La balançoire d’Auguste Renoir

Auguste Renoir

La Balançoire d’Auguste Renoir – Musée d’Orsay

Jeux de lumière, jeux de regard

« Chez lui domine une gamme des tonalités claires aux passages ménagés avec une harmonie merveilleuse. On dirait un Rubens éclairé du soleil brillant d’un Vélasquez. » Zola semble ébloui par l’œuvre de Renoir.

Elle s’en balance. Il parle dans le vide. L’homme caché fixe un inconnu. La fillette, émerveillée, les dévore des yeux. Le soleil transperce les feuillages. Des touches lumineuses scintillent sur le sol, papillotent sur les tissus. Vert, brun, bleu de Prusse poussent l’escarpolette en toute insouciance. Comment la lumière crée-t-elle cette atmosphère d’éternelle jouvence ?

1876 – 92 x 73 cm

Sujet

Contemporaine du Bal du Moulin de la Galette (musée d’Orsay), cette toile d’Auguste Renoir fut présentée à la troisième exposition impressionniste où elle rencontra certaines critiques hostiles. On lui reprochait sa bizarrerie dans la représentation des effets de soleil et ce bleu “féroce”. Mais d’autres critiques, sensibles à la modernité de ce tableau, y virent une image du bonheur dans cette campagne qu’était encore Montmartre à l’époque et évoquèrent le nom de Watteau pour en qualifier l’atmosphère.

Dans La Balançoire, le modelé passe derrière le travail sur la lumière et la recherche d’une matière expressive. Auguste Renoir suit un chemin pourtant très différent de celui de Monet, il cherche plus la sensation que l’illumination solaire ; ils étaient très proches au temps du cabaret de la mère Anthony, il y avait pourtant une manière différente de poser la couleur .

Le soleil de Renoir ce sont les gens, les femmes d’abord, les hommes, et les enfants et la dans La balançoire c’est la jeunesse, la jeunesse entre hommes et femmes.

Les jeux de regards dans cette toile sont à eux seuls, un vrai cours de théâtre sur la plastique.

La scène se passe dans le jardin de la maison rue Cortot à Montmartre où Auguste Renoir avait loué une chambre, la jeune femme c’est Jeanne une jeune Montmartroise, celui qui nous regarde c’est sans doute Goenette, le peintre ami de Renoir.

Renoir préparait la grande mise en scène du Moulin de la galette, il avait loué cette chambre pour le jardin attenant qui pouvait servir de décor à son grand tableau et qui permettait d’y faire poser les amis, cette lumière tachetée est dans les deux tableaux .

 

Composition

Auguste Renoir et il n’est pas le seul, cherche Watteau à la trace, son univers, celui qu’il veut développer n’est pas étranger à celui de ce peintre du XVIIIe siècle, mais la comédie de la vie ne sera pas « jouée » par Pierrot et Colombine, mais par Jeanne, Gabrielle, Norbert, et plein d’autres contemporains de l’artiste dont les noms se sont perdus dans la brume du temps, mais qui sont là dans les tableaux de Renoir de cette époque de la jeunesse.

A tableau vertical composition en hauteur, elle s’y prête bien en effet, puisque l’ossature du tableau est faite par cette balançoire au centre.

Le point de vue est celui de quelqu’un qui s’approche du groupe et que le personnage en partie caché par le tronc de l’arbre regarde venir, ce regard crée la dynamique du tableau car elle permet à celui qui s’approche non pas du groupe mais du tableau, de rentrer dans le jeu des regards, jeu simple certes, mais subtil. Auguste Renoir nous fait bien sentir que cet homme derrière ce tronc d’arbre vient de quitter des yeux l’homme qui nous tourne le dos, pour tourner les yeux vers celui ou ceux qui viennent vers eux. La jeune femme (on sait qu’elle s’appelait Jeanne) a les yeux obstinément tournés ailleurs que vers l’homme qui lui parle.

Mais elle a l’air rêveuse cette toute jeune femme, suspendue dans l’air par cette escarpolette, à gauche tout près du bord du tableau une enfant très petite regarde l’homme qui parle à cette jeune femme avec un regard émerveillée. Ces jeunes gens encore près du souvenir de l’enfance ne la regardent plus déjà, mais elle est toujours là en eux, on joue maintenant à d’autres jeux, mais l’enfance elle continue de les regarder.

Auguste Renoir a laissé l’air circuler sur la droite du tableau où il a aménagé une belle profondeur à sa manière, quelques personnages dont une femme en robe claire ferment cet espace.

La profondeur est créée par l’alignement des troncs verticaux qui vont du premier plan à gauche au fond au milieu jusqu’au groupe de personnages de l’arrière plan qui clôt l’espace du tableau. Mais cette impression de trouée lumineuse est aussi due à l’étagement des touches de lumière jaunes et blanches sur le sol du premier plan jusqu’au fond. Une harmonie de bleus de Prusse, de verts et de bruns violacés auxquels s’opposent des taches jaunes et blanches de lumière. Au fond du tableau une touche vermillon attire l’œil, la cravate du personnage que l’on distingue à peine. Dans cette toile la couleur est lumière et la lumière est couleur, c’est là tout le génie de Renoir.

Couleur, lumière

Cette lumière de mouchetures de soleil Renoir la reprendra dans son grand tableau du Moulin de la galette, il est possible que la balançoire ait été pour lui une sorte de premier essai pour son grand format car on y trouve cette même lumière miroitante en taches qui est une des raisons de la beauté de cette toile ; comme si ces taches de lumière étaient une sorte de symbole, si l’on peut dire, d’un moment de la jeunesse.

La lumière à travers les feuillages c’est à dire l’ombre et la lumière éclatée en myriades de points immatériels, une sorte de ciel étoilé au soleil, un mouvement scintillant et perpétuel.

C’est sans doute cette forme que cherchait Renoir, car ces deux tableaux sont comme des manifestes de sa peinture, il changera de manière encore une fois avec cette période aigre qui lui permettra de retrouver le vrai rôle de la lumière dans sa peinture qui est celui d’une créatrice de forme. Avec Renoir on a le sentiment que c’est la lumière qui assujettit la peinture.

Dans La Balançoire tout est déjà là, on voit précisément que le peintre cherche la nature elle-même de la lumière mais en vrai peintre il la cherche dans la matière même de sa pâte, on peut dire que dans ce moment de grâce de son oeuvre, la peinture elle-même se fait lumière.

C’est là un trait de génie de ces peintres impressionnistes car à chacun correspond une histoire personnelle avec la lumière.

Matière, forme

La manière de Renoir commence à se différencier de celle de Monet, ils ont travaillé ensemble les mêmes sujets confondant leur manière, et à partir de ces années 75, 76 ils se sont identifiés, leurs styles respectifs se séparent.

Auguste Renoir va aller vers cette recherche d’une matière duveteuse et douce. Il n’a jamais aimé les empâtements, il y en a ici sur la robe de la jeune fille qui pourtant semble très vaporeuse, il cherche une légèreté dense, une force vive et douce, il ne pourra jamais se séparer de la transparence car c’est le seul moyen d’atteindre cet état de la matière de la peinture, il lui faut de l’air et du vent, du feuillage et des plumes, de la soie et des étoiles tout cela est réuni dans la balançoire.

La matière chaude et sensible, due à un pinceau de virtuose crée des formes légères et fluides miroitant dans la lumière d’un instant de bonheur.

Pour aller plus loin dans l’analyse de cette oeuvre.

Extrait du travail préparatoire au CD-Rom de jeu Secrets d’Orsay

Les rituels du corps

séduction

bijoux et mode, outils de séduction © da Cunha

Petit retour sur les rituels.

Un rituel, ça s’apprend, ça se respecte, ça se transgresse, ça se répète, ça se pratique ensemble, ça se refuse.

Le rituel nous donne l’aptitude à nous déplacer sur l’échiquier de la vie sociale, il marque notre appartenance à un groupe, il remplace la peur en faisant naître l’émotion, il nous donne une réponse obsessionnelle à la peur du vide, à la peur du sexe, il donne un sens à ce qui n’en n’a pas, il  nous permet de ne pas être seul avec notre angoisse dans les étapes clefs de la vie.

Le corps est le support et l’acteur principal des rituels.

Les rituels du corps

Le corps signé, marqué, mutilé, le corps souffrant, éclatant, séduisant, le corps gesticulant, officiant, communiquant.

Dans toutes les sociétés, toutes les cultures, les corps relève de soucis et de modèles sociaux, religieux, moraux, hygiéniques et esthétiques. Les usages du corps, sa tenue, sa représentation et sa figuration sont liés à son statut et à un système de valeurs et de conduites, donc aux rituels.

Le corps est impliqué dans tous les rituels connus avec différents degrés d’extension et d’intensité:

– soit comme lieu disponible pour y tracer des marques et des signes (tatouage définitif ou peintures passagères, scarifications), ou y pratiquer des interventions (circoncision, excision, blessures rituelles);

– soit comme sujet de la souffrance, de la santé, de la beauté (rites liés à la maladie, l’hygiène, la guérison, l’esthétique;

– soit comme source d’énergie pour effectuer tel geste, tel signe, tel cérémonial.

Le corps est présent dans tous les systèmes religieux, même les plus spiritualistes. Dans le christianisme, il est présent non seulement de façon négative, par l’ascèse, mais aussi de façon positive pour le salut de l’homme: incarnation de Jésus, communion réelle et symbolique à travers le corps et le sang du Christ, dogme de la résurrection qui garantit le triomphe sur la mort, venant réparer toutes les souffrances physiques, maux et sacrifices.

L’attitude envers le corps a changé. Alors qu’il était l’objet d’une mise à distance et d’un souci de maîtrise, il devient une valeur comme moyen d’expression, de communication et de jubilation. Ce corporéisme émerge partout mais le rite n’a pas disparu dans cette inflation du corps.

Les inscriptions corporelles: le tatouage

“un vrai dur, un tatoué”, “l’amour, pas la guerre”…

Tatouage vient de “tatau”, terme polynésien importé par les officiers de marine au XVIIIe siècle; il désigne le marquage (dessins figuratifs ou non, écrits) gravés volontairement sous la peau. Il se distingue des marques involontaires (brûlures, blessures) et, par son caractère durable, des modifications de surface comme la peinture du corps, le maquillage et le grimage.

Dans les sociétés archaïques le tatouage accompagne souvent les rites d’initiation et l’accession au statut d’adulte; il est en rapport étroit avec une sexualité qu’il faut affirmer chez l’homme et contrôler chez les femmes. Il réalise une transmission d’une génération à l’autre; il témoigne aussi de l’appartenance à un groupe ou à un sous-groupe spécifique, privilégie ou stigmatisé.

Le tatouage fut interdit par les religions occidentales et disparut presque en Europe sauf chez quelques corporations d’artisans; il réapparaît au XVIIIe siècle sous une forme décorative polyvalente, mais en se localisant dans des secteurs marginaux, notamment dans les lieux de regroupement mono-sexuel (armée, marine, internat, chantier, prison).

Aujourd’hui le regain du tatouage témoigne symboliquement de l’affiliation à un groupe à travers une épreuve, parfois un exploit; il se pose par opposition à d’autres groupes, voire au reste de la société. Souvenir et défi, sorte de pièce d’identité rudimentaire, il exprime souvent l’érotisme, la violence, parfois la dérision. Lorsqu’il évoque un lien privé, il proclame un attachement exclusif, exalte une rencontre fusionnelle avec l’autre.

On distingue les modes de tatouage quasi traditionnels des milieux marginaux non intellectuels, des nouvelles formes de peinture corporelle. Celles-ci apparaissent dans les années 65-70 dans les milieux hippies ou underground composés de jeunes étudiants ou artistes rebelles à la société de consommation. (voir J.J Mertaens, Le dessin sur la peau).

Les hippies recourent à un style pictural unisexe, comme pour le vêtement, dans un souci égalitaire et fusionnel (l’amour, pas la guerre) et en substituant la communauté  à la famille. la peinture corporelle prépare ou prolonge un corps à corps sexuel avec une symbolique sommaire surtout florale; son impression reste ludique et passagère comme si ces jeunes craignaient toute marque comme tout engagement irréversible.

Essayez un tatouage

tatouage

tatouage

Affirmez votre affiliation à un groupe, magnifiez un de vos exploits, proclamez un attachement, laissez libre cours à votre érotisme, votre violence ou votre dérision. En créant le modèle de votre tatouage, en choisissant l’endroit de votre corps où vous allez l’appliquer, dans ce geste de souvenir et de défi, vous vous créez une pièce d’identité rudimentaire.

Si vous êtes douillet, conformiste, si vous avez un sens aigu de votre intégrité corporelle, vous n’êtes pas obligé de vous faire réellement tatouer, vous pouvez vous faire faire ou faire un faux tatouage temporaire. L’expérience en vaut la peine, surtout si le tatouage est visible: vous constaterez à quel point le regard des autres sur vous va changer.

Les inscriptions corporelles: le maquillage

Nature régénératrice, corps à corps avec soi-même, symbole sexuel, ensorcelant, magique, “prête à être sortie”.

Réservé autrefois à quelques élites sociales, le maquillage s’est développé et vulgarisé. Malgré son caractère relativement superficiel et éphémère, il relève cependant de la ritualité:

– symbole d’une sexualité distinctive, attestation par un visage maquillé de sa féminité et de sa présence érogène;

– pratique répétitive, parfois obsessionnelle, d’un rituel privé au cours duquel la femme se maquille dans un corps à corps avec elle-même et avec le miroir dans un dialogue avec son image qui change. Par cette pratique, elle suspend dans un premier temps son rapport à autrui et elle fourbit ses armes (offensives et défensives) pour affronter le rapport avec un inconnu, un partenaire ou le public…Parce qu’elle le vaut bien!

Autrefois, les produits de beauté étaient confiés à des sorciers et les ingrédients étaient secrètement recueillis à partir de substances vivantes (ex: la recette de la Pompadour à base de pigeons hachés vivants, de lait de nourrice, de plumes d’hirondelles, etc.), aujourd’hui les formules actuelles, pourtant scientifiquement élaborées, restent volontairement sibyllines et ostensiblement liées à l’alchimie dans le discours publicitaire pour garder au maquillage ses vertus ensorcelantes.

Le démaquillage et lui aussi un rituel au cours duquel le corps féminin reprend sa nature en renonçant à la parade sociale et sexuelle. Ce rite s’accomplit soit dans la solitude, soit juste au moment de l’amour (dont le démaquillage face au partenaire est souvent le signe).

Ce rôle démystifiant se retrouve dans l’attitude des jeunes femmes qui refusent délibérément un rituel ambigu.

Rituels vestimentaires

Le vêtement est le champ privilégié de la ritualité, dans tous les secteurs.

– Chez les religieux, le vêtements varient selon les ordres, les rangs, les liturgies. Même si les fastes religieux se sont réduits et si les prêtres ne portent plus de soutane, il est aisé de reconnaître dans la rue un prêtre, un rabbin, un imam.

– Chez le militaires, la distinction des armes , des grades et bien sûr des nationalités est bien marquée.

– Pendant longtemps, les corporations et professions avaient un “uniforme” dans l’exercice de leur fonction, c’est encore le cas des magistrats ou des policiers.

– Dans la vie civile, le vêtement varie selon les statuts, les classes sociales, le métier, et les circonstances de la vie : tenue de semaine ou tenue du dimanche, tenue de travail ou de fête, tenue libre ou tenue de rigueur, etc. Même si le temps de l’uniformisation est venu, où les différences sociales s’estompent, une société sans rituels n’existent pas et si vous regardez attentivement autour de vous, vous pourrez décoder les nouveau codes vestimentaires.

Les fêtes et mondanités continuent de requérir un certain rituel. Si on ne s’habille plus guère pour aller au théâtre et à l’Opéra, on s’habille encore pour certaines réceptions, mariages et enterrements.

ll ne faut pas confondre les rites vestimentaires qui se réfèrent à une certaine sacralité de la personne, du statut ou de la situation, avec la mode. Malgré la contrainte qu’elle exerce, la mode se distingue par son caractère éphémère et ses variations plus ou moins rapides, parfois cycliques. L’accélération des changements de mode a des enjeux commerciaux mais reflète aussi l’usure des usages traditionnels.

La mode n’en reste pas moins un rituel entre maintenance et rupture:

– maintenance approximative d’un style classique: complet-veston chez les hommes, tailleur jupe ou pantalon ou robe stricte chez les femmes. Ceci reste vrai dans le milieu des cadres, employés et dans la classe politique fort soucieuse de rigueur et de sobre élégance dans les prestations publiques, comme si toute transgression ou différence avérée pouvait être périlleuse (et elle l’est!). On retrouve une des fonctions du rituel : la réassurance;

– rupture, assez ambigüe, oscillant entre transgression, dérision et innovation en matière de vêtement, allure, chevelure.  Les différents mouvement irruptifs chez les jeunes s’expriment par la théâtralité, la parodie, le défi. Même restreints et marginaux, ces comportements traduisent, sous le jeu, sous la provocation et au-delà de la mode, la quête de nouveaux rituels. Pour les membres d’une classe d’âge inquiète, il s’agit d’affirmer spectaculairement une certaine identité sociale qui la distingue et la rassemble (du punk, skinhead, rétro, new-wawes, au hip-hop, streatwear, etc.).

Soins du corps : hygiène et beauté

Les soins du corps, rituel quotidien, étroitement réglé, contribuent à construire une image valorisante et socialement représentative (on se soigne pour présenter une apparence favorable aux yeux d’autrui et pour répondre à une norme sociale de bienséance).

Chacun a pour sa toilette une heure préférentielle, un lieu attitré, un ordre, des habitudes fixes, autant de gestes répétitifs, chaque jours recommencés pratiquement dans le même ordre. Ce rituel s’entoure généralement de secret comme si tout ce travail préalable pour entretenir un corps présentable devait resté caché.

– Valeur hygiénique : la propreté protège des microbes, éloigne les parasites et l’eau est un symbole de vie et de santé. Ça n’a pas toujours été le cas : au XVIe siècle, le bain était considéré comme une action dangereuse qui affaiblissait le corps.

– Valeur morale : La toilette est associée à la pureté et permet de lutter contre les sentiments de souillure, de tache, voire de faute (impeccable signifie d’abord sans pêché). Comme Lady Macbeth lavant sans cesse ses mains pour en effacer les traces imaginaires de son crime, l’obsessionnel nettoie sans relâche, en un rituel immuable, avec un mélange de dégoût et de satisfaction, un corps qu’il sent menacé par l’impureté.

La propreté est souvent associée à la blancheur (lave plus blanc que blanc!).

– Valeur sociale : la propreté et la bienséance vont de pair: avant de sortir, on se lave les mains, le visage tout comme on se coiffe, s’habille ou se maquille. (relire la BD Bicot que sa soeur veut toujours poncer avant de le sortir). Au XVIIe siècle propre est synonyme de distingué. Être propre est un des impératifs de la présentation de soi.

La dimension sociale su rituel de propreté se trouve prolongée dans la beauté plastique. Pour améliorer son apparence, non seulement on se soigne et on se pare, mais on tente de modeler son corps selon le type idéal du moment.

La chirurgie esthétique est l’ultime recours dans ce travail de remodelage. Agir sur la forme de son nez, de sa poitrine, effacer les rides ou l’affaissement du visage, c’est vouloir se conformer à des modèles sociaux normatifs de beauté, d’élégance et de jeunesse.

En interrogeant des candidats à la chirurgie esthétique, on s’aperçoit que leur attente est autant d’ordre social et relationnel qu’esthétique : ils veulent accéder à tous les plaisirs qu’il supposent être ceux des gens beaux et retrouver les plaisirs qu’ils ont perdu en vieillissant. (un bel ouvrage sur le sujet : Psychologie et chirurgie esthétique d’Isabelle Faivre)

La chirurgie esthétique est une sorte de rite de passage vers une nouvelle identité idéalisée et un nouveau statut social. L’opération peut agir comme un exorcisme permettant à l’individu de se débarrasser sur le plan réel et symbolique de ce qu’il vit comme une tare, un stigmate et d’accéder à une sorte de corps glorieux, gage d’une re-naissance et d’une vie nouvelle. La réalité des lendemains ne tient malheureusement pas toute ses promesses.

Êtes-vous sensible à la beauté?

beauté

Maë West

Êtes-vous sensible à la beauté, mais quelle beauté? Vous retournez-vous dans la rue sur une femme ou un homme?

Quels sont les critères qui font que vous vous êtes retourné(e)?
Pensez-vous, comme l’actrice Maë West, que la beauté n’est en grande partie qu’un truc?

Ou pensez-vous, comme Marguerite Duras qu’une femme est belle si elle décide d’être belle.
Elle croyait au relooking, et pensait qu’elle pouvait faire de n’importe quelle femme un être agréable à regarder en tirant parti des qualités et en gommant les défauts.
Vous arrive-t-il de dire: c’est vrai elle est moche, mais il faut regarder la beauté intérieure?
Pensez-vous que beauté et santé sont intimement liées?
Pensez-vous qu’à partir d’un certain âge on doit se foutre de son physique?

Le henné

Henné

Henné © Secrets de plantes

Botanique

Le henné, Lawsonia inermis de la famille des Lythraceae est vraisemblablement originaire d’Asie.
On le trouve planté dans toute l’Afrique tropicale, au Moyen-Orient et en Inde, pour des usages rituels familiaux dans les pays musulmans.

C’est un arbuste de 2 à 5 mètres de haut.

Les feuilles sont d’une couleur vert grisâtre, opposées petites entières, glabres, ovales et terminées par une petite pointe. Les fleurs de couleur blanc crème sont délicatement parfumées. Elles sont groupées en grappe de cyme terminale.

Le fruit est une capsule rouge globuleuse renfermant de nombreuses graines.

Composition chimique et usages actuels

Les feuilles de henné neutre renferment :
– des glucides : osides (mucilages)
– 6 à 10 % de matières minérales
– des composés phénoliques, notamment des quinones : 1 % de dérivés anthracéniques tels que le sennoside
Le henné neutre a des propriétés anti-diarrhéiques.

Usages pharmaceutiques
On recommande l’emploi du henné neutre en cas de troubles du transit et de maux d’estomac.

Usages cosmétiques
Le henné neutre présente des propriétés antiseptiques, hydratantes et restructurantes.
Il a un effet gainant sur le cheveu et renforce sa résistance grâce à la présence des anthracènes.
On lui reconnaît par ailleurs des vertus filmogènes.
On recommande l’utilisation des extraits de henné neutre dans la composition de :
– conditionneurs pour cheveux secs et normaux
– shampooings pour cheveux fins et fragiles
– soins restructurants pour le contour des yeux destinés aux peaux abîmées, sèches, sensibles et délicates
– produits d’hygiène corporelle
– crèmes hydratantes pour les mains

Usages traditionnels

Henné

Henné

Les vertus médicinales sont connues depuis l’Antiquité.
L’écorce servait à fabriquer des remèdes contre l’ictère. Elle était réputée dans le traitement des maladies de la moelle épinière et de la jaunisse.
La médecine populaire arabe emploie les feuilles pour soigner les blessures, dans les affections de la peau et l’excès de transpiration.
Le henné a été de tout temps le cosmétique le plus employé, il est un élément d’embellissement et de satisfaction esthétique au même titre que les fards. Les feuilles séchées servent à la fabrication d’une teinture pour les mains, les pieds et les ongles. Cette coutume remonterait à l’ancienne Égypte où certaines momies gardent des traces de cette teinture. Une étude de la momie de Ramsès II(XIIIe siècle av. J.C) révèle que ses cheveux étaient teint avec du henné. Égyptiens et hébreux utilisaient le henné avant l’arrivée de l’Islam. La couleur noir de jais si recherchée par les beautés égyptiennes était obtenu avec un mélange de henné, de noix de galle, de myrte, de girofle et de peau de grenade. Des textes assyriens du VIIIe siècle avant J.C. décrivent les préparatifs du mariage et notent que la jeune fille se teint la paume des mains et les ongles avec de la pâte de henné.
Dans les régions pré-sahariennes les feuilles sont employées par les femmes touaregs pour teindre leurs ongles en rouge et les guerriers la queue de leur chevaux.
En Tunisie le henné joue un rôle considérable dans la vie des indigènes. La pose de la “henna” (de El hanna, en arabe) sur les cheveux, les mains et les pieds est pratiquée par les “hannaya”, c’est une cérémonie intime et toujours un signe de joie.
En Chine, les femmes l’utilisaient en parure pour les ongles et le désignait sur le terme de “fleur des ongles”.
Au Vietnam les feuilles servaient à teindre les dents.
Employé autrefois pour la teinture de la laine et de la soie, on l’utilise parfois pour teindre en roux les sabots, la queue et la crinière des chevaux blancs des notables.

En ébénisterie son emploi est courant pour donner à certains bois blanc une couleur acajou.

Folklore

Son scientifique Lawsonia, fut donné au XVIIIème siècle par Linné au henné en témoignage de sa reconnaissance envers le docteur écossais Lawson qui fit, avec Gronovius, imprimer à leurs frais le livre de Linné “Systema natura”. Quant au nom vulgaire henné, il dérive d’un terme arabe “hinna”.
Le henné est symbole de joie, de bonheur.
Chez les Hébreux , déjà 10 siècles avant J.C., le henné était à l’honneur, on en répandait sur le lit des jeunes mariés pour leur porter bonheur. Aux étrangers on offrait un bouquet de ses fleurs .
Il est associé aux événements joyeux : fiançailles, mariage, naissance et les femmes envoyaient des pots de henné à leurs amies en guise de faire-part. Par contre les personnes en deuil ne s’en servent plus, même pour un usage médicinal.
La plante protège contre les maladies et les influences néfastes.
S’en poudrer la région du coeur attire l’amour.

Recettes de teintures

Roux flamboyant

Ingrédients
henné 100g
eau chaude
huile d’olive, 1 cuillerée à soupe

Malaxez en une pâte semi-épaisse. Appliquez cette pâte sur les cheveux en protègeant soigneusement la peau alentour.
Pour les cheveux clairs, il est recommandé d’ajouter un jus de grenade obtenu par une décoction de 15 minutes de la grenade dans l’eau.

Noir de jais

Ingrédients
feuilles de henné 50g
noix de galle        50g
feuilles de myrte  15g
clous de girofle      5g
peau de grenade  1 poignée
huile d’olive

Dans un plat de terre, faites cuire les noix de galle dans l’huile d’olive jusqu’à ce qu’elles deviennent noires.
Préparez une décoction de grenade.
Pilez clous de girofle, myrte, noix de galle et feuilles de henné. Passez. Mélangez au jus de grenade afin d’obtenir une pâte épaisse. L’appliquer sur les cheveux tenus dans une serviette pendant quelques heures jusqu’à obtention de la couleur désirée.