à volonté.
Filtrez et colorez en ajoutant un peu de sucre grillé.
Vous pouvez également ajouter de la fleur ou de la noix de muscade. Ce cordial est tonique et chaleureux.
L’alcool peut être de l’eau-de-vie ou, cette recette étant d’origine écossaise, du whisky. Les colorants sont facultatifs.

Alcool dentifrice

Ingrédients:
Faire macérer pendant un mois dans un litre d’alcool
1 citron piqué de 20 clous de girofle,
1 poignée de feuilles de menthe,
1 pincée de carmin,
10 g de menthol.
Filtrez avant de mettre en bouteilles.
Quelques gouttes de ce mélange dans un verre d’eau tiède constitue un excellent dentifrice.

Thé aux clous de girofles

Ingrédients
12 clous de girofle
1 tasse à thé d’eau bouillante
Laissez infuser 3 minutes.
Ce thé est  agréable, très frais, inhabituel.
En cas d’infection intestinale il peut vous être d’un grand secours.

Pomme d’ambre

1 orange
250g de clous de girofle
1 fil de fer
1 ruban

Ghassoul (se prononce rassoul)

Ingrédients
2 kg de ghassoul
clous de girofle         25g
fleurs de lavande      50g
pétales de rose         30g
eau

Dissoudre le ghassoul dans l’eau. Ajouter girofle, lavande et rose. Bien malaxer.
L’unique gisement de ghassoul (argile naturelle) existe au Maroc : il en est exporté 3 000 tonnes par an essentiellement vers la Tunisie et l’Algérie (80%).
Étendre cette pâte au soleil jusqu’à durcissement. La conserver en petits récipients aérés (vannerie).

Shampoing au ghassoul

Emploi du ghassoul :
ajoutez un peu d’eau à l’argile afin d’obtenir une pâte épaisse qui sera étendue sur les cheveux.
Frictionnez.
Rincez.
Le ghassoul peut s’employer aussi bien dans l’eau douce que salée.

Branche de pivoine blanche et sécateur de Manet

 Un geste pictural

Branche de pivoine blanche et sécateur d'Édouard Manet - Musée d'Orsay

« Un peintre peut dire tout ce qu’il veut avec des fruits ou des fleurs ou même des nuages. Vous savez j’aimerais être le saint François de la nature morte », sans aucun doute Édouard Manet m’a convaincu, il sera le Saint-François de la nature morte.

Sous la menace du sécateur, prêtes pour le vase, ces branches de pivoines blanches provoquent l’instant fatal. Coups de pinceau denses, désordre exquis, exécution rapide, équilibre éphémère, tournoiement des pétales blancs, passion déclarée sur fond noir. Grâce ultime de ces deux pivoines qui embaument leur défunte demeure d’une fraîcheur enivrante.

1864 – 31 x 46,5 cm

Sujet

Manet aimait l’instant et donc l’éphémère, c’est cela qui guide sa peinture de fleur; il ne va pas dans le sens de Fantin-Latour, qui fait de ses bouquets la variation infinie d’une recherche de la beauté propre à la peinture. Pour Manet les fleurs, ici des pivoines blanches, sont des moments ; d’abord dans une saison, mais aussi dans la vie du peintre.

S’il peint les fleurs dans un vase comme tout un chacun, c’est le moment du vase qui l’intéresse, ce moment où on atteint la bonne disposition, l’instant du bouquet réussi, ou l’instant du réaménagement lorsque certaines se fanent ou bien comme c’est dans ce petit tableau si intime le moment d’apprêter les fleurs pour le vase, elle sont fraîchement coupées, posées sur la table, pas encore mises en valeur, elles sont peintes ici pour leur seule présence, dans la coulisse, avant d’entrer en scène ; deux petites danseuses en pétales blancs, au repos.

Composition

Une des beautés de la pivoine vient de l’apparent désordre de ses pétales, ces formes ne pouvaient que séduire Manet qui cherchait dans le sujet quelque chose qui « lui aille bien », quelque chose qui se marie avec sa main, et donc son coup de pinceau. Peindre des fleurs c’est peindre pour peindre, le propos dans les branches de pivoine est un propos de peinture, une image pure du style, le désir de peindre se montre lui-même, et la présence du sécateur dans plusieurs de ses compositions de fleurs indique aussi l’importance pour Manet de composer et d’exécuter très vite, de s’enfoncer totalement dans l’intensité de l’acte de peindre et de donner ainsi au tableau une fraîcheur inégalable.

Cette position est celle d’un virtuose, toutes ses peintures de fleurs plus peut-être que ses autres natures mortes, le démontrent.

Une seule diagonale, celle de la tige d’une des pivoine structure l’espace du tableau et cela suffit. C’est à peine si celle du sécateur qui forme avec la première un angle aigu est présente. L’espace de cette table et son bois sombre est pourtant là pour soutenir les deux mouvements blancs que sont ces deux pivoines.

Couleur, lumière

Manet concentre entièrement sa lumière sur les deux fleurs, elles semblent éclairer cette petite scène qu’est la table, de leur blancheur.

C’est une des vertus de la lumière chez Manet : Les êtres et les objets qu’il peint ne renvoient pas seulement la lumière qui tombe sur eux , ils émettent aussi une vibration lumineuse, c’est ainsi que Manet donne à ses sujets une sorte de « double vie ». Il y a chez lui un jeu entre l’intériorité et l’extériorité qui passe par la lumière, car il se sert toujours de la lumière ambiante comme mouvement vers la lumière intérieure propre aux objets.

Son Olympia émet aussi une lumière autant qu’elle en reçoit.

C’est chez Manet la raison et la forme de la théâtralisation de ses tableaux ; elle n’est d’ailleurs jamais excessive, Manet reste près de son sujet, il veut toucher le réel, l’atteindre au delà de l’illusion picturale et c’est à travers lui que ce peintre cherche l’évocation. Sans le réel il n’y a pas de rêve possible dans la peinture, c’est dans la réalité que le désir cherche à atteindre la vie et la poésie.

L’économie des moyens de ce petit tableau prouve bien l’extraordinaire aisance de Manet ; Le travail sur les pétales des pivoines (traités en 4 couleurs : Blanc, rose, ocre jaune, gris) est éblouissant, l’écrin dans lequel il met ces bijoux naturels l’est autant, harmonie des bruns sombres et des gris jusqu’au noir du sécateur donne une note voluptueuse aux fleurs que le vert des tiges et des feuilles habille d’émeraude, ce vert bleuté si cher à Manet.

 

Matière, forme

Manet a beaucoup peint les pivoines, c’est leur forme et le rythme de leurs pétales qui sans doute le touchait . Il y a en effet dans la disposition de cette fleur un ordre-désordre qui évoque un état d’émotion particulier. Elle est avec la rose et peut-être plus qu’elle, la fleur qui évoque le mieux l’état passionnel et son splendide désordre. Mais ce qui sans doute aussi fascinait Manet c’est l’ élégance de cette fleur, l’élégance du désordre.

On peut donc apprécier la musicalité de la touche des pétales des deux pivoines, faite d’un tournoiement de blanc et d’ocre jaune soutenu de gris et enrobé d’un rose très léger. Cette agitation dans les fleurs elle-mêmes donnent une double impression, de beauté certes, mais ainsi couchées à côté de l’instrument qui les a séparé du massif, d’abandon et de désarroi.

Derrière cette matière somptueuse et simple il y a comme souvent dans les peintures de fleurs du XIXe siècle la présence évoquée de la féminité ; les fleurs, à la fois carnation, ornement et robe.

Dans l’œuvre de Manet cette robe blanche translucide, cette robe au « beau désordre » est souvent présente : dans La lecture, dans Le Balcon, Le Repos de Berthe Morisot, jusqu’à la petite fille du Chemin de fer.

Extrait du travail préparatoire pour le CD-Rom Secrets d’Orsay

L’euphraise ou casse-lunettes

Euphraise

Euphraise © Secrets de plantes

Botanique

L’euphraise, Euphrasia officinalis, de la famille des Scrofuliariaceae, est une petite plante annuelle ne dépassant pas 30 cm et qui parasite les racines de différentes autres plantes.
Elle habite les prairies ensoleillées, les clairières, buissons, marais, surtout sur terrain maigre et souvent parmi les bruyères jusqu’à 3000 m.
On la rencontre en France, sauf sur le littoral méditerranéen, en  Europe centrale, au Canada.

Sa tige dressée et brunâtre porte des feuilles ovales, sessiles et profondément dentées. Toute la plante est glanduleuse avec un goût âcre et amer.

Elle fleurit de juin à septembre. Ses fleurs, disposées à l’aisselle de bractées foliacées, forment des grappes assez lâches. Leur corolle est généralement blanche, finement striée de violet, avec une gorge jaune et dépasse largement le calice ; elle comporte 2 lèvres, l’inférieure à 3 lobes échancrés, la supérieure en forme de casque convexe.

Le fruit est une capsule ovoïde aplatie et duveteuse.

Apprenez à reconnaître la plante avec la Flore.

Composition chimique et usages actuels

Euphraise

Euphraise

Les parties aériennes contiennent :
– des matières minérales
– des composés phénoliques représentés par des :
. des acides phénoliques (acide caféique, acide vanillique, acide parahydroxyphénylpyruvique)
. des flavonoïdes
. des tanins (3 à 8 % de tanins galliques)
– des terpénoïdes, plus particulièrement des iridoïdes (aucuboside, euphroside)
– 0,15 % d’huile essentielle
– des résines
L’euphraise est anti-inflammatoire et veinoprotectrice. Elle possède également des propriétés apéritives et stomachiques. Elle est par ailleurs sédative et cholérétique. L’euphraise a la faculté d’accroître l’acuité visuelle.

Usages pharmaceutiques
L’euphraise est recommandée dans le traitement des troubles ophtalmiques mineurs : larmoiements causés par le soleil et le vent, conjonctivites, blépharites et orgelets.
Grâce à la présence de tanins, on utilise l’euphraise pour arrêter l’écoulement nasal lors de rhumes.

Usages cosmétiques
L’euphraise jouit de propriétés adoucissantes, anti-couperose, astringentes et tonifiantes. Elle entre par conséquent dans la préparation de :
– shampooings pour bébé, lotions pour cheveux fragiles
– crèmes apaisantes pour peaux sensibles, notamment pour le contour des yeux
– masques astringents pour peaux grasses et mixtes
– laits adoucissants pour la peau des bébés
– produits anti-cernes.

Usages traditionnels

On en utilise les tiges fleuries.
L’euphraise est tout d’abord un “casse lunettes”, car elle a la propriété d’accroître l’acuité visuelle. Elle est recommandée comme remède contre les maux d’yeux : larmoiements, mucosités purulentes, conjonctivites, blépharites et orgelets. On l’utilise en bain d’yeux. “Ce remède épure les yeux et augmente la force visuelle” dit l’Abbé Kneipp, grand défenseur de cette plante.
L’euphraise est également prescrite lors d’insuffisance hépatique, voire de jaunisse. Elle est aussi indiquée contre l’inappétence, pour stimuler la sécrétion des sucs digestifs et régulariser la digestion.
Son emploi populaire lui attribue des vertus apaisantes contre les maux de têtes, les crampes, l’hystérie et les insomnies.
En usage externe, elle aide à la cicatrisation des plaies.

Folklore

Petite légende poétique : la linotte se serait servie de l’euphraise pour s’éclaircir la vue.

Arnaud de Villeneuve, médecin de la Renaissance, faisait fabriquer une potion composée de moût de raisin (premier jus avant la mise en fermentation) et d’euphraise, apte à redonner une meilleure vision.

La conformation de la corolle blanche à tache jaune ponctuée, évoquant un oeil, aurait justifié la “théorie des signatures” pour faire de l’euphraise un “casse-lunettes”.

Recettes

rhume de cerveau, mémoire, ophtalmies

Infusion de
20g de sommités fleuries
1 litre d’eau
à faire bouillir 10 minutes
laver les yeux (ophtalmies) ou aspirer le liquide par le nez (rhume).
ou boire 3 tasses par jour (mémoire, rhume).