La mesure du temps et normalisation de l’heure

La normalisation de l’heure

mesure du temps

Cadran solaire cubique, 1750. © Album du Musée des arts et métiers

Aussi longtemps que l’heure est donnée par des cadrans solaires, chacun trouve «midi à sa porte» : selon l’heure solaire, l’heure de Strasbourg est de 49 minutes en avance sur celle de Brest. Le développement des communications ferroviaires nécessite l’abandon des heures locales pour l’adoption d’une heure nationale, normalisée plus tard selon les principes d’un temps universel.

Pas de normalisation de l’heure sans mesure du temps!

Le cadran solaire cubique fabriqué par E. C. Stockert, à Nuremberg (Allemagne) entre 1750 et 1780.

1811 : L’Angleterre adopte une heure commune. La France attendra 1891. C’est le déclin des heures locales, accéléré par le télégraphe qui permet dès 1850 la distribution directe de l’heure.

normalisation de l'heure

Astrolabe

1885 : À l’échelle internationale, apparaît également la nécessité de coordonner les heures. Une conférence internationale, réunie à Washington, accepte le principe d’une division de la planète en 24 fuseaux horaires en prenant le méridien de Greenwich comme référence. La France vote contre et continue à utiliser le méridien de Paris jusqu’en 1911.

1919 : Un Bureau International de l’Heure est créé à Paris pour synchroniser les différents signaux émis par les observatoires, transmis à partir de 1960 par les satellites.

Le cadran solaire

le temps des astres pour les dates des Dieux.

mesure du temps

Cadran solaire de Desclincourt © Album du musée des arts et métiers

Le passage du Soleil au zénith est une manifestation tangible et reproductible. L’idée d’utiliser le Soleil et la Lune pour la mesure du temps remonte à plusieurs dizaines de siècles avant J.C. Le besoin de connaître l’heure et la date était dicté par les impératifs religieux, d’où le lien tenace des calendriers avec l’astrologie.

Cadran solaire et astrolabe sont simples dans leur principe mais leur réalisation, leur sophistication et la précision atteinte sont étroitement liées aux connaissances en astronomie et à l’image du monde de chaque civilisation.

L’idée de planter un bâton dans le sol pour observer l’ombre portée par le Soleil est si simple qu’elle a été utilisée très tôt en différents endroits de la planète.

On trouve des traces de cadrans solaires sur des monuments égyptiens remontant à 1 500 av. J.-C. Mais ce sont les Grecs qui en ont fait des objets scientifiques, basés sur des calculs mathématiques complexes.

Le summum est probablement atteint par le cadran de Fléchet, conçu pour le chemin de fer, et dont la précision va jusqu’à la seconde !

Le plus ancien gnomon vertical connu (forme la plus simple du cadran solaire) date du XIe av. J.C. à Babylone. Le mot gnomon est grec mais l’instrument est très antérieur à la civilisation hellène ; les Chinois prétendent l’avoir utilisé au XXIVe siècle avant notre ère !

Le conflit entre hauteur du bâton et netteté de l’ombre (dû au fait que la Soleil n’est pas ponctuel) limite la précision du gnomon. La théorie du plus simple des cadrans solaires nécessite de repérer la position du Soleil, à un moment donné et à une latitude géographique donnée, dans des coordonnées sphériques convenables, puis à déterminer graphiquement dans un plan les arcs qui représentent ces coordonnées. C’est à Ptolémée que l’on doit les systèmes de représentation de la sphère sur le plan utilisés pour l’astrolabe, les gnomons et en géographie : il donne les règles de construction d’une grille de courbes représentant les cercles de longitudes et de latitudes géographiques constantes.

Depuis Aristarque, on savait que le mouvement apparent du ciel autour de l’axe des pôles (axe du monde) était dû à la rotation de la terre sur elle-même ; au début du Ve siècle avant J.C., Parménide parle pour la première fois de la sphéricité de la Terre et au IVe siècle av J.C., Eudoxe suggère l’idée d’une sphéricité analogue du ciel.

Plus le cadran sera une réplique de la sphère céleste, plus le mouvement du Soleil sera facile à représenter. C’est l’idée du polos, réplique de la voûte céleste.

Dans le polos, la surface plane sur laquelle se projette l’ombre du gnomon est remplacée par une surface sphérique concave tournée vers le haut, avec un style dont l’extrémité libre arrive au centre de l’hémisphère. La modestie de ses dimension limite sa précision mais le polos s’adapte à la fois aux heures égales et aux heures inégales (la durée du jour variant avec les saisons, l’ombre du style parcourt moins de divisions en un jour d’hiver qu’en un jour d’été. Jusqu’au moyen âge, on divise le temps en 12 heures de jour et 12 heures de nuit quelle que soit la saison, d’où des heures de durées inégales selon la saison).

Le polos est une des étapes qui passe du gnomon au cadran solaire équatorial : le style est dirigé vers le pôle, parallèlement à l’axe du monde pour que la direction de son ombre soit toujours la même pour une heure donnée, quel que soit le jour considéré.

Les cadrans solaires, utilisés jusqu’au XIXe siècle ont des limitations évidentes : ils sont inutilisables la nuit ou par temps brumeux, leur précision est limitée à la minute, ils sont peu transportables et ne permettent pas de connaître l’heure dans un autre lieu.

“Connaître tout le prix du temps, c’est savoir vivre.”

 

Le sablier et la clepsydre

mesure du temps

Sablier, © Album du Musée des arts et métiers

On ne trouve aucune trace de sablier avant le XIVe siècle pour la mesure du temps. Indispensable sur les bateaux, il était utilisé également pour mesurer la durée d’une leçon, d’un sermon, le temps de travail dans les ateliers et, jusqu’au XIXe siècle, le pouls des malades !
Les intervalles de temps que mesuraient les sabliers étaient variables et pouvaient aller de quelques secondes à 24 heures.

Sablier du XVIIIe siècle utilisé en particulier pour la mesure du temps sur les grands voiliers avant les horloges marines.

Clepsydre à tambour, fin du XVIIIe siècle, avec une sonnerie pour réveil.

Les clepsydres sont des horloges à eau, actionnées par l’écoulement régulier et contrôlé de l’eau d’un réservoir. Elles ont été couramment utilisées de l’Antiquité au moyen âge.

Dans cette clepsydre, l’eau placée à l’intérieur d’un tambour est ralentie par son passage à travers de petits orifices et s’écoule goutte à goutte, faisant tourner le tambour. Cette rotation fait descendre lentement le tambour.

Son axe indique l’heure sur une règle verticale graduée.

L’horloge

mesure du temps

Horloge en fer forgé, © Album du Musée des arts et métiers

Le mot horloge signifie, en grec : indiquer l’heure.

L’industrie de l’horlogerie crée des appareils mécaniques destinés à mesurer l’écoulement du temps exprimé en jours, heures, minutes, secondes et fractions de secondes.

La grande nouveauté apportée par Huygens à la mesure du temps est l’introduction, dans l’horloge, d’une référence de temps (oscillation d’un pendule) indépendante du système d’énergie nécessaire à entretenir le mouvement (poids ou ressort).

Éléments d’une horloge mécanique:

– un pendule dont l’oscillation sert de référence de temps,

– l’emploi comme force motrice d’un poids suspendu à une corde enroulée sur l’axe du premier engrenage (ou d’un ressort que l’on tend),

– un train d’engrenages transmettant l’effort moteur à l’échappement,

– l’échappement, petit système mécanique intermédiaire entre le pendule et le poids moteur. Modérateur et régulateur il freine et “découpe” la chute du poids selon les battements du pendule,

– un système d’affichage à aiguilles.

Le chronomètre

Chronomètre de marine de Pierre Le Roy présenté à Louis XV en août 1766.

mesure du temps

Chronomètre de marine de Pierre Le Roy © Album du Musée des arts et métiers

L’échappement libre à repos, inconnu à l’époque, la compensation thermique du balancier et le spiral assurant l’isochronisme, ces trois innovations en font un instrument très en avance sur son temps.

L’isochronisme est recherché au moyen de deux spiraux (petits ressorts qui règlent le mouvement du balancier) enroulés en sens inverse et à points d’attache fixes. La compensation thermique du balancier est obtenue par le déplacement du mercure dans deux fragiles ampoules de verre.

Étymologiquement, chronomètre est le terme générique des instruments qui servent à mesurer le temps. C’est ainsi qu’on nomme encore les horloges marines de Le Roy ou Berthoud au XVIIIe siècle.

Aujourd’hui le chronomètre désigne plutôt une sorte de montre très exacte qui sert dans les mesures scientifiques : un instrument de précision que l’on peut déclencher et arrêter à volonté.Pierre Le Roy

La seconde

mesure du temps

Horloge atomique à vapeur de rubidium, 1964 © Album du musée des arts et métiers

La précision atteinte par les horloges atomiques amène à une nouvelle définition de la seconde. Jusque là elle avait été la 86 400e fraction du jour solaire moyen. Elle devient la «durée de 9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les 2 niveaux hyperfins de l’état fondamental de l’atome de césium 133».

Le délire ultra-plat

Depuis 1978, date de sortie, au Japon, de la montre la plus mince du monde, on assiste à une révolution technologique dans la construction des montres pour résoudre les problèmes d’encombrement et de rigidité :
diminution du nombre de pièces (91 pour un montre à quartz traditionnelle, 51 pour la skin dont l’épaisseur est de 3,9 mm), combinaison de structures métalliques et de plastiques à haute résistance, nouvelles techniques d’assemblage du verre et du boîtier.

Quelques horlogers célèbres

Christiaan Huygens

Christiaan Huygens, Sir de Zulichem,

1629 (La Haye) – 1695 (La Haye),

physicien et astronome hollandais.

Ses recherches sur les mouvements vibratoires pour perfectionner la mesure du temps conduisent Huygens à révolutionner la précision de l’horlogerie mécanique.

Sur le plan théorique, son horloge à pendule aide à l’édification de la mécanique rationnelle, en servant à la démonstration expérimentale de la loi du mouvement du pendule cycloïdal.

En établissant la théorie du pendule au moyen de la notion des moments d’inertie, Huygens précise les notions de masse, de force et d’accélération, initiées par les travaux de Galilée.

1656-1657 : il invente le balancier régulateur des pendules, fondé sur le principe de l’isochronisme des petites oscillations (travaux de Galilée).

Les horloges à pendule qui succèdent aux horloges à foliot atteignent des degrés de précision inégalée: pas plus de 5 minutes de variation  par jour.

A peine a-t-il inventé l’horloge à pendule qu’il se préoccupe de l’utiliser sur les navires. La détermination de la longitude par le transport de l’heure était une question fondamentale pour la navigation et la connaissance de la terre. Huygens en est le précurseur.

1665 : Huygens s’établit à Paris où il séjourne quinze ans ; protégé de Louis XIV et de Colbert, il siège à la l’Académie royale des Sciences dès sa fondation.

1675 : il invente le ressort à spiral réglant, qui multiplie la précision par cinq.

1675 : Thuret réalise la première montre à spiral qui atteint une justesse très proche des montres actuelles.

L’abbé d’Hautefeuille et le docteur Hooke en Angleterre ont fait état de réalisations antérieures de tels dispositifs. Des essais avaient effectivement été menés avec des ressorts de rappel du balancier de formes diverses, en particulier avec des ressorts droits. Mais le ressort spiral, qui s’imposera par la suite, est bien un perfectionnement original de Huygens.

1692 : à Paris, une association d’horlogers se regroupe autour d’Hautefeuille pour contourner le “privilège” accordé à Huygens.

Huygens a été le premier à songer à utiliser la force d’expansion de la vapeur d’eau. En 1666, il soumet à Colbert un programme d’expériences incluant l’examen “de la force de la poudre à canon en l’enfermant en petite quantité dans une boîte de fer ou de cuivre fort épaisse” et celui “de la force de l’eau raréfiée par le feu”. C’est au cours de sa collaboration avec Denis Papin qu’il fabrique, en 1673, une machine à poudre, première ébauche du moteur à combustion interne avant même que la machine à vapeur ne soit réellement apparue.

Il développera aussi le télescope réfracteur avant que Newton ne mette au point en 1668 le premier téléscope réflecteur, dont la technique est à la base de nos télescopes optiques modernes.

Pierre Le Roy

1717 (Paris) – 1785 (Vitry),

horloger français.

Fils de Julien Le Roy, horloger du roi, il sera maître horloger comme son père et son oncle (1737) et horloger du roi ; il est réputé pour avoir ravi aux Anglais la supériorité en horlogerie de précision.

Pierre Le Roy est proche de l’ingénieur moderne qui calcule avant d’exécuter et qui préfère la rigueur scientifique à l’empirisme : l’un des plus instruits des grands horlogers de son temps.

Il obtient un logement au Louvre qu’il partage avec son frère.

1748 : il met au point l’échappement libre, dit à coup perdu, un progrès, important dans la mécanique horlogère, une innovation remarquable sur le plan théorique, mais peu exploitée.

1754 : un premier projet de montre marine est déposé. Dotée de modifications, elle deviendra en 1766 un chronomètre de marine, présenté au roi Louis XVI.

La chronométrie moderne doit beaucoup à cette pièce remarquable aux trois innovations majeures : l’échappement libre, la compensation thermique du balancier, le spiral assurant l’isochronisme.

Comme Ferdinand Berthoud, Le Roy est l’un des plus brillants constructeurs de chronomètres du XVIIIe. Lors d’un périple atlantique par Madère, la Martinique, Terre Neuve et l’Islande, le chronomètre de Le Roy est examiné en concurrence avec l’ horloge de marine n° 8 de Berthoud.

Une rivalité s’installe entre Le Roy et Berthoud. De violentes polémiques  s’ensuivent (1773). Leroy, d’une santé fragile, préfère abandonner ses recherches et ses travaux et se retire à la campagne.

Ferdinand Berthoud

1727 (Plancemont, Suisse) – 1807 (Groslay),

horloger suisse.

Un des grands horlogers qui ont contribué à l’évolution de la mécanique de précision.

Maître de la chronométrie, Berthoud travaille sur les impulsions données au balancier. Il met au point l’ échappement à coup perdu, dit “à détente”, des chronomètres de marine qui apporteront considérablement à la navigation maritime, permettant une détermination fiable des longitudes en mer. Ce principe n’a pu cependant être adapté aux montres portatives.

Fils d’un architecte de Val-Travers, Berthoud débute chez son frère architecte, comme apprenti.

1745 : il s’établit à son compte à Paris, rue de Harlay où il séjourne jusqu’en 1806.

1754 : il devient maître horloger.

1786 : horloger pensionnaire du Roi et inspecteur général des machines pour

la Marine.

De 1760 à 1795, il étudie des régulateurs de précision, des horloges et des montres marines. Exécutant remarquable, mais peu soucieux des apports théoriques, Berthoud commence par des machines étranges et inutilisables qui lui montrent surtout ce qu’il ne faut pas faire.

Puis il entreprend une série de petites horloges dont toutes les parties sont méthodiquement essayées et modifiées (force motrice à poids ou à ressort, échappement, compensation). Avec le temps, ses horloges tendront vers une simplification de mécanisme et une diminution de volume. Ses dernières productions (1795) sont déjà des chronomètres modernes par beaucoup d’aspects.

Berthoud participe à l’abondance de la littérature technique du XVIIIe siècle, publiant “Essais sur l’horlogerie” (1763) et un traité des “Horloges marines” (1773).

Souhaitant améliorer les mécanismes d’horlogerie, il invente plusieurs  machines afin d’effectuer avec sûreté les opérations les plus délicates :  machine pour rectifier les dents taillées à la fraise, machine à tailler les fusées de montre ou d’horloge.

1792 : menacé de cécité, Berthoud se voit retirer son traitement et sa pension.

1802 : il publie une “Histoire de la mesure du temps par les horloges”.

Delambre qui sera chargé de son éloge après sa mort note avec quelque perfidie que ses pendules étaient fragiles et non adaptées au service de mer.

La Commune et la Semaine Sanglante

La Commune

Cadavres exquis, La Semaine Sanglante, 1870

La Commune

27 mai 1871, dernier jour de la Semaine sanglante, les Versaillais écrasent les Communards, c’est la fin du grand rêve de la la Commune.

La Commune a mis en place, en quelques semaines capitales pour la suite de l’Histoire, du 18 mars au 28 mai 1871, le premier pouvoir populaire et ouvrier, impensable auparavant. “Ils” ont fait peur, comme l’atteste l’ampleur de la répression pendant la semaine sanglante et les mois qui suivent. Et pourtant, les Communards n’ont cessé de proclamer, par-delà leurs divergences, leur désir de réaliser un idéal de fraternité et de bonheur collectif.

 

La Commune

une réunion de La Commune de Paris

On n’a souvent voulu voir dans la Commune que les ultimes soubresauts devant la défaite, du Paris turbulent de toujours : Étienne Marcel, la Fronde, les barricades de 1830, la révolution de 1848. Plus justement, la reconquête de la Ville par ceux qu’Haussmann en avait chassés.

Cantonner la Commune à un “mythe socialiste” qui la récupère et utilise son souvenir et sa célébration pour galvaniser les foules, c’est oublier sa législation certes sommaire, mais le temps a manqué, les délibérations de ses clubs, les idées nouvelles lancées par ses dirigeants ; c’est sous-estimer l’élan de solidarité qui a joué en faveur des fuyards recueillis en Suisse, en Angleterre, aux États-Unis ; c’est nier son influence et sa valeur d’exemple pour mieux l’enterrer.

Jaurès a dit qu’elle avait sauvé la République! Lénine n’a pas hésité à proclamer qu’elle préfigurait les Soviets. “Debout, tous. Voici l’aube!”

La Semaine Sanglante

la Commune

Le départ de la Commune, par Marcia

A la reconquête de Paris

Paris, que le peuple chassé vers la périphérie par Haussmann veut reconquérir,

Paris, humilié par la défaite et par l’entrée des Prussiens dans la capitale,

Paris, menacé d’être décapitalisé,

Paris, inquiet de la victoire monarchiste aux élections de février 1871,

Paris, éclairé par les mesures prises par le gouvernement,

Paris attend la faute d’un gouvernement qu’il désapprouve ; elle est flagrante le matin du 18 mars.

Ce matin là, Thiers décide de faire reprendre par l’armée les quelques 200 canons payés par les parisiens pour soutenir le siège et sur lesquels les Gardes nationaux veillent jalousement.

siège de Paris

Les canons de la défense de Paris pendant le siège

C’est Montmartre qui résiste, en tête : les canons doivent rester dans la capitale. Les soldats eux-mêmes refusent de tirer sur la foule malgré les ordres du général Lecomte. Arrêté, celui-ci sera sommairement exécuté l’après-midi ainsi qu’un autre officier : Clément Thomas.

Thiers donne l’ordre alors à toute l’armée d’évacuer Paris. Les Gardes nationaux soutenus par la foule et les comités d’arrondissement occupent tous les bâtiments publics. La ville reconquiert la ville.

Le 19, les tentatives de conciliation entre le Comité central de la Garde nationale et les maires des arrondissements échouent. Les fonctionnaires quittent Paris. La révolution se durcit. Le 22 mars, le Comité central appelle à des élections communales. Elles auront lieu le 26 mars. Le 28, ce sera la Commune.

Le silence de l’ordre tombe sur la ville.

Lundi 22 mai

“L’heure de la guerre révolutionnaire a sonné… Citoyens… aux armes !.. on peut vendre Paris, mais on ne peut le livrer, ni le vaincre” proclame le Communard Delescluze.

Depuis quinze jours, les Versaillais bombardent Paris, et, la veille, ils ont occupé Auteuil et Passy. La “Semaine sanglante commence.” Dans chaque quartier, les barricades se dressent. Thiers, à l’Assemblée, prévient : “L’expiation sera complète.” Et d’ajouter : “La cause de la justice a triomphé.”

 

La Commune

L’incendie des Tuileries sous la Commune, Georges Clairin

Mardi 23 mai

le Comité de Salut Public lance un appel aux soldats versaillais pour éviter le combat fratricide. Sans succès. On fusille froidement dans le jardin de la rue des Rosiers, en représailles des deux généraux tués le 18 mars.

Partout les incendies éclatent : les Tuileries, la Cour des Comptes, la Légion d’honneur, le ministère des Finances, souvent utilisés par les Communards comme arme de guerre.

 

La Commune

La Commune : exécution des otages

Mercredi 24 mai

l’Hôtel de Ville, abandonné par les Communards, prend feu. Les Versaillais occupent les quartiers du Louvre et de la Banque de France et massacrent tout sur leur passage. Ferré décide l’exécution de plusieurs otages à La Roquette, dont Monseigneur Darboy, archevêque de Paris.

Jeudi 25 mai : la rive gauche est occupée ; c’est le massacre à la mitrailleuse. Delescluze meurt sur la barricade.

Vendredi 26 mai

dans la soirée, seuls tiennent encore Belleville, le cimetière du Père Lachaise, les Buttes Chaumont. La foule furieuse exécute 50 otages rue Haxo. L’armée de Thiers ne fait plus de prisonniers.

 

Commémoration devant le Mur des Fédérés

Samedi 27 mai

massacre à l’arme blanche parmi les tombes du Père Lachaise. Les prisonniers sont fusillés devant le mur : “le mur des fédérés”. Le silence de l’ordre tombe sur la ville.

Dimanche 28 mai

a résistance est réduite. En début d’après-midi, la dernière barricade tombe rue Ramponneau. Les massacres se poursuivent. Le moindre suspect aux mains noires est exécuté.

Le bilan est terrible. Face aux 85 personnes exécutées par les Communards, 17.000 Communards ou Parisiens ont été tués, disent les chiffres officiels ; en fait, sans doute, près de 40.000.

10.137 Communards seront condamnés à mort, aux travaux forcés, à la déportation, les plus heureux à la prison. D’autres parviennent a s’échapper et gagnent l’exil. Le mouvement ouvrier est décapité temporairement. Mais la Commune va entrer dans la légende.

L’Année Terrible (1870-1871)

Barricade

Barricade de la Chaussée Ménilmontant 18 mars 1871

Une réalité française, un titre, un livre hugolien. Pour Hugo, l’année terrible commence avec les 7 millions 500 mille “oui” obtenus par l’Empire au plébiscite du 8 mai. “Ah le peuple est en haut, mais la foule est en bas”. Rentré à Paris le 5 septembre, il se fait témoin. J’entreprends de conter l’année épouvantable. Il y a eu Sedan. Toulon, c’est peu, Sedan c’est mieux. Toujours les deux Napoléons. Viennent la lutte et le siège. un grand peuple doit être admirable avec rage et en décembre : “France prends ton bâton, prend ta fourche, ramasse les pierres du chemin, debout, levée en masse”. Mais en janvier, la capitulation : “Oh! peuple. Et ce sera le frisson de l’histoire de voir à tant de honte aboutir tant de gloire.” Mars, c’est d’abord la mort de son fils. On l’enterre le 18 mars au Père Lachaise. Le fils mort et le père aspirant au tombeau passe l’un hier encore, vaillant et beau, l’autre vieux et cachant les pleurs de son visage et chaque légion les salue au passage. La mort de Charles n’épuise pas toute douleur. Versailles veut punir la capitale.

Avril : châtier qui ? Paris ? Paris veut être libre.

En mai, la fin approche. Deux villes disent la France. Sois de ces deux pouvoirs dont la colère croît, l’un a pour lui la loi, l’autre a pour lui le droit ; Versailles a la paroisse et Paris, la Commune.

Et voici les incendies : “Est-il jour ? est-il nuit ? Horreur crépusculaire.”

Juin : Hugo qui a qui a quitté la France fin mars, imagine la semaine sanglante : “La femme, la prisonnière passe, elle est blessée, elle a, on ne sait quel aveu sur le front. La voilà. Et l’enfant, sur une barricade, au milieu des pavés, souillé d’un sang coupable et d’un sang pur, lavé, un enfant de douze ans est pris avec des hommes.”

Aussi la pitié : “Oh pitié, quand je pense à ceux qui vont partir. Mais le temps, l’histoire, ne s’arrêtent pas. Tout n’est dit et tout n’est pas fini parce qu’on a creusé dans la rue une fosse.”

Juillet enfin : “La guerre est la prostituée, elle est la concubine infâme du hasard.”

Et pour finir : “Et puisque vous voulez que je vous dise tout ; je dis qu’on n’est point grand tant qu’on est pas debout.”

L’Année Terrible de la proclamation de la République à la fin de la Commune

4 septembre 1870, la République est proclamée !

“Français, le peuple a devancé la Chambre qui hésitait pour sauver la patrie en danger : il a demandé la République. Il a mis ses représentants non au pouvoir, mais au péril. La République est proclamée. La Révolution est faite au nom du droit, du salut public.

Citoyens, veillez sur la cité qui vous est confiée, demain vous serez, avec l’armée, les sauveurs de la patrie ! “.

Tout s’est joué le 4 septembre, après l’annonce de la défaite de l’armée à Sedan et de la captivité de l’Empereur. Le Corps législatif siège sans interruption. C’est la foule qui a imposé la proclamation de la déchéance de l’Empire par Gambetta et c’est Gambetta et Jules Favre qui, respectant la tradition révolutionnaire, ont appelé à proclamer la République à l’Hôtel de Ville.

A dix heures du soir, le 4 septembre, le gouvernement de la Défense nationale, constitué à l’Hôtel de Ville et accepté, bon gré, mal gré, mais sans vote, par le Corps législatif, dont Thiers a présidé la dernière séance, se réunit pour la première fois.

Il va du général Trochu, son président, à Gambetta. Thiers a refusé d’y entrer. Il n’a pas été fait appel aux Internationaux, aux amis de Blanqui, aux hommes des clubs, sauf Rochefort. Le Paris populaire et révolutionnaire est mécontent.

Le gouvernement doit faire face à l’invasion ! Malgré Gambetta, il décide d’ajourner les élections de la Commune de Paris et de la Constituante. Il s’enferme dans Paris, quitte le 7 octobre à envoyer Gambetta à Tours. Sa légitimité reste bien fragile. Tout est incertitude.

Le siège de Paris par les Allemands commence le 19 septembre.

“Citoyens, la patrie est en danger ! Serrez-vous autour de cette municipalité parisienne”.(5 septembre 1870)

Entre le 15 et le 19 septembre : l’ennemi est dans Paris, il arrive de tous les côtés à la fois, après avoir coupé les lignes de chemin de fer et le télégraphe. Mais 22 mille bretons-binious entrent dans Paris.

18 septembre : c’est encore la vie à Paris ; aux alentours, le désert. Tout le monde est venu se réfugier derrière les fortifications avec armes, bagages et vivres.

20 septembre : la Cour martiale est instituée pour juger les lâches et les déserteurs. “Restons donc unis, serrés les uns contre les autres.”

-Gambetta-

Jules Favre au retour de son entretien avec Bismarck :

“Ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses.”

23 septembre : arrêté rétablissant Liberté-Egalité-Fraternité sur les édifices publics.

26 septembre : service régulier d’aérostats.

29 septembre : réquisition de tous les blés et farines.

6 octobre : L’Armand Barbès s’envole avec Gambetta qui part pour Tours réorganiser une nouvelle armée pour débloquer Paris, pendant que Thiers essaye de faire un tour diplomatique de l’Europe (il échouera).

8 octobre : 300 ou 400 personnes crient “Vive la Commune”. Le peuple “Vive la République ! Vive le gouvernement, pas de Commune !”

13 au 31 octobre : tentatives de sorties pas très brillantes.

31 octobre : Flourens proclame la Commune à l’Hôtel de ville, il est arrêté.

15 novembre : la queue aux magasins – 1885 décès entre le 6 et le 12 novembre.

30 novembre : réquisition de pommes de terre – plus de gaz – cartes de rationnement.

18 décembre : il meurt 5 000 personnes par semaine et il fait -13°.

20 décembre : les canons allemands bombardent Paris.

19 janvier 1871 : rationnement du pain ; les denrées sont hors de prix – Réquisition des logements des personnes absentes.

21 janvier 1871 : la prison de Mazas est forcée – Flourens et ses amis remis en liberté.

27 janvier 1871 : 135e journée du siège. Le canon s’est tu. On parle de négociations, les vivres réapparaissent comme par enchantement.

28 Janvier 1871 : l’armistice est signé à Paris

1er Mars 1871 : l’entrée des troupes allemandes est minutieusement réglée. “Après Sedan et Metz, nous croyions la France abattue et la guerre finie : pendant 5 mois, ses armées improvisées ont tenu les nôtres en échec” -Moltke-

Trois Communards célèbres

 

Gustave Courbet

Gustave Courbet

Courbet Gustave, peintre français

1819 (Ornans) – 1877 (La Tour de Peilz, Suisse)

“Maître peintre, sans idéal et sans religion”, de famille républicaine et jacobine, Courbet reçoit une éducation rustique et civique. Cet indépendant se révolte dès l’internat qu’il supporte mal. Plus tard, il s’insurge : “Il ne peut y avoir d’écoles, il n’y a que des peintres”, en dehors des écoles et des influences. Il travaille selon ses goûts, cherchant son miel parmi les peintres qu’il admire : Caravage, Géricault, Gros, les Vénitiens (et leur technique), Rembrandt qu’il (re)découvre au cours d’un voyage aux Pays-Bas (1847).

Convaincu que la poésie encourage à “poser pour l’aristocrate”, il s’attache à peindre des sujets de la vie courante plus vrais que l’imaginaire, la fiction ou les sujets dits littéraires. Il appartient bien comme Millet aux “peintres de la réalité” -Champfleury- ; il veut “faire de l’art vivant”.

Peintre reconnu et admiré, il expose souvent aux Salons, à l’Exposition universelle de 1855 (onze toiles). C’est le triomphe du réalisme et de son principal animateur : atelier, élèves disciples, il est très sollicité. Il expose quarante de ses œuvres en 1867, à l’occasion de l’Exposition universelle, une véritable rétrospective, dans un pavillon à part.

Pendant la guerre de 1870, il est président de la Commission des artistes chargée de protéger le patrimoine artistique de la France. Élu membre de la Commune pour le 6e arrondissement, il sera tenu pour responsable du déboulonnage de la colonne Vendôme et condamné à rembourser les frais de remontage. On saisit ses biens.

Il finit sa vie en Suisse, n’arrête pas de peindre, sans pour autant pouvoir s’extraire de ses soucis d’argent et de santé. Un des premiers artistes révoltés qui annonce les ruptures du XXe siècle.

1844 : Juliette, sa sœur – L’homme blessé

1847 : Le Violoncelliste, autoportrait

1849 : L’Après-dînée à Ornans

1850 : Un Enterrement à Ornans

1953 : Portrait de Proudhon avec ses enfants

1854 : Bonjour, Monsieur Courbet

1855 : L’Atelier

1866 : Jo, la belle Irlandaise

1869 : L’Hallali, présenté au Salon

1876 : La Voile blanche

1882 : rétrospective à l’École des beaux-arts

 

Séverine

Séverine

Séverine, Carole Rémy dit

1855 – 1929

Caroline Rémy, dite Séverine, une jeune fille ingénue, mariée à dix-sept ans à une brute. En 1880, elle rencontre Vallès qui lui apprend la Commune, les pauvres, le journalisme, le socialisme. Elle fonde avec lui Le Cri du Peuple. Il meurt chez elle

“Ah vous ne savez pas, vous autres, tout ce qu’il était pour moi. C’était mon père… c’était mon enfant”

D’une éclatante beauté, elle va gagner, et bien gagner sa vie comme journaliste professionnelle, demandée par de nombreux journaux, y compris ceux fort éloignés de ses opinions. Celles-ci relèvent du sentiment, de la pitié d’abord, de l’amour aussi. Sa carrière compte peu pour elle dès qu’elle est convaincue. Boulangiste, elle défend ensuite les anarchistes contre la répression, prend partie pour Dreyfus au lendemain de J’accuse . Féministe, elle est une des meilleures plumes de La Fronde. Pacifiste, elle refuse de se rallier à l’Union sacrée en 1914. En 1920, elle adhère au parti communiste, mais le quitte en 1923. Elle a vendu en 1914 son portrait au pastel par Renoir pour aider, à l’heure de la mort, Georges Labruyère qu’elle avait autrefois aimé.

1883-88 : elle travaille au Cri du peuple

17 mars 1893 : à la mort de Jules Ferry, “les faubourgs ont leur cadeau d’anniversaire. Ce n’est plus lui qui les fera mitrailler.”

 

Jules Vallès

Jules Vallès

Vallès Jules, écrivain et journaliste français

1832 (Le Puy) – 1885 (Paris)

Quand il arrive à Paris, en 1848, le jeune Vallès découvre la grande ville : les énergies ensevelies dans la rude Auvergne vont pouvoir se libérer. Son enfance n’a pas été aussi malheureuse que celle de son héros, Jacques Vingtras, mais difficile quand même; son adolescence aussi. L’étudiant besogneux, le jeune pion récuse dans L’Argent la vision de la bohème proposée par Murger : “La pauvreté, elle épuise les forts et corrompt les faibles.”

Sous l’Empire, il apprend son métier de journaliste et acquiert ses convictions de révolté : “Je deviens le candidat du travail.” (1869)

Membre du Comité central des vingt arrondissements, acteur actif des manifestations qui précèdent le 18 mars, il fonde en février 1871, Le Cri du peuple. Elu à la Commune : “La Commune est proclamée, c’est aujourd’hui la fête nuptiale de l’idée et de la Révolution.”

Vallès a été fusillé : maints journaux l’annoncent, fin mai, pour s’en réjouir. En fait, il a pu gagner Londres, mais l’exil dans les brumes de Londres, quelle tristesse ! Il survit grâce à la solidarité des feuilletonnistes et, à l’écart des luttes, il peut écrire trois chefs-d’œuvre : L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé”.

Enfin l’amnistie, et le retour à Paris ! Le Cri du peuple renaît avec la tendresse de Séverine. Vallès va mourir trois mois avant Hugo qu’il n’aimait guère. La fraternité, la fugacité du journal, tel fut l’univers favori de ce solitaire, de ce révolté. Et article quotidien ou roman, quelle écriture ! “La Révolution vient de perdre un soldat, la littérature, un maître. Jules Vallès est mort.” -Le Cri du peuple, 16 février 1885-

1866 : Les Réfractaires, articles écrits entre 1861 et 1865

1867 :La Rue

1871 : il est élu membre de la Commune – il se réfugie à Londres

1879-86 : Jacques Vingtras, trilogie romanesque comprenant L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé

1883 : il revient à Paris

L’aspérule odorante, plante du “maitrank”

aspérule

aspérule odorante © Secrets de plantes

Biologie

L’aspérule odorante ou petit muguet, reine des bois, hépatique étoilée, Asperula odorata L. de la famille des Rubiaceae est une petite plante fragile, elle couronne les verticilles étagés de ses feuilles sombres d’un bouquet de petites fleurs d’un blanc bleuté éclatant. Plus tard, le fruit globuleux, couvert d’aiguillons, s’accrochera à qui passe. Dans les anciennes hêtraies siliceuses de moyenne montagne, les fleurs d’aspérule forment, au mois de mai, comme une voie lactée au milieu de la sombre forêt. Elle est très inégalement répartie dans toute la France (Alsace, Ardennes, Lorraine, Massif central, Pyrénées etc..).
On récolte la plante en fleur; séchée, elle dégage l’odeur de miel et de vanille qui est celle du foin.

Apprenez à la reconnaître avec la Flore

Usages

aspérule

aspérule odorante © Secrets de plantes

Nos grand-mères parfumaient leurs armoires de bouquets d’aspérule odorante pour en éloigner les mites.
L’aspérule odorante réunit de nombreuses propriétés médicinales : plante du foie, elle soigne et calme aussi les anxieux, les agités, les insomniaques. Elle les aide à soulager palpitations, vertiges et maux de tête. C’est un excellent rééquilibrant  qui peut aider les victimes du stress. En infusion légère, elle facilite la digestion; diurétique, c’est un bon antiseptique urinaire utilisé dans les cas de colibacillose.
Le parfum de l’aspérule est délicat : on l’utilise pour des préparations traditionnelles comme le vin de mai.  En cuisine, elle accommode  avec finesse crèmes, poisson, viande blanche et sert à aromatiser certaines liqueurs.

Sa racine, comme celle des autres gaillets (plantes du genre Gallium : aspérule odorante, caille-lait, garance..), succède à la garance pour teindre la laine en rouge orangé.

Composition chimique et usages actuels

Les parties aériennes contiennent :
– des lipides
– des acides organiques : acide ascorbique (vitamine C)
– des composés phénoliques représentés par :
. des acides phénoliques (gaulthérine, monotropitoside)
. des flavonoïdes, particulièrement des flavonols (rutine)
. des tanins
. des coumarines (0,15 à 1 % de la plante sèche)
. des quinones, notamment des dérivés anthracéniques
– des terpénoïdes : iridoïdes (aspéruloside)

L’aspérule odorante a des propriétés dépuratives et digestives.
La plante possède des vertus sédatives en raison de la présence de coumarines.
Elle est en outre cholagogue.

Usages pharmaceutique
L’aspérule odorante est traditionnellement utilisée pour faciliter la digestion et calmer les douleurs abdominales d’origine digestive.
Elle est aussi employée pour réduire la nervosité des adultes et des enfants, notamment en cas de troubles du sommeil.
On l’utilisait jadis dans le traitement de l’ictère et des engorgements du foie.

Usages cosmétiques
Les extraits d’aspérule odorante jouissent de propriétés adoucissantes, purifiantes et antiseptiques.
On conseille leur utilisation dans la préparation de :
– shampooings pour cheveux gras à tendance pelliculaire
– produits adoucissants pour le corps
– crèmes pour les pieds
– crèmes destinées aux peaux grasses ou acnéiques
– crèmes apaisantes pour peaux sensibles et délicates

Folklore

Diminutif de “asper” (rude) à cause des aspérités que présentent les feuilles et la tige de la plupart des espèces.
L’aspérule odorante est la “mater sylva” des populations germaniques; elle était révérée comme telle. N’en reste-t-il pas ces fêtes annuelles autour du “maitrank”, ce vin euphorisant fabriqué avec ses tiges fleuries. Chaque année, au mois de mai, dans les Flandres, les confréries des Chevaliers du maitrank ordonnent de grandes réjouissances avec des concours de vins d’aspérule blancs ou rosés, pétillants ou non.
Magique, son rhizome grêle et filandreux, porté en bracelet ou en ceinture, a souvent servi de talisman dans les batailles, les compétitions, les marchandages.

Recettes

maitrank, vin d’aspérule

Le vin de mai ou “maitrank” est célébré chaque année en Alsace, en Flandres, sur la fontière belge, par des  réjouissances, des concours de vins d’aspérule blancs  ou rosés, pétillants ou non.
Il est facile de trouver en Belgique des bouteilles de vin d’aspérule. Il existe  même une confrérie des “chevaliers du Maitrank”.
Traditionnellement ce vin est servi au début d’une assemblée qui n’en sera que plus joyeuse: mariage, banquet.
Ingrédients
1 poignée d’aspérule fraîche
1 litre de vin blanc sucré (Frontignan, Samos)

Cueillez les aspérules en tout début de floraison: mettez-en une bonne poignée au  fond d’un saladier. Versez dessus un litre de vin blanc sucré que vous aurez fait chauffer. Après complet refroidissement, passez le tout et mettez  à rafraîchir.
Si vous désirez conserver ce vin ajoutez un verre à liqueur de bonne eau de vie, bouchez bien, gardez les bouteilles couchées.  Ce vin devient légèrement pétillant.

infusion d’aspérule contre l’anxiété

On l’utilise en infusion dans l’insomnie ; elle convient aux anxieux, aux nerveux et les aide à soulager palpitations, vertiges, maux de tête.
C’est un excellent rééquilibrant,qui peut aider les victimes du stress.
– Infusion d’aspérule odorante:
1 cuillérée à soupe de plante sèche pour
1 tasse d’eau bouillante
qui sera bue de 1 à 3 fois par jour selon l’importance des troubles,
avec une dernière tasse juste avant le coucher.

vin de mai sans alcool

Ingrédients
1 bouquet d’aspérule,
2 cuillerées à soupe de sucre,
1 peu de zeste de citron,
2 cuillerées à soupe de jus de citron,
4 cuillerées à soupe de sirop de framboise,
1 litre de jus de raisin blanc,
1 litre d’eau minérale

Cueillez la plante lorsque les fleurs sont encore en bouton. Laissez-la se faner pendant 1 journée. Mettez-la en jarre avec d’1/2 litre de jus de raisin et ajouter le zeste de citron. Couvrez et laissez macérer 12 heures au frais.
Passez la préparation, ajoutez les autres ingrédients et servez frais ce breuvage sans alcool.

infusion digestive d’aspérule

L’aspérule odorante facilite la digestion, combattant lourdeurs et ballonnements : on emploie alors son infusion après les repas.
Diurétique, elle est aussi un bon antiseptique des voies urinaires plus spécialement utilisées lors de collibacilloses.
Tisane du Docteur Henri Leclerc uitilisée dans ce cas pour arrêter la prolifération des collibacilles:
30 g sec ou 60 g frais d’asperule odorante
30g de bruyère 30g
20g de feuilles d’épervière piloselle
Prendre 3 tasses par jour de ce mélange en infusion à raison d’1 cuillère à soupe par tasse d’eau bouillante.

Son infusion est employée en collyre avec le bleuet et le plantain pour combattre les blépharites et les conjonctivites

ATTENTION:  à trop fortes doses l’aspérule odorante est hypnotique et anticoagulante. Elle n’est pas conseillée aux femmes enceintes.

un antimite parfumé

L’aspérule fraîche ne sent rien: il vous faudra attendre qu’elle soit sèche pour connaître son délicieux parfum. Son odeur de miel et de vanille est celle du foin séché: bien sûr ! l’herbe qui donne cette senteur au foin (la flouve odorante) contient aussi de la coumarine.
“Petit muguet”, “muguet des Dames” sont ses noms odorants. Parfum qui est au maximum de son intensité au printemps, à l’autome il aura diminué six fois.
Jadis on parfumait les armoires de linge avec de petits bouquets enclos dans des sachets.
C’est aussi un excellent antimites, spécifique des tissus de laine.

séchage de l’aspérule

On peut les sécher classiquement, en cueillant les tiges fleuries que l’on étalera sur les séchoirs dans un courant d’air à l’obscurité.
Les grouper par petits bouquets sur une ficelle pendue dans un couloir  venté, vous permettra  avec une moindre récolte de les sécher rapidement : une feuille pliée entre les doigts doit se briser pour prouver qu’elle est bien sèche.