OuLiPo, Le vent de la langue et de la psy

la pointe du décollé

la pointe du décollé

De la fenêtre de mon bureau, je regarde la mer et l’orientation des bateaux qui m’indique le sens du vent.

Sur la table de mon bureau, j’ai l’anthologie de l’OuLiPo (Gallimard) et je vous propose de faire une régate poétique selon les règles du “vent de la langue”

“Les points cardinaux sont, on le sait, traditionnellement représentés par leurs initiales…les quatre lettres R,N,O,S seront appelées “lettres de vent”. Les autres seront appelées “lettres calmes”.

Intensité du vent : On appellera intensité du vent d’un mot (ou d’un groupe de mots) le nombre de lettres de vent qu’il contient….

La présence au sein d’un mot donné de ces quatre lettres E,N,O,S permet également de définir un mouvement interne du mot dans une direction donnée. (ex: Oui va à l’ouest, Non va au nord, à l’ouest, au nord)…

Lorsque le vent d’un mot (ou d’un groupe de mots) indique une direction donnée, on dit de ce mot qu’il “souffle” dans cette direction.

Définition : mots intimes : on appellera intimes des mots de même vent. ex : la mort et l’amour sont intimes.

Deux mots de vents opposés sont dits de vents contraires. On dira aussi qu’ils se contrarient. Ex : l’amitié contrarie l’amour, l’oignon contrarie de sexe.

(Anthologie de l’Oulipo)

A partir de ces règles, faites une régate autour de quatre bouées. Nous supposerons que le vent vient du Nord. Vous devez vous diriger d’abord au Nord, puis à l’Ouest, puis au Sud, puis à l’Est et cela cinq fois. Ce qui signifie que vous devez écrire 20 vers ou lignes. Attention, si pour aller au Nord, vous mettez dans votre phrase trop de vent du Nord, vous n’allez guère avancer. pour gagner la régate, vous devez donc favoriser votre bateau en utilisant les bons vents. Attention, comme le vent vient du Nord, pour aller au Nord, vous allez devoir tirer des bords et donc utiliser des mots NO ou NE. Pour aller à l’Ouest , vous utilisez des mots O mais pouvez combiner N et O du moment que vous compensez par des mots OS pour ne pas aller trop au Nord, et pour aller au Sud, vous avez tout intérêt à utiliser des mots intimes de vent du Sud.

Je vous donne un exemple avec un tour des quatre bouées.

“Non au néant

que nous prônait

la saga du sabbat

être, ne pas être?”

Une variante psy de la méthode oulipienne

Employez la méthode S+7 de l’OULIPO et remplacez le dictionnaire par votre inconscient en utilisant la libre association.

Le résultat est étonnant et vous renverra une image de vous-même, par ailleurs cet exercice est, comme toutes les méthodes oulipiennes, un bon catalyseur de création.

La libre association est…”la totalité des idées en relation à un événement particulier doté d’une coloration émotionnelle.” -Jung –

La méthode de libre association qui s’est construite progressivement à la fin du XIXe siècle constitue une des base de la technique psychanalytique : elle consiste à dire ou exprimer tout ce qui vient à l’esprit de façon spontanée, permettant ainsi une investigation de l’inconscient par touches successives (dite la chaîne associative). Freud –Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique– 1 914.

Parmi les méthodes créatives de L’OULIPO, “la méthode M+n, consiste à remplacer dans un texte existant (de qualité littéraire ou non), les mots (M) par d’autres mots de même genre qui les suivent ou les précèdent dans le dictionnaire à un distance variable n mesurée par le nombre des mots. Cette méthode est évidemment une méthode à résultats variables. On peut en effet changer à l’occasion l’outil indispensable à son application. Ce seul changement suffit à entraîner les modifications les plus inattendues dans les résultats.” (Oulipo, la littérature potentielle)

Imaginez alors les résultats que vous obtiendrez avec votre inconscient.

Pour cela, vous utiliserez plutôt la méthode S+7, variante de la méthode M+n qui consiste à remplacer tous les substantifs d’un texte par le 7e nom commun qui le suit dans le dictionnaire. Mais vous, vous n’utiliserez par le dictionnaire, mais votre inconscient, à savoir le nom commun que vous évoque le substantif du texte.

Exemple

Texte original : “Nombreux sont ceux pour qui l’art n’est qu’un jeu, supérieur, certes, mais un jeu, un amusement; nombreux sont ceux qui ne le révèrent que par conformisme et avec un secret mépris pour son “inutilité”. Certains ne sont pas loin de le considérer comme un luxe.” (Sens et destin de l’art de René Huyghe)

Texte transformé par la méthode S+7 modifiée en utilisant la libre association:

“Nombreux sont ceux pour qui le talent n’est qu’un hasard, supérieur certes, mais un hasard, une vanité; nombreux sont ceux qui ne le révèrent que par rigidité et avec une secrète agressivité pour sa “nuisance”. Certains ne sont pas loin de le considérer comme un gaspillage”.

Si vous transformez le texte, les associations que vous ferez n’auront rien à voir avec celles-là, issues de mon propre inconscient


Essayez la méthode Coué

La leçon clinique du docteur Charcot,1886 par André Brouillet.

La leçon clinique du docteur Charcot,1886 par André Brouillet.

L’autosuggeston consciente

J’ai exhumé (entre des bouquins de psy et des livres d’astrologie que je n’arrive pas à jeter car périodiquement je les regarde pour essayer de comprendre pourquoi tant de gens croient à ces foutaises) le livre de Monsieur Coué, de la célèbre méthode Coué:  “la maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente”, un petit fascicule de 128 pages, datant de 1928.

Pratiquez sa méthode, pendant une semaine. C’est simple, elle se réduit à

“Tous les matins au réveil, et tous les soirs, aussitôt au lit, fermer les yeux et, sans chercher à fixer son attention sur ce qu’on dit, prononcer avec les lèvres, assez haut pour entendre ses propres paroles et en comptant sur une ficelle munie de 20 noeuds, la phrase suivante:

“Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux”.

L’important est d’être complètement décontracté et de dire la phrase sans chercher à fixer son attention sur ce qu’on dit.

J’ai essayé la méthode…et je me suis toujours endormie avant d’arriver à 20!


Toute la méthode d’Émile Coué, pharmacien à Nancy, repose sur 4 lois:

– Quand la volonté et l’imagination sont en lutte, c’est toujours l’imagination qui l’emporte, sans aucune exception;

– Dans le conflit entre la volonté et l’imagination, la force de l’imagination est en raison directe du carré de la volonté;

– Quand la volonté et l’imagination sont d’accord, l’une ne s’ajoute pas à l’autre, mais l’une se multiplie par l’autre;

– L’imagination peut être conduite.

Coué pratiquait l’autosuggestion consciente, à l’aide de méthodes de décontraction et d’un peu d’hypnose. Son idée maîtresse est que notre inconscient est la source de beaucoup de nos maux, mais qu’il peut aussi apporter la guérison si “l’inconscient fait sienne l’idée qu’on lui offre” par autosuggestion, ce qui n’est possible que  si l’on évite à la volonté d’intervenir!

Coué cite un exemple intéressant pour illustrer le pouvoir de l’imagination:

“supposons que nous placions sur le sol une planche de 10 mètres de long sur 0,25 cm de large, il est évident que tout le monde sera capable l’aller d’un bout à l’autre de cette planche sans mettre le pied à côté. Changeons les conditions de l’expérience et supposons cette planche placée entre les deux tours d’une cathédrale, quelle est donc la personne qui sera capable de s’avancer, seulement d’un mètre, sur cet étroit chemin? Vous n’auriez pas fait deux pas que vous vous mettriez à trembler, et que, malgré tous vos efforts de volonté, vous tomberiez infailliblement sur le sol.

Pourquoi donc ne tomberez-vous pas si la planche est à terre et pourquoi tomberez-vous si elle est élevée? Tout simplement parce que, dans le premier cas, vous imaginez qu’il vous est facile d’aller jusqu’au bout de cette planche, tandis que, dans le second, vous vous imaginez que vous ne le pouvez pas….Le vertige n’a pas d’autre cause que l’image que nous nous faisons que nous allons tomber; cette image se transforme immédiatement en acte, malgré tous nos efforts de volonté, d’autant plus vite même que ces efforts sont plus violents. Considérons une personne atteinte d’insomnie. Si elle ne fait pas d’efforts pour dormir, elle restera tranquille dans son lite. Si au contraire elle VEUT dormir, plus elle fait d’efforts, plus elle est agitée.”

J’ai lu ce livre par curiosité, n’espérant pas y trouver grand chose d’intéressant, et j’ai trouvé que la grille d’analyse des problèmes qu’utilise Coué, n’est pas complètement étrangère à celle des psychiatres. Et les litanies que conseillent les religions (chapelets en tous genres) n’ont-elles pas pour seul but de relaxer et de pratiquer l’autosuggestion : si je suis sûre que le ciel va m’aider…”tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux” !!! Le cerveau est décidément plein de ressources.

La relaxation pour s’endormir

Théoriquement, rien de plus simple que de se relaxer. Pratiquement, apprendre à se relaxer demande beaucoup de patience. Avant de vous endormir, allongez-vous sur le dos, tête légèrement soulevée, jambes étendues en ligne droite et bras allongés le long du corps, le paumes des mains reposant sur le lit.

Imaginez un lieu où vous vous vous sentez bien, imaginez-vous en ce lieu, imaginez les odeurs, les bruits.

Chassez de votre tête toute autre préoccupation que de vous y sentir bien et concentrez-vous sur l’exercice.

Concentrez-vous sur votre musculature jusqu’à sentir une sensation de tiraillement, ce qui signifie que vos muscles travaillent.

Sans impatience, efforcez-vous de relâcher vos muscles jusqu’à ce que la sensation de tiraillement disparaisse. Votre chair doit vous sembler une masse inerte et molle. Vous saurez facilement si vous êtes bien relaxé: il vous est impossible de faire un mouvement tout de suite, vous devez repasser par un état de demi-tension avant de pouvoir bouger. Entraînez-vous sur chaque muscle séparément : mains, torse, nuque, jambes, visage.

Lorsque vous êtes bien décontractez, tournez-vous sur le côté droit, vous vous endormirez facilement.

Autour de l’inconscient

L’inconscient

Sigmund Freud

Sigmund Freud

“J’ai acquis l’impression de ce que la théorie de l’inconscient se heurtait principalement à des résistances d’ordre affectif qui s’expliquent par ce fait que personne ne veut connaître son inconscient, et partant trouve plus expédient d’en nier tout simplement la possibilité.”

Freud, Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient -1 905.

La vie psychique est “… tout remplie de pensées efficientes bien qu’inconscientes et que c’était de celles-ci qu’émanaient les symptômes” ; elle ne se réduit pas au conscient : certains contenus ne se révèlent à la conscience qu’une fois franchies les résistances.

L’inconscient est un “lieu psychique, un système qui a ses mécanismes et ses contenus, mais aussi son énergie spécifiques”.

L’inconscient, incontestable découverte du docteur Freud, est issue de l’expérience de l’analyse. Ses contenus sont les “représentants de la pulsion”. Les fantasmes, en fait, des scénarios imaginaires, sont de vraies mises en scène du désir.

Freud – L’inconscient – 1915)

Ainsi, le rêve, voie royale qui conduit à l’inconscient, montre par ses mécanismes qu’il peut se comparer à d’autres formes d’expression de l’inconscient (les actes manqués dont les lapsus), ne serait-ce que par leur “structure de compromis” et leur “fonction d’accomplissement du désir”.

Freud – L’interprétation des rêves – 1900.

Hypnose

“L’hypnose, état de sommeil partiel, laisse des points vigiles qui permettent au sujet de communiquer avec l’extérieur”.

déplacemLes leçons de Charcot et de Bernheim sont pour Freud des travaux décisifs qui le conduisent à la fondation de la psychanalyse.

Déplacement

“Déformation,transposition, qui permet dans le champ de la conscience d’apparaître sous une forme déguisée, une énergie d’investissement ‘’ … qui peut être augmentée diminuée, déplacée, déchargée’’, le déplacement est de trois types :

– Déplacement par voie associative : hystérie.

– Déplacement par similarité :névrose obsessionnelle, caractéristique du lieu et peut-être aussi de l’époque où s’est produite la défense.

Déplacement d’ordre causal : paranoïa.

– Freud –

Cela peut être un ‘’renversement de toutes les valeurs psychiques’’.

Dans le travail du rêve se manifeste une puissance psychique qui,d’une part, dépouille les éléments de haute valeur psychique de leur intensité ; d’autre part -par le biais de la surdétermination-, crée à partir d’éléments d’une valeur plus grande, lesquels parviennent alors dans le contenu du rêve.

Angoisse

“Etre incapable de maîtriser l’afflux d’excitation d’origine interne ou externe, telle est l’origine de l’angoisse; elle “doit être tenue pour un produit de l’état de détresse psychique du nourrisson qui est évidemment la contrepartie de son état de détresse biologique.” – Freud –

L’angoisse dite “automatique” est la réponse spontanée de l’organisme à une situation traumatique ; elle résulte d’une tension libidinale accumulée et non déchargée.

L’angoisse “devant un danger réel” ne proviendrait pas d’une pulsion interne mais d’une situation où un danger réel existe.

Le “développement d’angoisse”, terme descriptif imaginé par Freud indique le processus qui fait passer de l’un à l’autre.

Le “signal d’angoisse” permet de déclencher les défenses contre l’afflux des excitations. C’est un dispositif de défense contre une situation traumatique.

En conclusion, le trouble panique qui s’exprime en attaque d’angoisse, les troubles phobiques (agoraphobie, claustrophobie) et obsessionnels sont des troubles anxieux.

Jacques Lacan

Jacques Lacan

Acte manqué

“Il est clair que tout acte manqué est un discours réussi…” – Lacan –

Compromis entre l’intention consciente et le désir inconscient, l’acte soi-disant manqué peut être considéré comme une action réussie, ne serait-ce que parce qu’il exprime une part d’inconscient. Freud –Psychopathologie de la vie quotidienne – 1901.

Erreur de lecture, de parole, de plume, mais aussi méprise de l’action et perte de l’objet.

Condensation

“La condensation est un des mécanismes fondamentaux qui régit le “travail du rêve”, comme il est un élément essentiel de l’accomplissement du trait d’esprit, du lapsus, de l’oubli de certains mots de la création de néologismes. Du sens se dégage à partir du non-sens” – Lacan 1958 –

La condensation opère littéralement une sorte de fusion entre les idées de la pensée inconsciente, pour aboutir à une seule image dans le contenu manifeste (conscient) ; elle “ramasse et concentre des pensées éparses du rêve”, opère une transposition vers des représentations au contenu intense.

Même si elle n’est pas un effet de la censure, “la censure y trouve son compte quand même.” – Freud –

Extrait du dictionnaire du fameux jeu vidéo  “le psy c’est vous