Cours de théâtre : composition du personnage

Cyrano de Bergerac

Cyrano de Bergerac

La composition du personnage est une façon continue et cohérente de se comporter dans un rôle pour permettre une diversité de jeu.

La composition du personnage permet au comédien de faire croire le public à ses “mensonges”, c’est à dire de s’imposer comme étant le personnage.

Le travail de la composition se fait à l’intérieur de la mise en place et des déplacements prévus et représente plus de la moitié de la tâche du metteur en scène. Un comédien qui manque de technique risque de tirer le personnage à lui ce qui nuit d’une part au rôle et d’autre part à la santé psychique du comédien lui-même.

Pour composer un personnage, le plus important est de prendre son rythme respiratoire et d’assimiler ses fonctions psychiques qui sont en quelque sorte sa signature et sa continuité.

Le sentiment de base est toujours simple, c’est la superposition des couches qui fait la complexité du personnage.

Comment assimiler un psychisme, quelques exercices:

– Chercher l’animal qui peut le mieux représenter le personnage, l’observer, l’imiter dans la plastique, penser comme lui, choisir un sentiment à extérioriser (ex: un lion amoureux), puis dire le texte.

– Chercher la déformation professionnelle, les vices et l’activité principale du personnage.

quelques exemples : le paysan possède la terre avec ses pieds lorsqu’il marche : toute la jambe est contractée et les pieds suivent, le travailleur manuel économise ses gestes, il prend du temps pour parler et sa voix est sans nuances, le fou démultiplie ses gestes et voit le monde à travers les objets, l’orateur lance les mots d’abord et pense après, les personnes ordinaires prononcent  les “x” comme des “s”, le charcutier est timide et a une femme qui compte ses sous, le boulanger ne vend pas, il regarde la réaction du client sur le pas de la porte, ceux qui sont obligés de faire des courbettes dans leur métier ont des difficultés à aimer.

– Rôle à nuance : ne pas faire de nuances dans la voix mais dans le rythme.

– Prendre le rythme respiratoire du personnage:

Selon sa santé physique et mentale

Succession des rythmes chez un personnage équilibré: moyen (affectif), lent (concret), rapide (abstrait).

Succession des rythmes chez un désaxé affectif : lent, rapide, moyen.

Succession des rythmes chez un désaxé concret : rapide, lent, moyen.

Succession des rythmes chez un fou : n’importe quoi.

Selon son âge

Chez un personnage jeune, on trouve en général 2 changements de voix, 3 de projection et 7 de rythme. L’expiration est rapide et l’inspiration lente et large.

Chez un personnage d’âge mûr, 3 changements de voix, 3 de projection et 3 de rythme. La respiration est lente et économique.

Les femmes

Commencent par parler dans le médium pour en imposer, puis utilisent le raisonnement et enfin la pudeur offensée.

Dans la scène de séduction (voire scène de ménage) on observe souvent la succession : charme, larmes aux yeux, révolte, raisonnement, sobriété dans la puissance.

Etudiez la psychologie du personnage

Une merveilleuse leçon de composition : Le loup et l’agneau

loups

loups

Tout le monde connaît la morale de cette fable : “La raison du plus fort est toujours la meilleure”!
Connaissez-vous des exemples où ça n’est pas le cas?
Mais oui ça existe. par exemple, on se demande toujours pourquoi les mâles singes non dominants arrivent à se reproduire. Simple : ils provoquent le combat entre deux mâles dominants et pendant ce temps, ils se payent la guenon pour laquelle les deux autres se battent. Certains vont même jusqu’à dire que c’est la guenon qui provoque le combat car elle en a marre de se payer les mâles dominants…
Bref travaillez la composition de personnage sur la fable de La Fontaine, Le loup et l’agneau

Téléchargez la fable sur le site officiel, imprimez-la en deux exemplaires et trouvez un partenaire avec lequel la jouer en échangeant les rôles du loup et de l’agneau : c’est tellement passionnant de voir comment chacun se voit en loup ou en agneau.
Les fables de La Fontaine sont une merveilleuse leçon de théâtre

Trouvez quel est votre tempérament

Faites ce test insolite, pour apprendre autrement à cerner les personnages.

Kant classe les hommes selon les “tempéraments”, au nombre de quatre, le sanguin, le bilieux, le nerveux et le lymphatique. Il pense que ces tempéraments ne peuvent absolument pas se mélanger chez un un être humain “pas plus que les quatre formes du syllogisme”. Quant à George Polti, dans son ouvrage L’art d’inventer les personnages, il se sert des tempéraments pour les fouiller, les combiner à loisir afin d’offrir toute une gamme subtile de caractères aux apprentis auteurs de romans ou de pièces de théâtre.

Trouvez quel est votre tempérament d’après les critères de monsieur Polti et je vous dirai de quels personnages de la littérature ou figures célèbres vous vous rapprochez: une occasion de lire ou de relire des grands classiques.

  1. Quel type de parfum aimez-vous?










  2. Quels types d'étoffes aimez-vous porter?










  3. Sous quelle forme vous exprimez-vous?










  4. Comment est votre écriture?










  5. Vos gammes de couleur?










Sarah Bernhard

Sarah Bernhard

Sans être comédien(ne), essayez-vous à être quelqu’un d’autre.

Ne rêvez-vous pas secrètement d’être quelqu’un d’autre, de ressembler à quelqu’un de votre entourage ou à quelqu’un de célèbre ou encore à un héros ou une héroïne de film. Vous avez sans doute déjà essayé de copier son look, ses manières ou alors vous n’avez pas osé.

Osez pendant une semaine, osez en étudiant attentivement votre idole, non seulement son apparence extérieure, mais sa communication non verbale, sa façon de penser, ses amours, ses manies, sa façon de s’exprimer, sa voix (c’est ce qu’il y a de plus difficile à composer), ses déformations professionnelles, etc. Ne l’imitez pas par l’extérieur, mais essayez de ressentir comme votre idole, de respirer comme elle.

Si vous êtes grosse (ou gros) et que votre idole est filiforme, vous devriez arriver à vous sentir filiforme et à ce que les autres vous voient filiforme ou au moins vous disent: “tu as maigri”!

Si votre idole vivait au XVIIIe siècle, n’allez pas au bureau en costume d’époque, mais cherchez la caractéristique de son habillement par rapport à la mode de l’époque (plus ostentatoire ou au contraire plus sobre, très coloré ou au contraire tons sur tons pastels, très simple mais très recherché dans les accessoires, etc.) et transposez en contemporain, comme si vous faisiez une adaptation cinématographique moderne du personnage.

Puisez de l’inspiration près de vos muses

Théodore Chassériau, Danseuses marocaines - Musée d'Orsay

Théodore Chassériau, Danseuses marocaines – Musée d’Orsay

Les neuf Muses sont les médiatrices entre les Dieux et les hommes qui créent. Elles personnifient l’inspiration.

Modernisez les muses: trouvez neuf personnes de votre entourage pour personnifier, pour vous, chacune des muses:

l’éloquence, l’histoire, l’art lyrique, la musique, la tragédie, la rhétorique, la danse, la comédie, l’astronomie.

Parlez quotidiennement avec au moins une de vos muses. Ce frottement vous ouvrira des horizons et stimulera votre créativité.

 

Entraînez-vous à imiter la signature du personnage

signature

autographes

Cherchez de quelle personnalité le personnage que vous voulez incarner est le plus proche. Cherchez sa signature et entraînez-vous à signer votre nom avec la même graphie.

Et si vous voulez vous rapprocher de vos idoles, cherchez la personne que vous admirez le plus au monde. Même si vous ne croyez pas à la graphologie, ça fait du bien à l’ego de se dire qu’on s’est entraîné à ressentir intérieurement comme une personne qu’on estime hautement. Entraînez-vous en imitant les signatures de vos proches, vous verrez que pour bien les imiter, il faut se mettre à leur place et les comprendre.

(Sur la photo les signatures de Pierre Dux, Curzio Malaparte, Gaston Rebuffat, Sammy Price, Madeleine Renaud, Béatrix Dussane, et Max Favalelli.

Dansons la capucine…

Capucine

Capucines © Secrets de plantes

Botanique

La capucine ou cresson du Pérou ou cresson d’Inde, Tropaeolum majus de la famille des Tropeolaceae est originaire du Pérou et du Mexique. Elle est fréquemment cultivée en Europe dans les jardins.

Plante vivace herbacée ou annuelle, elle possède une racine, rampante, qui émet des tiges pouvant grimper jusqu’à 4 à 5 m si elles trouvent un point d’appui.

Les feuilles, longuement pétiolées, peltées, alternes, ont un limbe presque circulaire, vert clair, brillant en dessous qui peut atteindre 10 cm de diamètre.

Les fleurs, solitaires et éperonnées, sont orange intense mais aussi jaunes, rouges ou pourpre et elles sont en forme de corne d’abondance.

Le fruit est un triakène charnu.

Apprenez à la reconnaître avec la Flore.

Composition chimique et usages actuels

La feuille renferme :
– des glucides, notamment des osides (gomme, maltose, pectine, lévulose)
– des protides : enzymes (myrosine)
– des matières minérales : phosphore et soufre
– des acides organiques tels que acide ascorbique (vitamine C) et acide oxalique
– des composés phénoliques, particulièrement des flavonoïdes de type flavonols : isoquercitrine
– des terpénoïdes : sesquiterpènes (hélénine)
– un hétéroside sulfuré, le glucotropaéoloside qui, dégradé par la myrosine, libère de l’isothiocyanate de benzyle, constituant principal de l’huile essentielle
– des résines
La capucine est douée de propriétés anti-inflammatoires et anti-prurigineuses, diurétiques et emménagogues.
La plante est un décongestionnant respiratoire en raison de la présence d’isothiocyanate de benzyle qui fluidifie les sécrétions bronchiques et facilite leur expectoration.
La capucine est réputée antibactérienne.

Usages alimentaires
Les feuilles sont ajoutées aux salades pour leur saveur fraîche et piquante proche de celle du cresson.

Usages pharmaceutiques

La capucine est traditionnellement utilisée en dermatologie dans le traitement des affections de la peau, des ongles et des cheveux (coups de soleil, brûlures superficielles et peu étendues, érythèmes fessiers) mais aussi au cours des affections bronchiques bénignes.

Usages cosmétiques
La capucine présente des propriétés tonifiantes, rubéfiantes, séborégulatrices et anti-pelliculaires mises à profit dans des lotions capillaires pour cheveux mous et plats, des shampooings pour cheveux gras mais aussi des crèmes faciales pour peaux mixtes ou grasses.
La capucine est d’ailleurs traditionnellement employée lors de démangeaisons et desquamations du cuir chevelu avec pellicules.
Elle possède également des vertus adoucissantes et antiseptiques et trouve une application dans des produits de soin du corps et du visage destinés aux peaux matures, sensibles ou abîmées, des crèmes apaisantes après-solaires.

Usages

Capucine

Capucine

De la plante  on utilise les feuilles, les fleurs et les fruits.
Au XVIIIe siècle, on considérait la capucine comme propre à faire venir les règles et on connaissait aussi ses excellentes vertus antiscorbutiques (285 mg de vitamine C dans 100 g de feuilles fraîches). Elle tomba dans l’oubli pour réapparaître en 1805, époque à laquelle on donne la plante pour dépurative, pectorale, anthelminthique, emménagogue, tonique et même aphrodisiaque. Le Dr Leclerc l’emploie contre la bronchite chronique et l’emphysème. Sa richesse en soufre préviendrait les troubles de la sénescence pour “ceux qui veulent vivre jeunes et longtemps”.
Les fruits mûrs ont des propriétés laxatives et purgatives.
Enfin la capucine est la “plante à cheveux” par excellence, recommandée en lotions capillaires contre la chute des cheveux et traditionnellement lors de démangeaison et desquamation du cuir chevelu avec pellicules.
On utilise les feuilles de capucine en salade un peu piquante : c’est le “cresson du Pérou”. On peut aussi décorer avec bonheur les plats de ses fleurs comestibles ; à Rungis, dès février, des capucines sont vendues à cet effet en barquette.

Folklore

La capucine a été introduite en France en 1574 par Tournefort et nommée ainsi par lui d’après la forme de la fleur qui fait penser au capuchon d’un moine “capucin”. Linné a créé pour cette plante le terme générique “tropaeolum”, du grec “tropaïon”, trophée, par allusion aux feuilles imitant un bouclier, aux fleurs ressemblant à un casque grec.
“Majus” indique qu’il s’agit ici de la “grande capucine”, puisqu’il existe une “petite capucine” qui fut introduite en 1570.
La “fleur sanguine du Pérou” a toujours été admirée depuis son introduction pour l’élégance et la vivacité de coloris de ses fleurs et c’était, au début du siècle, une des plantes ornementales les plus cultivées de nos jardins.
Comme beaucoup d’éléments exotiques et rares, elle fut classée comme “fleur d’amour” et tenue pour aphrodisiaque.

Recettes

Soupe de poulet aux boutons de capucine

Ingrédients
soupe de poulet
boutons de capucine
Laissez macérer dans du sel fin, des boutons de capucine frais.
En fin de cuisson jetez-les dans la soupe et laissez cuire encore quelques minutes.
Soupe du général Dwight Eisenhower, devenue un classique de la cuisine américaine.

Potage crème de capucine

Ingrédients pour 4 personnes
250 g de feuilles de capucine
50g de beurre
1 bol de purée de pommes de terre
bouillon de poule
1 cuillerée crème fraîche
sel
fleurs de capucine
1 cuillerée de cerfeuil haché

Lavez soigneusement les feuilles de capucine. Faites les blanchir trois minutes à l’eau bouillante. Égouttez-les sur une passoire, arrosez-les d’eau froide, exprimez-en le plus d’eau possible. Hachez-les finement. Étuvez-les au beurre à feu très doux. Ajoutez la purée de pommes de terre et le bouillon de poule concentré. Laissez cuire un quart d’heure.
Liez avec la crème fraîche et décorez dans les assiettes avec les fleurs de capucine et le cerfeuil haché.

Portrait de l’artiste de Vincent Van Gogh

Potrait de l'artiste de Vincent Van Gogh - Musée d'Orsay

Potrait de l’artiste de Vincent Van Gogh – Musée d’Orsay

Le peintre possédé par sa peinture

Pour composer un personnage, il faut d’abord connaître l’image que l’on donne à voir aux autres. Les autoportraits de peintres sont fascinants à cet égard.

« Je sais avec certitude que j’ai le sens des couleurs et que celui-ci se développe de plus en plus, de même que j’ai la peinture dans la peau. » Soyez attentifs à ses paroles de Van Gogh, et vous saisirez la proposition d’un trait.

Le soleil tape fort. Au cœur du front, il illumine un champ de blé. Au centre de la toile, il irradie un visage de ses rayonnantes diagonales. Les complémentaires brûlent d’intensité, les touches tournoient d’ivresse. Danse de trois quarts, exécutée au pas de course, ocre, bleu, vert s’enflamment sur un air mêlé de joie et d’angoisse. Le voyage pour Arles s’esquisse. Comment les couleurs fusionnent-elles avec les sentiments ?

Automne 1887
44,1 cm x 35,1 cm

Sujet

On sait l’intérêt que Van Gogh portait à la figure humaine et au portrait. On sait aussi qu’il fit un nombre important d’autoportraits; sans doute l’impossibilité de payer des modèles lui fit aussi choisir de se portraiturer lui-même; mais il est évident que l’expression de sa propre personnalité ne lui était pas indifférente.

Il y a dans l’œuvre de ce peintre une dimension nouvelle que contient en grande partie l’ensemble de ses autoportraits: celle de l’autobiographie. Ce portrait-ci date de l’automne 1887, c’est la fin de son séjour à Paris de deux ans; en février 1888 il quittera cette ville pour le midi. Van Gogh, qui devait sombrer dans la démence, n’a cessé de scruter sa propre image.

Van Gogh a fait 72 autoportraits répertoriés, son oeuvre est ponctuée par cette forme picturale de l’autobiographie. Chacun de ces portraits porte une sorte d’événement caché; l’arrivée à Anvers pour celui de1885, le drame de l’oreille coupée dans celui de février 1889. Ces autoportraits où le peintre se regarde et nous invite à le contempler pourraient être définis par cette phrase: “l’état dans lequel je suis à ce moment là”.

Le moment de ce portrait c’est celui qui précède son départ  pour Arles en automne 1887. On y sent la joie presque pathétique d’une décision prise et celle de l’espoir d’un renouvellement, d’une avancée dans l’œuvre, qui se confirmera puisque c’est en Arles que son œuvre  atteindra la maturité. Il y a dans ce portrait une vivacité étonnante, l’artiste voulait manifestement retranscrire sur la toile la joie du départ proche et l’agitation intérieure, mais aussi l’angoisse que cet événement provoqua chez lui.

Composition

Simple figure, “portrait de tête”, ce tableau est un travail au miroir, le visage, vu de trois-quart, très rapproché est placé légèrement sur la gauche du tableau autour d’une diagonale du haut  en bas du rectangle qui délimite l’ombre et la lumière sur le visage. Cette ligne est le centre de la composition, elle forme une croix avec la ligne des yeux, toutes les autres lignes de composition sont aussi en diagonales rayonnantes partant des yeux et créent la forme d’un éventail et le mouvement de son ouverture.

Toute la dynamique du tableau s’appuie sur ces lignes, elle en sont l’ossature.  La touche se marie d’une manière complexe à cette structure car elle crée dans le tableau d’autres mouvements contradictoires Mais sans cette fixité verticale le mouvement général de la touche n’aurait pas cette efficacité. Ce sont ces lignes simples et décidées qui donnent le départ de sa force et une part de son intensité.
Le but poursuivi par le peintre est de créer un mouvement à l’intérieur du tableau puisque le personnage est censé être immobile. Van Gogh veut communiquer un moment  de passion, et pour ce faire il a besoin d’animer au plus fort le travail de la touche. Mais chez ce peintre et c’est une chose unique dans la peinture le travail du pinceau est habité par une sorte de mythologie personnelle comme nous allons le voir.

Couleur, lumière

Van Gogh s’est là déjà totalement séparé de l’impressionnisme, l’exposition des “peintres du petit boulevard” a marqué l’événement: Lautrec, Bernard, Van Gogh et quelques autres se désignent eux mêmes comme le dépassement de l’impressionnisme et donc comme la nouvelle avant-garde.
Ce tableau date sans doute d’après la maladie de son frère Théo Van Gogh, maladie qui on peut le supposer décida le peintre à décharger son frère de sa présence. Il semble aussi que Paris qui l’a fait considérablement avancer, l’arrête maintenant dans son évolution. Il y a dans cette toile un désir violent d’une lumière plus forte et l’intuition d’une utilisation nouvelle de la couleur et de la touche.
La manière d’Arles est déjà présente mêlée à celle de Paris. Cet autoportrait est certainement une des toiles les plus représentatives de la dernière période parisienne. Van Gogh s’est dégagé aussi de l’influence de Lautrec dans sa manière de peindre après s’être dégagé de celle de Gauguin. Cette technique si personnelle s’affirme brusquement ici. Il y a d’autre part entre le sujet, le peintre et la peinture une perte de la distance qui si elle désigne un élément peut-être pathologique est aussi la marque du génie de Van Gogh.
Le tableau fut sans doute commencé par trois jus légers, un ocre pour le visage, bleu pour le fond et vert pour la veste.

Van Gogh attaque le portrait directement en coups de pinceau empâtés, il crible sa toile de couleurs au point que le visage semble hérissé des traits de lumière. Il n’hésite pas à faire chanter ses couleurs par contiguïté traçant l’ombre sur le visage à coups de traits bleus complémentaires de l’orangé et du jaune dont il a couvert le visage, et faisant tournoyer autour du regard tout le mouvement de la touche ou entrent outre le jaune et l’orangé, un carmin, un vermillon et un vert.
Sur le front, point culminant de la lumière du tableau, les touches de jaune très clair vibrent avec l’orangé et c’est dans la chevelure que cette vibration s’éloigne plus qu’elle ne s’éteint grâce à l’introduction de touches vertes.
Dans la veste où les coups de pinceaux sont plus longs et plus espacés, le peintre développe ce mouvement de tournoiement qu’il a centré sur le visage autour des yeux, ce mouvement est essentiel au tableau car c’est par lui que l’impression du mouvement des épaules passe, mouvement qui laisse à la contemplation de l’œuvre le sentiment d’un instant très bref devant le miroir mais d’une intensité qui pourrait-on dire l’éternise.

Matière, forme

Les touches dynamiques, larges et zébrées de couleurs complémentaires dessinent la forme. Bien au delà de l’impressionnisme découvert à Paris, cette toile annonce les audaces des fauves et de l’expressionnisme.