Le cacaoyer

cacaoyer

cacaoyer © Secrets de plantes

Botanique

Le cacaoyer, Théobroma cacao, de la famille des Sterculiaceae est originaire d’Amérique tropicale (Mexique, République dominicaine, Brésil, Colombie, Équateur, Venezuela) ; il est spontané dans les forêts équatoriales d’Amérique du Sud. C’est un petit arbre toujours vert, à grandes feuilles entières, ovales, aiguës. Il pousse dans les plaines tropicales. Il est cultivé au Brésil et le long des côtes occidentales africaines (Ghana, Nigeria), planté par graines sur des sols humides ombragés.

Le tronc est irrégulier, souvent limité pour son exploitation à 1 m de haut, de 24 à 30 cm de diamètre, couronné à partir de 18 mois de 5 branches développées horizontalement ; son bois est rougeâtre, léger et poreux.

La floraison a lieu toute l’année. Les fleurs rose-jaunâtre avec à l’intérieur 2 nervures violettes, sont de petite taille et naissent directement sur le tronc ou les grandes branches.

Le fruit appelé “cabosse” à maturité, a une paroi coriace, colorée en jaune ou rouge à maturité, à côtes verruqueuses renfermant dans une pulpe mucilagineuse 20 à 40 graines ovoïdes groupées sur 5 rangées longitudinales. La cabosse dont la taille peut atteindre 30 cm pèse de 300 à 500 g, les graines renferment 2 cotylédons, de blancs à violet foncé.

Usages

cacaoyer

graines de cacao © Secrets de plantes

On en utilise les graines. Fraîches, elles n’ont pas d’odeur et, jeunes, leur saveur est douce. Après fermentation et dessiccation, l’odeur devient caractéristique et agréable. Le broyage de la graine, après décorticage et torréfaction, donne la masse de cacao dont une partie est utilisée en l’état pour la fabrication du chocolat.
Le beurre de cacao, obtenu par pression des graines décortiquées, est un aromatisant et un correcteur de goût d’excellente conservation que l’on retrouve dans des boissons, des glaces, des gâteaux, des biscuits…

Le cacaoyer est réputé anti-asthénique par stimulation du système nerveux central ; il stimule également le système respiratoire et les muscles squelettiques.

Il est d’autre part cardiotonique, il provoque une dilatation coronarienne et stimule la diurèse.

Le beurre de cacao officinal a été longtemps utilisé pour la préparation de suppositoires et pommades.

La poudre de cacao peut être employée pour aromatiser et corriger le goût des médicaments.

En cosmétique, ses propriétés émollientes et protectrices favorisent la cicatrisation des brûlures et des plaies. Le beurre de cacao est également un agent surgraissant et lubrifiant. C’est un composant de la phase grasse, un conditionneur cutané et un bon agent épaississant.

C’est pourquoi il est très utilisé pour des sticks pour les lèvres, des crèmes adoucissantes pour les mains, des savons hydratants, des crèmes émollientes pour peaux mixtes, normales ou sèches, sensibles et fragiles

Les extraits de cacao sont également utilisés dans les produits amincissants du fait de leur teneur en caféine et théobromine.

Ils jouissent également de propriétés anti-oxydantes, anti-radicalaires et anti-couperose. Ces activités en font un agent anti-âge apprécié utilisé dans les soins capillaires pour cheveux abîmés et fragiles, les crèmes pour peaux couperosées, les crèmes amincissantes et gels anti-capitons, les crèmes anti-rides pour le contour des yeux, les crèmes régénérantes pour peaux abîmées ou stressées

Composition chimique

Cacaoyer

Cacaoyer

L’amande (85 à 90 % du poids de la graine) qui renferme:

– des glucides, essentiellement des osides (6 à 8 % d’amidon, des pectines et une grande quantité de saccharose)

– 12 % de protides, notamment des acides aminés libres

– 45 à 53 % de lipides composant le beurre de cacao et contenant des triglycérides constitués d’acides gras : acide oléique (34 à 36 %), acide stéarique (31 à 35 %), acide palmitique (25 à 29 %), acide linoléique (2 %) et des phospholipides

– 3 à 5 % de matières minérales : magnésium

– 5 à 10 % de composés phénoliques : phénols : catéchol (épicatéchol), flavonoïdes : proanthocyanidines (oligomères procyanidoliques, leucoanthocyanes), anthocyanidines : arabinoside et galactoside de cyanidol, flavanols (épicatéchine)

– un pigment de nature glucosidique dérivé des polyflavones

– des terpénoïdes : stéroïdes (beta-sitostérol, stigmastérol, campestérol)

– des alcaloïdes puriques comprenant de la théobromine (1 à 3 %) et dans une moindre mesure de la caféine (0,05 à 0,3 %)

– de la vitamine A (rétinol) et de la vitamine D (calciférol)

– des neurotransmetteurs : tyramine et dopamine

– du salsolinol, de la trigonelline, de l’acide nicotinique

L’arôme du cacao est dû à la présence de plus de 70 substances volatiles à l’état de traces (acides organiques, alcools, phénols…).

Les téguments (10 à 15 % de la graine) contiennent :

– une faible quantité de lipides

– des matières minérales

Lors de la préparation du cacao, la teneur en théobromine augmente progressivement au cours de la fermentation pour atteindre 1,5 %.

La théobromine possède des propriétés pharmacologiques similaires à celles de la caféine.

Folklore

Theobroma signifie nourriture des dieux. En effet, selon la mythologie inca, Quetzalcoatl, le “jardinier céleste” avait apporté aux hommes les semences du cacaoyer (cacaotl), pour que cet arbre devienne leur protecteur. Leur empereur, Moctezuma, buvait jusqu’à 40 tasses par jour de chocolat, servies dans des coupes d’or, apportées par des jeunes gens en tunique blanche. On découvrit sous son palais, après sa mort, 20 000 tonnes de graines de cacao. Si, encore à l’heure actuelle, les enfants sucent ces graines comme des bonbons, les conquistadores eux n’aimaient pas la boisson tirée des fèves fermentées : ils remplacèrent le piment et le rocou qui l’épiçaient par le sucre de canne et la vanille, également indigènes.
C’est en 1524, que Cortez, de retour d’Amérique, introduit le cacao en Europe où il se répand par l’intermédiaire des cours royales. En 1569, le pape Pie V déclare que le chocolat liquide ne rompt pas le jeûne du Carême.

En 1615, Anne d’Autriche épouse le roi de France Louis XIII et apporte avec elle l’usage de cette boisson.

En 1679, le premier cacao qui arrive à Brest vient d’une colonie française : la Martinique. Bayonne est la première ville à fabriquer du chocolat, grâce à l’émigration des juifs d’Espagne qui apportèrent avec eux leur savoir-faire en la matière.

Le monopole fut accordé en un premier temps, par Louis XIV, à un particulier, puis cette activité fut reprise par les apothicaires et les marchands d’épices.

Et n’oubliez pas: avant de faire des affaires avec quelqu’un, demandez-lui s’il aime le chocolat. Ce n’est fondé sur aucune étude, mais j’ai toujours remarqué que les gens qui n’aiment pas le chocolat (à part pour questions d’allergies) ne sont pas fiables.

Chocolat, normes ou réglementation?

cacaoyer

publicité pour le chocolat Klaus

Le terme «chocolat» est réservé à un produit soumis à une définition stricte par la réglementation française. Il correspond à un mélange de pâte de cacao, additionnée de beurre de cacao et de sucre, ceci dans des proportions précises : au minimum 35% de pâte de cacao, dont 18% de beurre. La valeur énergétique d’une tablette de 100g est alors de 500 kilocalories.

1996

La législation européenne propose, le 17 avril 1996,  une nouvelle réglementation sur la composition du chocolat, autorisant l’emploi de 5% de matières grasses végétales autres que le beurre de cacao dans la fabrication du chocolat. Le goût du chocolat que les Français pourront désormais déguster risque d’être moins cher mais plus fade… Chaque état peut toujours imposer sa propre réglementation et la bataille que se livrent consommateurs, parlementaires, industriels et pays producteurs n’est pas terminée.

Du chocolat de ménage au fondant

La législation française définit la nomenclature et la composition des chocolats : chocolat de ménage (teneur minimale en cacao 30%), chocolat (teneur minimale en cacao 35%), chocolat à croquer (de 45 à 48%), au-delà de 48% c’est le fondant. A partir de 43%, on peut adjoindre des qualificatifs : supérieur, fin, surfin, amer, etc.

Pas de normes pour le chocolat

Toutes les spécifications concernant le chocolat relèvent de la réglementation et non de la norme : Il n’existe pas de normes concernant le chocolat. Seules existent sept normes définissant les spécifications de la fève de cacao.

Recettes

Chocolat chaud

Ingrédients
1 tablette de chocolat de ménage
1 litre de lait
une cuillère de bois

Faites fondre les barres de chocolat cassées en morceaux dans l’eau en remuant. Lorsque tout est fondu, ajoutez le lait en remuant bien.
Faites bouillir en maintenant l’ébullition au minimum pendant au moins dix minutes. Le liquide a épaissi.
Enlevez la peau qui s’est formée. Versez.

Mayonnaise de chocolat

(variante moins digeste que la mousse au chocolat que je préfère :  faite uniquement avec oeufs et chocolat, sans rien d’autre)

Ingrédients pour 6 personnes :
6 grosses tablettes chocolat
6 cuillerées à soupe de sucre en poudre
6 jaunes d’œufs
150 g de crème épaisse
6 blancs d’œufs

Dans une terrine, battre les jaunes d’œufs avec le sucre en poudre. Ajouter la crème ; mélanger le tout ensemble.
Dans une casserole, poser les six tablettes de chocolat cassées en morceaux et un demi-verre d’eau. Chauffer, faire refondre et épaissir en remuant tout le temps à la mouvette de bois. Retirer la casserole du feu. Laisser refroidir un peu. Ajouter dans la casserole les jaunes battus. Bien mélanger. Porter la casserole sur petit feu. Chauffer en tournant à la mouvette ; ça épaissit rapidement. Ne pas faire bouillir. Vider dans la terrine.
Battre les blancs d’œufs en neige très ferme. Mélanger avec le chocolat chaud. Verser dans un compotier. Laisser refroidir pendant six heures au moins. Servir avec des biscuits.

Poulet, sauce au chocolat

Ingrédients :
1 poulet d’environ 1,500 kg
sel
250 g    de chapelure
3 cuillères à soupe de lait
100 g de beurre
2 œufs
100g de chair à saucisse
poivre noir moulu
1 cuillère à café de sauge
3 gousses d’ail
1 cuillère à café de chili en poudre
2 gros oignons
1 cuillère à soupe de poudre de cacao non sucrée
20 cl de vin blanc
25 cl de crème

Salez l’intérieur du poulet. Préparez la farce en mélangeant intimement la chapelure mélangée au lait, à la moitié du beurre fondu, aux œufs, à la chair à saucisse, au poivre, à la moitié de la sauge et à une gousse d’ail écrasée.
Placez le poulet farci dans un plat à rôtir, saupoudrez-le avec le reste de la sauge et la poudre de chili et faites-le rôtir au four pendant une heure, avec le reste du beurre et de l’ail haché et les oignons grossièrement émincés. Retirez du plat le poulet rôti, déglacez le jus avec le cacao et le vin, donner un bouillon. Ajoutez enfin la crème et redonnez encore un bouillon.
Découpez le poulet et arrosez le de sauce, seulement dans les assiettes.

C’est une recette mexicaine.

Chocolat râpé

Ingrédients
pain
beurre
chocolat de ménage

Faites de tartines de beurre. Râpez dessus une barre de chocolat, en gros éclats.

C’est un excellent goûter d’enfants.

Le repas de Paul Gauguin

Le repas de Paul Gauguin - Musée d'OrsayUne nature morte à signification rituelle

Je me souviens de cette lettre de Gauguin à sa femme : « Je t’écris le soir, ce silence, la nuit à Tahiti est encore plus étrange que le reste. Toujours ce silence. Je comprends pourquoi ces individus peuvent rester des heures, des journées, assis sans dire un mot et regarder le ciel avec mélancolie. Je sens tout cela qui va m’envahir ».

Deux garçons et une fille attendent.

En silence, dans la splendeur mélancolique d’une soirée tropicale.

Leurs regards divergent.

Au premier plan, une table est chargée d’un repas exotique, où se dissimulent un arc et une flèche, pointée vers la jeune Tahitienne.

Approfondissez la composition de cette toile et vous en saisirez la sensualité mystique.

1891 – 73 x 92 cm

Sujet

Comme l’indique son double titre, cette œuvre est à la fois une scène de genre et un repas tahitien d’aspect rituel. En effet, Gauguin accorde une très grande importance à la nature morte du premier plan qui occupe les deux tiers du tableau.

C’est une des premières œuvres par Gauguin après son arrivée à Tahiti en 1891 et, cas très rare, elle est exécutée sur papier. Ce n’est que plus tard qu’elle a été marouflée sur toile et sans doute en raison de sa fragilité, elle n’a jamais été exposée su vivant de l’artiste. A Tahiti, Gauguin qui avait des ancêtres péruviens par sa mère, et avait déjà cherché le dépaysement et le primitif en Bretagne puis à la Martinique, s’imaginait trouver le paradis de ses rêves, celui décrit dans les romans de Pierre Loti.

La scène peinte peut à première vue passer pour une scène de genre, un repas où figurent trois enfants, mais Gauguin veut y faire apparaître autre chose en portant le sujet à un degré supérieur; celui du rite.

Le peintre par sa manière d’abord et par la conception même du sujet introduit l’idée d’une attente sacrée; ce repas sous les tropiques a l’allure d’une cérémonie.

La disposition des objets sur la table couverte d’une nappe blanche, détail insolite pour un repas Maori, les trois différents regards des enfants donnent une solennité à la scène.

S’agit-il d’une allusion à un rite de la religion des Maoris? On sait que Gauguin qui en Bretagne fit figurer des calvaires dans sa peinture, et même dans un autoportrait un Christ jaune, pour ne donner que ces deux exemples, s’intéressait à la spiritualité populaire. il se passionnera pour la religion des Maoris au point d’écrire sur leur mythologie et même de faire plusieurs ouvrages à partir des textes sacrés, ornés d’aquarelles.

Le repas semble se passer sous l’auvent d’une maison ouverte, la lumière du jour éclaire le bas du tableau et par une découverte en haut à droite on voit l’extérieur et le sol illuminé de soleil où une femme est assise. Les trois enfants, deux jeunes garçons et une jeune fille, regardent chacun dans une direction différente, les yeux de la jeune fille paraissent captés par la contemplation d’un miroitement, peut-être celui de l’océan.

L’un des garçons, celui de droite, a lui les yeux fixés sur le contenu liquide du grand plat posé devant la jeune fille. A sa droite un enfant plus jeune que l’autre dont le regard lui aussi tourné vers la vasque, semble hésiter entre cet objet et la jeune fille elle-même.

Sur la table recouverte d’une nappe blanche assez sommaire, on reconnaît un régime de bananes rouges (“fei” en tahitien), des citrons ou des goyaves, une goyave entamée, un couteau et une grande coupe en bois local remplie d’eau.

Hors cette vasque remplie d’un liquide gris indéfinissable, devant le garçon de droite un bol européen en porcelaine blanche en partie caché par un autre objet  aux linéaments géométriques, plus bas, un fruit, sans doute goyave “fei” entamée, posée à côté d’un couteau dont la pointe est nettement dirigée vers la vasque et derrière elle la jeune fille. Au centre trois fruits, les mêmes que celui entamé, à gauche un régime de grandes bananes rouges qui servent de légume dans les pays tropicaux. Il semble qu’on attende la tombée de la nuit pour que cette cérémonie commence.

 

Composition

Le tableau est divisé en deux bandes horizontales, celle des personnages et celle de la table.

Cette structure est la base de la composition, base, comme on peut le voir, très simple, presque primitive, mais que d’autres éléments viennent contredire et qui font de cette image une image occidentale moderne et non une peinture folklorique, ou un rêve exotique. Les plis de la nappe introduisent une perspective, l’ombre et la lumière l’accusent et le peintre la souligne par ce couteau qui se place dans l’exacte direction de la lumière. Mais aussi une ligne médiane divise la table en une partie avant (la plus éclairée) et une partie un peu moins lumineuse qui fait le lien avec la demie pénombre où se trouvent les enfants.

L’ouverture de droite comme une image dans l’image borne le mur du fond décoré de fleurs et de petits fruits rouges ressemblants à des cerises.

Gauguin place en arrière, dans le lointain la plus forte lumière du tableau, comme si elle était derrière les enfants, déjà dans leur passé. C’est la jeune fille, plus âgée que ses compagnons, qui regarde vers l’ avenir, le déclin futur du soleil, et la nuit qui arrive si brusquement dans ce pays tropical.

Couleur, lumière

La lumière puissante de Tahiti joue dans l’œuvre de Gauguin un rôle un peu comparable à celle d’Arles pour Van Gogh; ces deux artistes qui ont été marqués par l’impressionnisme et ses recherches sur la lumière ont découvert un nouvel univers pour le colorisme, ils sont assoiffés de couleur, et cherchent à la faire éclater sur la toile. Gauguin avait découvert la lumière et les couleurs des tropiques dès 1887 à la Martinique.

A Tahiti, la palette de Gauguin s’élargit, il envisage d’autres coloris car la lumière est, d’une autre nature que celle de l’occident européen; en effet dans cette lumière, la force devient éclat, l’ombre matière dense ou légèreté poudreuse. Toutes les couleur s’intensifient et prennent une force en profondeur, ceci permet à Gauguin de radicaliser son propos de peintre et de dessinateur.

Il travaille en aplats. La scène principale se situe dans la pénombre d’une case indigène. Les objets posée sur la table projettent des ombres bleutées très puissantes. Le point le plus lumineux se situe à l’extérieur, dans l’encadrement de l’ouverture du fond à droite où se détache une silhouette de femme assise avec une longue ombre portée.

Ces ombres sont teintées de bleu et de garance et jouent parfaitement avec les teintes jaunes et la note orangée de la nappe; les trois enfants sont mis en retrait, ils sont en attente, dans un moment de silence. Derrière leurs visages court une frise peinte, aux teintes rouges, fleurs et fruits comme une mélodie rythmée, lointaine, étouffée.

La table est le gros morceau de peinture, il forme une grande nature morte et paraît être dans un autre espace que les enfants.

C’est l’excès de la nature tropicale que veut ici faire apparaître Gauguin, son abondance, sa grandiloquence; mais aussi celle du désir et de sa violence par le fruit entamé.

La scène baigne dans une sensualité en attente mais puissante, prête à éclater en rouge comme cet énorme régime de bananes vermillon, pour s’étendre dans ce mystérieux liquide gris que les deux garçons contemplent avec une attention étrange parce qu’à la fois quotidienne et fascinée.

Gauguin qui a enfermé cette scène dans un cadre très serré, a ouvert son espace sur l’extérieur à droite et y a jeté la lumière la plus forte par un jaune de Naples presque pur qui sature la lumière; il y a placé un personnage sombre qui donne une dernière indication, lointaine de cette lumière puissante qui intensifie ce qu’elle touche et rend encore plus sombre ce qui est sombre.

Cette lumière du dehors se répand sur la table à la gauche du garçon elle rebondit sur la base du cou de l’enfant et crible d’éclats le régime de bananes. Le chambranle brunâtre de l’ouverture marque le passage de l’intérieur à l’extérieur, et fait que la lumière traverse le tableau de part en part comme le pourrait ce couteau qui, on l’a vu plus haut, est placé exactement dans la même direction que la lumière.

Le crépuscule est bref sous les tropiques, ce serait donc les dernières lueurs du jour, quelques minutes avant la nuit. C’est sans doute une des significations du regard de la jeune fille.

Hors cette vasque remplie d’un liquide gris indéfinissable, devant le garçon de droite un bol européen en porcelaine blanche en partie caché par un autre objet  aux linéaments géométriques, plus bas, un fruit, sans doute goyave “fei” entamée, posée à côté d’un couteau dont la pointe est nettement dirigée vers la vasque et derrière elle la jeune fille.

Au centre trois fruits, les mêmes que celui entamé, à gauche un régime de grandes bananes rouges qui servent de légume dans les pays tropicaux. Il semble qu’on attende la tombée de la nuit pour que cette cérémonie commence.

Matière, forme

Ce tableau dont l’ombre est si profonde est un des plus mystérieux de Paul Gauguin.

Il y est certainement fait allusion à quelques rites de la religion des maoris qui passionnait tant Gauguin; mais le peintre savait sans doute ce que l’amateur de peinture occidental verrait : l’atmosphère des tropiques, son étrange mélancolie, ses fruits pour nous extravagants et surtout cette lumière du pacifique à Papeete, bleue et jaune. Dans “Vahiné no te miti” il poussera cette lumière jusqu’à l’éblouissement.

Le Repas est une des premières œuvres qu’il peint après son arrivée dans cette “terre promise” où il mourra; et où il espérait trouver le sujet de son oeuvre. Il le trouvera en effet et “le repas”  ouvre la peinture de Gauguin à sa dernière manière, la plus forte c’est évident.

Il capte dès son arrivée cette étrange atmosphère à la fois paradisiaque et hantée, cette vie “primitive ou l’homme se perd dans la contemplation de l’océan et de son propre mystère. La netteté de cette vie lui confère une poésie sans limite parce qu’elle touche à l’essentiel, la relation à la nature bien sûr mais aussi aux éléments; l’eau, l’air, la terre et le feu de la lumière qui nourrit cet autre feu celui des passions, de ses passions; la peinture, les femmes et le mystère inexplicable de l’homme.

Dans ce tableau, la couleur posée en aplats et modulée par la lumière est indissociable de la forme. C’est en Bretagne, à Pont-Aven, que Gauguin a mis en œuvre la technique du synthétisme et de l’aplat coloré dès 1888 avec sa fameuse Vision du sermon. Gauguin était aussi un extraordinaire sculpteur sur bois.

La matière lisse du tableau est caractéristique des œuvres de la période polynésienne et d’autant plus lisse que le support est en papier.

Pour aller plus loin dans l’analyse plastique

Extrait du travail préparatoire pour Secrets d’Orsay

Les extra-terrestres, ou sont-ils?

extra-terrestres

planète autour d’une étoile double

Mais où sont les extra-terrestres?

Pas seuls et pourtant bien seuls dans l’univers.

Nous savons qu’il existe sans doute des milliers, voire des millions de planètes sur lesquelles la vie s’est développée, mais comment a-t-elle évolué, existe-t-il des êtres doués d’intelligence et de quelle intelligence, c’est ce que nous ne saurons sans doute jamais, car ils sont trop loin et jusqu’à preuve du contraire, on ne peut pas se déplacer plus vite que la vitesse de la lumière, à savoir 300 000 km/s. Même si nous arrivions à capter puis à décoder des signaux envoyés par ces extra-terrestres, puis à leur répondre, nous serons morts depuis longtemps lorsque leur éventuelle réponse parviendra sur Terre.

Nous ne sommes sans doute pas seuls dans l’Univers mais nous devons vivre avec cette frustration angoissante: nous ne connaîtrons jamais “les autres”, nés sur des planètes analogues à la nôtre qui gravitent autour d’étoiles qui ressemblent à notre Soleil.

Pour comprendre pourquoi nous n’avons jamais vu d’extra-terrestres, il est utile d’analyser le paradoxe de Fermi.

Pour prendre la mesure de notre solitude rappelons que l’année-lumière est l’unité de distance utilisée couramment en astronomie: la lumière ne nous parvient pas instantanément depuis les objets, elle se propage à 300 000 km/s.

1 année-lumière

est la distance parcourue par la lumière en 1 an soit : 300 000 x 3 600 x 24 x 365=  9 460 milliards de km

Imaginons que des extra-terrestres aient observé que l’étoile Soleil possède un système planétaire…et que leur civilisation soit éternelle! Suivons leur progression dans leur parcours à la recherche de la Terre et aidons-les à arriver jusqu’à nous. Imaginons que leur avance technologique leur permette de se déplacer à la vitesse de la lumière (le temps, en années, qu’ils mettent à parcourir les distances est alors égal à la distance en années-lumières).

Ils approchent de l’amas de galaxies dont fait partie notre Galaxie, ils sont encore à 100 millions d’années-lumière de notre Galaxie spirale.

Ils rentrent dans l’amas de galaxies et ne sont plus qu’à 2 millions d’années-lumière de notre Galaxie. Il la voient dans toute sa splendeur. Reste à trouver le bras spiral, très extérieur, où se trouve le Soleil, seul astre du système solaire qu’ils peuvent observer à cette distance.

Les voilà maintenant tout près du soleil, ils ne sont plus qu’à une dizaine d’années-lumières de nous.

Ils pénètrent dans le système solaire, ils ne sont plus qu’à 4 heures-lumière de nous. Ils voient à peu près ce que la sonde Voyager a vu lorsqu’elle a quitté le système solaire en passant au large de Neptune, à 4 milliards et demi de km de nous. Le Soleil n’est plus qu’une pastille lumineuse.

Ils vont bientôt découvrir la Terre.

Imaginons maintenant ce que voient de nous, à l’instant présent,  des extra-terrestres,  selon leur position dans l’Univers. Ils ne voient aucune image optique de la Terre!  Car, après avoir parcouru autant de chemin, la lumière ne véhicule plus l’image initiale. Seules les ondes radio peuvent parcourir des distances astronomiques sans perdre l’information. Admettons qu’ils aient trouvé un système pour nous observer:

Un extra-terrestre, arrivé jusqu’aux confins du système solaire pourrait capter le journal télévisé qui a eu lieu il y a 6 heures.

Un autre, sur une planète d’une étoile proche de nous recevrait les actualités des années 60.

Pendant qu’un troisième observateur, toujours dans notre Galaxie, observe que le Soleil possède un système planétaire, mais il ne sait pas qu’un bal a lieu dans les jardins de Versailles sous Louis XIV.

Un autre encore, beaucoup plus loin, sur une planète de la galaxie d’Andromède voit la Terre au moment des premiers hominidés.

L’habitant d’une galaxie lointaine mesure la température de la soupe chaude de Terre primitive: la vie n’existe pas encore sur Terre .

Inversement, lorsque nous observons des étoiles dans les galaxies les plus lointaines accessibles à nos instruments, nous ne pouvons pas savoir comment elles sont aujourd’hui, ni même si elles existent encore, puisque nous les voyons tels qu’elles étaient il y a 10 milliards d’années environ. Plus nous observons loin, plus la lumière a mis de temps pour nous parvenir et plus nous observons dans le passé. Si des habitants là bas regardent en direction de la Terre, pendant que vous êtes en train de lire ce texte, ils ne voient rien: le Soleil et le système solaire n’existent pas encore.

L’observation des planètes est très technique car la lumière de l’étoile nous empêche l’observer les planètes qui gravitent autour. Cette observation n’a commencé que depuis une vingtaine d’années, en utilisant des méthodes indirectes. On a repéré plus d’un millier de planètes à ce jour et on arrive même à évaluer si elles pourraient abriter de l’eau liquide, donc potentiellement de la vie.

Nous ne sommes pas allés bien loin, 1,3 secondes-lumière, et pourtant, quel pas!

Aldrin sur la Lune © photo NASA

Aldrin sur la Lune © photo NASA

L’homme a longtemps rêvé de la Lune puis de marcher sur la Lune. Son rêve s’est concrétisé en 1968.

L’aventure Terre-Lune, qu’exprime si bien les photos de la Terre vue depuis un autre astre du système solaire, la Lune, est le symbole de la réussite scientifique du XXe siècle. Kepler en rêvait déjà en 1600: Un jour “des vaisseaux célestes, avec des voiles adaptées aux vents des cieux, partiront, habités par des explorateurs qui n’auront pas peur de l’immensité”. Peut-être ne perçoit-on pas encore les conséquences sur la civilisation de cette image de notre situation d’astre banal dans l’Univers.

Le voyage jusqu’aux planètes les plus éloignées du système solaire serait bien coûteux et bien long pour un vol habité envoyé de la Terre: 20 ans pour faire le trajet aller-retour! C’est imaginable mais guère réaliste, dans l’état actuel de nos possibilités, pour visiter ces mondes inhospitaliers et froids, à peine éclairés par le Soleil.

Quant au voyage vers les planètes susceptibles d’abriter de la vie, comme Kepler-62e, dans notre Galaxie, sachant que si des signaux nous parvenaient, ils auraient été émis il y a 2000 ans, et que pour y aller, même à la vitesse de la lumière, il faudrait 2000 ans, voyez le problème!

Tiendriez-vous seul(e) dans une cabine spatiale pour un voyage de plusieurs années?

Seul face à la mer...pendant 5 jours

Seul face à la mer…pendant 5 jours

Les romans sur les îles désertes sont de délicieux exercices de style romantiques. Mais avez-vous fait l’expérience de vous retirer dans un lieu isolé, même votre appartement en pleine ville, seul(e), sans télévision, sans sortir pour faire des courses ou acheter le journal, sans téléphone, sans mails sans visites? Essayez (vous faites quelques courses avant de vous retirer pour ne pas mourir de faim) et notez combien d’heures ou de jours vous êtes capable de tenir.

La récente expérience du covid-19 a d’ailleurs mis récemment toutes les personnes seules face à cette situation.

Certains se défoulent dans des activités concrètes (c’est le cas de Robinson pour pouvoir survivre), mais vous n’avez pas ce problème, vous êtes arrivé avec des provisions. Vous pouvez repeindre les volets, mais à quoi sert de repeindre les volets si on a personne à qui faire admirer son ouvrage?

Après une telle expérience, vous serez peut-être plus indulgent(e) avec ces vieilles personnes qui passent trois heures à la caisse, juste pour parler, parce qu’elles ont passé la journée toutes seules. Elles sont vieilles et n’ont plus grand chose à espérer de la vie, mais vous, cette solitude devrait vous permettre de mettre sur pied de grands projets, mais non, face à vous-même, vous flanchez…ou pas? Bref : combien de jours tenez-vous? Faites l’expérience.

Puis imaginez la même chose dans le noir interstellaire.

Voyage imaginaire du nanomètre aux années lumière

Les anneaux de Saturne en fausses couleurs

Les anneaux de Saturne en fausses couleurs

Imaginez votre collection d’objets, d’animaux ou de lieux préférés depuis le nanomètre (que vous ne voyez pas mais que vous pouvez collectionner en photos au microscope au balayage) jusqu’aux années lumière. Les canaux dans la membrane d’une cellule, un spermatozoïde….un chat, la pampa argentine….les anneaux de Saturne, Orion…
Faites-vous une échelle métrique de 10 en 10 (10 puissance -9, 10 puissance  -8, etc; cm, m, km, années lumières, etc.) et attribuez à chaque étape l’objet que vous préférez, le lieux où vous voudriez être, les images ou espaces qui vous fascinent le plus.

Ce sera votre voyage imaginaire personnel. Vous pourrez même en modifier les étapes parfois, changer le chat pour un chien ou les anneaux de Saturne pour la tache rouge de Jupiter.

Êtes-vous conscient (e) de la chance que vous avez d’exister

Comme on l’a vu plus haut, la Terre est-elle une exception ou non?
 Première chance que vous avez d’exister : être né(e) sur la Terre.

spermatozoïde (microscope électronique à balayage)

spermatozoïde (microscope électronique à balayage)

À chaque éjaculation, l’homme libère en moyenne près de 200 millions de spermatozoïdes. Calculez le nombre de spermatozoïdes, dans la vie d’une homme, qui n’ont pas servi à féconder un ovule, vous serez émerveillé(e) d’avoir gagné une vie sur Terre à cette loterie. Chaque matin, pensez à ce que vous allez bien pouvoir faire de ce gros lot improbable, votre vie. Notre planète ressemble à un monde dans lequel on aurait réuni tous les gagnants de la loterie. Ces gagnants ne font pas tous le même usage de leur gain. Pourquoi vous précisément, avez eu la chance d’exister parmi tous les possibles perdus? Justement, on n’a pas de réponse, c’est ce qui fait le prix de la vie. Méditer sur cette question fait travailler une zone du cerveau très bien localisée qui est la même que celle qui est mobilisée par les croyants lorsqu’ils pensent à Dieu. À méditer également.