L’enfant au pâté de sable de Pierre Bonnard

L'enfant au pâté de sable, Pierre Bonnard - Musée d'Orsay -

Vision d’enfant

« L’enfant a l’idéal de la solitude suffisamment rempli de ses rapports avec la nature », quel beau souvenir d’enfance de Pierre Bonnard.

Passer des heures à faire des pâtés de sable, créer un univers de rien, une pelle et un sceau, est-ce un jeu d’enfants. A la japonaise, tout en hauteur comme un kakemono, sans perspective ni modelé des carreaux, mais avec quelques coups de pinceaux pour la nuque et les joues. A l’occidentale, tout en volume, avec ce béret qui fait écho au feuillage de l’arbrisseau. Comment toutes ces formes nous font-elles retomber en enfance ?

1894

167 x 50 centimètres

 

Sujet

Cette peinture est un des quatre morceaux d’un paravent dont les trois autres parties ont longtemps été conservées au Moma à New York avant d’être vendues. Il se suffit parfaitement à lui-même pourtant, Bonnard a volontairement détaché de l’ensemble du paravent car il faisait « trop tableau ». On sait que les Nabis dont Bonnard faisait partie s’intéressaient beaucoup aux art décoratifs et les pratiquèrent abondamment. Bonnard et Vuillard jetèrent leur dévolu sur les paravents plus proches de leurs soucis de peinture et échappant relativement au décoratif pur, accès sur le développement de motifs.

Ce tableau est un véritable petit chef d’œuvre. Il s’agit d’un tout petit enfant d’environ deux ans, Jean Terasse, neveu de Bonnard, en train de faire des pâtés de sable devant la propriété familiale « Le Clos » au Grand Lemps dans l’Isère.

L’enfant qui nous tourne le dos est complètement absorbé par son jeu, le regard porté sur lui est à la hauteur d’un adulte, pourtant nous allons voir que cet adulte qui regarde est totalement absorbé par ce qu’il voit et entre dans un univers qu’il a quitté il y a bien longtemps.

Composition

Bonnard ne veut pas entendre parler de perspective, il cherche tout ce qui peut créer un espace sans ce recours ; ici l’univers de l’enfant qui effectivement ne connaît ni  perspective ni ce qui fait la vision d’un adulte. Il lui donne l’occasion d’expérimenter une composition étrangère aux lois usuelles de la peinture. Il y a trois éléments, l’enfant et son seau à sable (son jeu), l’arbre dans son bac et les marches. Deux lignes complètent la composition sous la forme d’une bande étroite qui désigne l’ouverture de la  porte qui suit les deux marches du seuil, et une ligne horizontale Bleue simple décoration, semble-t-il, sur le mur au dessus de l’arbre ; nous verrons par la suite l’importance de cette ligne bleue dans la conception de cette œuvre.

Même si le point de vue donne le sentiment de la taille adulte, la vision que le peintre nous donne n’est pas celle d’un adulte, Bonnard nous fait entrer dans celle d’un enfant.  La diagonale est la seule ligne qui crée l’espace sur une surface plane, elle est dans l’enfant lui même, une ligne oblique le traverse indiquant sa position ramassé sur le sol, cette ligne s’achève à la nuque de l’enfant, c’est donc dans ce petit corps que tout l’espace existe, c’est en lui et par lui qu’il est vécu.

Tout le reste de cette peinture fait partie de cet enfant , l’échelle des choses est construite sur l’idée d’une fusion des objets réels dans l’espace perceptif de l’enfant. Là réside sans doute une des raisons du charme étonnant de cette œuvre faite de ces objets de rien du tout avec lesquels un enfant peut créer un univers entier et jouer des heures entières si ce n’est des jours entiers.

Bonnard était surnommé le « Nabi japonard ». Format en hauteur dérivé des Kakêmonos japonais .

Espace plan : enfant réduit, à peine silhouette sans volume, jeu décoratif sur les carreaux de tablier chers aux nabis.

Dans la partie supérieure, jeu de construction géométrique entre horizontales et verticales.

Son tablier à carreaux, allusion aux vêtements Japonais est traitée à la manière des artistes de ce pays dans leurs estampes sans modelé, donc sans faire tourner les carreau du dessin de ce tissus. Par contre le béret lui est travaillé à l’occidentale et donne à la tête de l’enfant une valeur essentiel dans l’ensemble, dont le feuillage du petit arbre en caisse est une résonance.

Couleur, lumière

La couleur est dans cette œuvre réduite à presque rien, Bonnard japonise ici fort intelligemment ; toute la force expressive est dans le dessin de l’enfant, deux petites lignes, celle de la nuque et de la joue justes soutenues d’une légère forme d’ombre suffisent créer la présence de l’enfant. La lumière est aussi évanescente que la couleur,

Bonnard fait tout apparaître avec presque rien, un dernier élément, cette ligne bleue ciel au dessus de l’arbre, ligne du ciel réduit à une bande décorative au dessus du feuillage, par elle nous savons que ce jour là, il faisait beau. Elle est la limite céleste de l’univers de l’enfant, elle le clôt, laissant cette couleur de sable rehaussée de discrets coups de brosse blanchâtres jouer le rôle de l’infini.

Matière, forme

Bonnard utilise ici la détrempe pour donner un effet de matité recherché par les Nabis dans leurs peintures décoratives.

la matière du support, une toile fine rappelant sans doute volontairement les fonds de la peinture d’extrême orient. Cette toile a vieilli bien sûr mais elle n’était sans doute pas d’un autre nature à l’origine, un peu plus claire sans doute ; Bonnard s’en est servi comme  fond unificateur du tableau ; y faisant régner une sorte de matière absolue, celle du sable.

Le seul objet qui échappe à cette matière, l’arbre au feuillage complètement sphérique est le double de l’enfant, attaché comme lui à un espace très petit mais que l’on transporte où on le souhaite, il s’agit d’un oranger, mandarinier peut-être, qu’on rentre en hiver. Cet arbre est petit, sa caisse en proportion des marches n’excède pas un demi mètre de haut, mais il paraît très grand : « il est vu grand ».

Le talent de Bonnard est ici évident, d’autant qu’il fait cette petite mise en scène avec justement Trois fois rien.

Le bac en bois de l’arbre, les marches à peine marquées son travaillées à la manière de la peinture à l’encre cher aux peintres de Chine et du Japon ; la couche très délayée, presque vaporeuse éloigne les éléments du fond sans pour autant diminuer leurs tailles, ce qui les laisse dans l’intimité de l’univers de l’enfant.

Ces éléments qui sont pour ce tout petit, fort grands, Bonnard les a traité avec une grande douceur, ce sont deux personnages de la vie de cet enfant ; cette légèreté de la facture ne gène en rien l’impacte de leur présence car ils sont dans l’aura de l’enfant qui a fait sien cet espace de jeu, cet arbre est un double amical, une trace protectrice de la mère, toute une forêt. Les marches et cette longue ombre de l’entrée restituent la limite de l’intérieur, la grandeur de la porte, l’immense boite qu’est la maison, la protection.

La mère dans la psychanalyse

Le Psy c'est vous cas N°1

Le Psy c’est vous cas N°1

Je me suis livrée à une petite investigation qui a consisté à  chercher le mot “mère” dans la “bibliothèque” du jeu vidéo “Le psy c’est vous”. Je vous livre tous les mots qui font référence à la mère en psychanalyse. De quoi vous donner des pistes sur les raisons de vos éventuels problèmes relationnels avec votre propre mère.

A propos du jeu Le Psy c’est vous, j’ai reçu un jour un mail d’une mère disant que grâce à ce jeu elle avait reparlé avec sa fille.  Elles jouaient toutes les deux et en s’échangeant les solutions pour avancer dans le jeu, elles ont renoué le dialogue.

Agoraphobie

L’agoraphobe pris dans une rue trop large ou sur une place déserte est pris d’angoisse, de palpitations, de sueurs froides, d’un grand sentiment d’impuissance et de virtualisaion du monde environnant.
Ces malaises insurmontables montrent combien il vit dans la dépendance d’une force protectrice (père, mère, mari) dont la présence lui manque. Le sujet souffre d’un manque d’autonomie et de liberté due à une circonstance traumatisante, une blessure affective, une rupture dans sa vie émotionnelle (sexuelle, sociale, familiale).

Dépression anaclitique

Troubles qui surviennent chez l’enfant séparé de sa mère dans les premiers mois de la vie et qui se caractérisent par des pleurnichements, des insomnies, une perte de poids, un manque d’expression du visage, un retard dans le développement moteur.
Spitz considère “la structure dynamique de la dépression anaclitique comme foncièrement différente de la dépression chez l’adulte.” La première année de la vie de l’enfant.

Complexe d’Oedipe

“Héros antique, Oedipe symbolise l’universel de l’inconscient déguisé en destin, héros moderne, Hamlet renvoie à la naissance d’une subjectivité coupable, contemporaine d’une époque où se défait l’image traditionnelle du cosmos.” -Jean Starobinski dans la préface de Hamlet et Oedipe d’Ernest Jones.
“Tout être humain se voit imposer la tâche de maîtriser le complexe d’Oedipe.” Freud – Trois essais sur la théorie de la sexualité – 1 905.
“Le petit garçon n’a pas seulement une attitude ambivalente envers le père et un choix d’objet tendre dirigé sur la mère, mais il se comporte en même temps comme une petite fille en montrant une attitude féminine tendre envers le père et l’attitude correspondante d’hostilité jalouse à l’égard de la mère.” Freud – Le moi et le ça – 1923.
Ambivalence donc envers le père plus que rivalité.
Amoureux de la mère, il veut la conquérir et se pose comme rival du père ; mais aussi tendresse envers le père et hostilité envers la mère.
Dans l’Abrégé de psychanalyse, Freud souligne l’importance de l’explicitation du mythe : “Je m’autorise à penser que si la psychanalyse n’avait à son actif que la seule découverte du complexe d’Oedipe refoulé, cela suffirait à la faire ranger parmi les précieuses acquisitions nouvelles du genre humain.

Position dépressive

“On retrouve régulièrement chez les enfants ce passage entre l’exubérance et l’accablement qui est caractéristique des états dépressifs.’’ – Mélanie Klein –
Elle considère que dans l’univers de l’enfant la position dépressive s’instaure après la position paranoïde vers les six mois du nourrisson.
‘’ L’amour et la haine se sont beaucoup rapprochés et le bon et le mauvais sein, la bonne et la mauvaise mère ne peuvent plus être maintenus aussi largement à l’écart l’un de l’autre.’’
La relation à la mère n’est plus exclusive, ‘’…la libido et l’angoisse dépressive sont détournées dans une certaine mesure de la mère, et ce processus de distribution stimule ses relations d’objet de même qu’il diminue l’intensité des sentiments dépressifs.’’

Zones érogène

“Régions de l’épiderme ou de la muqueuse qui, excitées d’une certaine façon, procurent une sensation de plaisir d’une qualité particulière.” – Freud – Introduction au narcissisme
Il existe des zones d’élection entretenues en général par la mère pendant la période de l’enfance ; il en est ainsi de la zone bucco-labiale (sein, biberon) sollicitée par la nécessité de la nutrition.
La zone anale, puis les zones génitales deviennent par la suite des zones érogènes de par leur fonctionnement. A la puberté, ces pulsions partielles coucourent au bon fonctionnement de l’acte sexuel.
Ce n’est que lorsque ces pulsions partielles remplacent l’acte principal qu’apparait la névrose ou la perversion.

Féminité

“Nous avons donné à la force pulsionnelle de la vie sexuelle le nom de libido. La vie sexuelle est dominée par la polarité virilité-féminité ; rien de plus naturel que d’étudier la situation de la libido par rapport à cette opposition.” – Freud –
“ Si en nous fondant sur les rapprochements conventionnels faits entre la virilité et l’activité, nous la qualifions de virile, nous nous gardons d’oublier qu’elle représente également des tendances à buts passifs.”
De part et d’autre, la libido se concentre sur un manque ( l’envie de pénis, la castration).
“Le désir avec lequel la petite fille se tourne ver le père est sans doute à l’origine du pénis que la mère lui a refusé et qu’elle espère maintenant avoir de son père. Toutefois, la situation féminine ne s’établit que lorsque le désir du pénis est remplacé par le désir d’enfant et que l’enfant, selon la vieille équivalence symbolique, vient à la place du pénis.”

Identification primaire

“Au tout premier début, à la phase orale primitive de l’individu, l’investissement à l’objet et l’identification ne sont peut-être pas à distinguer l’un de l’autre.” – Freud – Le moi et le ça – 1923.
C’est l’identification primaire, la première relation à la mère, avant qu’il y ait une différenciation bien établie entre l’ego et l’alter ego.
Freud suggère aussi qu’une identification au père de la préhistoire personnelle serait “une identification directe et immédiate qui se situe antérieurement à tout investissement d’objet.”
L’idéal, le prototype.

Masculinité

Les données biologiques de l’appartenance au sexe masculin ou féminin ne suffisent pas à expliquer le comportement psycho-sexuel des sujets.
La notion de traits masculins (autonomie, initiative, caractère) ou de traits féminins (instinct, diplomatie, résistance) relèvent plus de la tradition culturelle de chaque peuple que de réalités fondamentales (signification sociale, signification sociologique)
Selon Freud, une fille ne devient réellement féminine que lorsque elle a résolu son “changement de zone érogène” (du clitoris au vagin) et son changement d’objet d’amour (de la mère au père). – Freud – Nouvelles Conférences sur la psychanalyse – 1936.

Névrose d’abandon

L’angoisse d’abandon et le besoin de sécurité (souvent excessif) viendraient d’une sorte d’insécurité affective fondamentale.
Plus le sentiment d’un refus d’amour (de la mère par exemple) qu’un réel abandon qui s’exprimerait sous une forme agressive, un besoin d’amour assez “glouton”, une intolérance à la frustration et à la contrainte.
La “névrose d’abandon” est un terme introduit par la psychanalyste suisse Germaine Guex.

Bon objet

Pour comprendre l’origine précoce des états psychotiques, Abraham disjoint la notion de stade (de la libido) et d’objet que Freud n’avait abordé que dans le cadre des pulsions (à pulsion partielle, objet partiel) – Freud –Trois essais sur la théorie de la sexualité – 1 905.
Mélanie Klein introduit le clivage entre (bon ou mauvais) objet : expression du désir ou de la haine de l’enfant.
Dans sa psychose, le patient ne parvient pas à regarder la personne (totale, la mère par exemple) mais seulement à travers le clivage d’une partie du corps (= l’objet, le sein par exemple) qu’il voit bon ou mauvais.

Passivité

“… chaque pulsion est un morceau d’activité ; lorqu’on parle de façon négligente de pulsions passives, on ne peut rien vouloir dire d’autre que pulsions à but passif.” – Freud – Les pulsions et leurs destins – 1915.
Actif/ passif, dans cette opposition il faut comprendre que la pulsion, toujours active peut avoir un but passif : être maltraité (masochisme), être vu (exhibitionnisme) pour mettre le sujet dans la position de satisfaction.
“…le moi passif se remet, fantasmatiquement, à la place qui est dévolue au sujet étranger.”
Toute position passive est inséparable de son opposé ; dans le masochisme : être à la merci de l’autre et vice versa.
La croissance de l’enfant montre comment de passif vis à vis de sa mère qui satisfait ce dont il a besoin, l’enfant devient de plus en plus actif en s’identifiant à l’activité de la mère à son égard.

Envie du pénis

Cette envie du pénis caractérise le besoin qu’exprime une petite fille quand elle dit qu’elle aimerait mieux “être un garçon”. – Freud –Trois essais sur la théorie de la sexualité – 1905.
Dans l’historique de la sexualité de la fille, cette envie du pénis se traduit par une évolution de la zone érogène, du clitoris au vagin, et un changement d’objet d’amour, de la mère au père.
“Le désir avec lequel la fille se tourne vers le père est sans doute à l’origine le désir du pénis que la mère lui a refusé et qu’elle espère avoir de son père.”Freud – Nouvelles conférences sur la psychanalyse – 1932.
Envie d’enfant, envie de posséder un pénis à l’intérieur de soi, envie du coït, ces stades caractérisent la sexualité féminine.

Préoedipien

La phase préoedipienne est celle où n’existe de façon exclusive qu’une relation entre les deux : mère et enfant, avant que le père ne devienne le “rival importun”. Freud – La sexualité féminine – 1931.
Cette relation est exclusive ou elle n’existe pas; dans ce dernier cas, il n’y a pas de phase préoedipienne.

Roman familial

Le sujet s’invente une famille, des histoires de famille, un roman familial qui correspond aux délires qu’il s’est forgé : aventures secrètes de sa mère, origines prestigieuses inconnues (en référence au complexe d’Oedipe).
Dans son “roman familial”, le sujet cherche à rabaisser ou au contraire à sublimer ses proches, de toutes les façons à leur donner un rôle construit selon son imagination ; s’y confirme aussi son désir de grandeur, sa volonté de contourner l’interdit de l’inceste ou de dépasser tout sentiment de rivalité.

Scène originaire

Scène du rapport sexuel entre les parents qui est regardée, ou fantasmée par l’enfant. Il l’interprète généralement comme une scène de violence du père à l’égard de la mère … “ un élément qui manque rarement dans le trésor des fantasmes inconscients qu’on peut découvrir chez tous les névrosés et probablement chez tous les enfants des hommes.” Freud – Un cas de paranoïa qui contredisait la théorie psychanalytique de cette affection – 1915.
Dans L’homme aux loups, Freud insiste sur le fait que ce n’est qu’après coup que la scène est interprétée par l’enfant et que le réel a fourni des indices (bruit similaire, scène identique d’animaux).

Théorie de la séduction

Des simples avances en paroles aux gestes plus entreprenants, la scène de séduction est vécue par le patient (en général à l’âge de l’enfance) comme subit avec effroi. La scène est refoulée dans un second temps, en général après la puberté, quand, à l’occasion d’une association, le souvenir de l’incident crée un effet plus considérable que l’incident lui-même.
Mais Freud découvre qu’en fait ces fameuses scènes dites de séduction entre un adulte et un enfant sont souvent des reconstructions fantasmatiques qui révèlent l’existence d’une réelle vie sexuelle de l’enfant, ce qui l’amène à abandonner cette théorie de la séduction :  “S’il est vrai que les hystériques ramènent leurs symptômes à des traumatismes fictifs, le fait nouveau est qu’ils fantasment de telles scènes ; il est donc nécessaire de tenir compte, à côté de la réalité pratique, d’une réalité psychique. On découvre ainsi que ces fantasmes servent à dissimuler l’activité auto-érotique des premières années de l’enfance, à les embellir et à les porter à un niveau plus élevé. Alors, derrière ces fantasmes, apparaît dans toute son ampleur la vie sexuelle de l’enfant”.  Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique – Freud –  1914.
Mais il faut apporter quelques nuances car :
“… c’est réellement la mère qui a nécessairement provoqué et peut-être même éveillé, dans les organes génitaux, les premières sensations de plaisir, en donnant à l’enfant ses soins corporels”. Nouvelles conférences sur la psychanalyse, Freud – 1932.
Ferenczi reprendra à son compte la théorie de la séduction, soulignant que l’adulte dans son langage de la passion peut perturber le monde de l’enfant qui en est encore au langage de la tendresse.

Et si vous voulez lire un roman sur la relation mère-fille dans lequel j’ai essayé de faire ressentir tous les concepts ci-dessus sans les expliquer n’hésitez pas à lire Dialogues de sourds.

En voulez-vous encore à votre mère?

mere1N’attendez pas que votre mère soit morte pour faire le bilan de vos relations avec elle. Offrez-lui des roses si elle est en vie ou portez un bouquet de roses sur sa tombe si elle est morte. Calculez le nombre de roses que vous allez acheter.

Vous partez d’un chiffre de douze roses. Vous faites un tableur avec dans la colonne de gauche  tout ce que vous lui reprochez et dans la colonne de droite tout ce dont vous lui êtes reconnaissant(e).

Vous enlevez de 12 autant de roses que de lignes à gauche et vous ajoutez autant de roses que de lignes à droite.

Si vous obtenez zéro ou un chiffre négatif de roses, méditez pendant la semaine sur votre tableur : à moins que vote mère ne vous ait vraiment martyrisé(e), enfermé(e) dans un sous-sol ou battu(e) quotidiennement, elle ne peut pas avoir été aussi mauvaise. Cherchez pourquoi vous lui en voulez encore, trouvez ce que vous ne lui avez pas pardonné et offrez-lui quand même des roses.

Le rosier de France

rose3Botanique

La rose rouge officinale, dite rose de France ou rose de Provins, Rosa gallica de la famille des Rosaceae, est européenne. Elle croit spontanément dans le bassin méditerranéen, depuis la Provence jusqu’en Arménie. Elle s’est ensuite propagée jusqu’en Belgique et en Grande Bretagne, en s’échappant des jardins. C’est un petit buisson vigoureux qui épanouit en mai des fleurs semi-doubles  rouge-rose. Le parfum de sa fleur augmente en séchant.

Usages

En Orient, chez les Arabes et plus tard en Europe, on attribua longtemps à la rose des actions quasi-miraculeuses.
Le pouvoir de la rose de Provins est d’être astringent, cicatrisants, bon pour les soins de la peau, antiseptique puissant à action antibiotique contre le staphylocoque, le colibacille, le proteus et le procyanique.
Elle a été prescrite en infusion ou en vin contre les écoulements muqueux chroniques, les diarrhées chroniques, les leucorrhées, les hémorragies passives, les pertes utérines, les crachements de sang.
Avec ses pétales, on prépare le “miel rosat”, le “vinaigre rosat”, la “pommade rosat” pour lèvres gercées , la “conserve de roses ” comme reconstituant ou l'”eau de rose” pour la toilette et la cuisine.
En conserve (confiture concentrée), elle était considérée comme un tonifiant, en particulier en cas de tuberculose. La Grande armée napoléonienne en était un important consommateur.
L’eau de rose est utilisée aujourd’hui au titre d’astringent léger : très aromatique, c’est un tonique agréable bonne à la peau et aux yeux.
On en fait des confitures, très fines, un peu poivrées, qui se mangent comme des desserts, un sirop et une liqueur de roses, rouge à souhait.
L’eau de rose faisait partie de la cuisine médiévale, elle est encore employée dans certaines préparations orientales.

Composition chimique et usages actuels

Rosier

Rose

Les fleurs renferment :
– des glucides, notamment des osides (pectine, saccharose)
– des acides organiques : acide ascorbique (vitamine C), acide malique, acide tartrique
– des composés phénoliques représentés par :
. des acides phénoliques : acide gallique
. des flavonoïdes parmi lesquels :
.. des flavonols : quercétine et ses dérivés dont la quercitrine
.. des anthocyanidines : cyanidine
. 10 à 24 % de tanins : tanins galliques
– 0,01 à 0,02 % d’huile essentielle composée de :
. terpénoïdes : monoterpènes (40 à 50 % de géraniol, 30 à 40 % de citronnellol et linalol)

Les dérivés flavoniques confèrent au rosier de France des propriétés anti-inflammatoires et anti-prurigineuses.
On reconnaît également au rosier de France des activités anti-diarrhéiques.

Usages pharmaceutiques
En usage interne, le rosier de France est employé comme astringent intestinal. Il est traditionnellement utilisé dans le traitement symptomatique des diarrhées légères. Le rosier de France est traditionnellement employé en usage local comme traitement d’appoint adoucissant pour calmer les démangeaisons des affections de la peau (crevasses, écorchures, gerçures) et contre les piqûres d’insecte. On recommande aussi son utilisation pour l’hygiène buccale.

Usages cosmétiques
La présence de tanins confère au rosier de France des propriétés astringentes et anti-couperose.
La plante doit son activité antiseptique aux dérivés phénoliques. On lui attribue par ailleurs des vertus adoucissantes.
L’huile essentielle présente des propriétés antiseptiques et adoucissantes.
Les extraits ainsi que l’huile essentielle de rosier de France trouvent une application dans la composition de :
– shampooings pour cheveux gras à tendance pelliculaire
– produits adoucissants pour le contour des yeux destinés aux peaux sensibles et fragiles
– laits corporels
– soins anti-couperose et contre les rougeurs diffuses
– crèmes astringentes pour peaux mixtes ou grasses

Folklore

Le mot rose vient d’une racine indo-européenne, “vrod”, qui signifierait souple ou bien de “rhodon”, rose en grec. Et “gallica” de Gaule.
Elle a été cultivée à Provins dès le moyen âge par Thibaut, comte de Champagne, qui avait déjà rapporté de Syrie, au retour des Croisades en 1573, le rosier de Damas. Toute une industrie  naquit ainsi, pour de longs siècles, dans la ville de Provins autour de la rose du même nom.
La rose de Provins symbolise l’amour de la patrie. Signe de sang, d’énergie vitale, d’amour passionnel, qu’il soit humain ou divin, elle illustre aussi bien les héros que les martyrs ou le sang du Christ.
La rose peut être un charme magique d’attraction ou de protection. On en faisait des philtres ou des breuvages destinés aux enchantements d’amour et aux talismans pour se protéger des démons et des sorciers.
Les jonchées de roses des Grecs, des Perses et autres peuples se sont perpétuées dans les Fête-Dieu chrétiennes.
Une des premières représentations de la rose, dans la cité antique d’Ur en Chaldée, daterait de 2 250  av. J.-C. La rose rouge fut connue très tard des Egyptiens mais elle était utilisée depuis longtemps par les Grecs. Elle fut plus tard un des symboles de la guerre des Deux-Roses qui déchira l’Angleterre (l’autre rose était blanche et celle de la réconciliation, blanche griffée de rouge).

Pour capturer une sirène, ayez au poing un bouquet de roses des plus odorantes et trouvez la grotte où elles viennent se reposer d’habitude. Déposez votre bouquet et attendez. Armez-vous de patience. Quand la sirène arrive, elle ne peut résister au parfum des roses, elle le respire à long trait et, grisée, glisse dans le sommeil.
Il ne vous reste plus qu’à l’attraper.
Recette donnée par un vieux marin scandinave.

Recettes

Récolte

Les pétales seront recueillis alors que la fleur est en bouton : on opère le matin,”avant que le soleil ait passé dessus, leurs substances essentielles comme concentrées par la fraîcheur de la nuit, au lieu que le soleil y ayant passé, il s’en dissipe une partie” indique Dom Nicolas Alexandre en 1716. Ils sont détachés du calice et des étamines puis on les fait longuement sécher en l’état, sous forme de petits cônes, à conserver bien au sec et à l’abri de l’air.

C’est une matière médicinale prisée et onéreuse dont il reste peu de récoltants.

Coussin de roses contre les hémorroïdes

Un bain de siège surnommé “coussin de roses”, pétales de rose mêlés à la feuille de myrtille, était préparé pour lutter contre les hémorroïdes.

Vinaigre de la reine

Ingrédients
10 roses rouges
1/2 litre de bon vinaigre de vin
Effeuillez dix roses rouges dans un pot de porcelaine.
Faites bouillir le vinaigre et jetez-le bouillant dans le pot sur les roses effeuillées. Couvrez hermétiquement.
Laissez macérer quinze jours en mettant le tout dans un lieu frais.
Filtrez et mettre en petits flacons bien bouchés.
Une cuillerée à café dans l’eau des ablutions donne une eau de toilette parfaite.

Pilaf aux pois

Ingrédients pour 6 personnes :
5 stigmates de safran
sel
1 cuillère à soupe d’eau de rose
150 ml de crème fraîche
1 cuillerée à café de cannelle moulue
1 cuillerée à café de poivre noir
1 cuillerée à café de clous de girofle moulus
4 cuillères à soupe d’huile ou de beurre clarifié
1 cuillerée à café de cumin moulu
gingembre frais
350g de pois écossés
350g de riz basmati
2 feuilles de curry
600 ml d’eau

Écrasez le safran et mélangez-le à l’eau de rose. Incorporez l’eau de rose dans la crème en mélangeant, ajoutez la cannelle, le poivre, les clous de girofle et une pincée de sel.
Faites chauffer l’huile dans une grande casserole, ajoutez le cumin, les feuilles de curry,  quelques petits morceaux de gingembre pelés et finement hachés, les pois et le riz.
Laissez mijoter en mélangeant, jusqu’à ce que le riz brunisse. Ajoutez l’eau, portez à ébullition, puis laissez mijoter dans la casserole non couverte, jusqu’à ce que l’eau soit presque entièrement absorbée. Nappez avec la crème épicée.
Recouvrez le pilaf avec une feuille d’aluminium, posez le couvercle de la casserole,  puis laissez mijoter 20 minutes à feu doux.

Poisson aux pétales de rose

Recette médiévale
Ingrédients
1 kg de petits poissons (à défaut : filets de poisson)
farine
huile à friture
sauce
2 cuillerées à soupe ou 40 g d’amandes pilées
12 g de fécule de maïs ou de pommes de terre ou de farine de riz
10 g de sucre
une petite pincée de safran
pétales de 3 ou 4 roses rouges
1 tasse d’eau
sel
une bonne pincée de gingembre

Farinez et faites frire les poissons que vous disposerez sur un plat de service pour les garder au chaud.
Faites la sauce au dernier moment : elle ne doit pas cuire trop longtemps et ne peut être réchauffée une fois les roses ajoutées. Délayez la fécule dans 2 cuillerées à soupe d’eau froide. Ajoutez l’eau qui reste, le sucre, 30 g d’amandes et le safran. Portez à ébullition et remuez jusqu’à ce que la sauce épaississe. Mettez de côté. Pilez pétales de rose et amandes et ajouter un peu de sauce chaude. Lorsque ce mélange forme une pâte lisse, incorporez à la sauce et réchauffer à petit feu jusqu’à ébullition.
Employez les roses de votre jardin en ayant soin d’en ôter l’onglet, sinon des roses candies, jamais celles du fleuriste trop traitées.

Conserve de roses

Conserve de roses rouges récentes.
1 kilo de pétales de roses rouges mondés de leurs onglets
200 g de sucre blanc pulvérisé
triturer et passer le tout à l’ aide d’ un pulpoir, à travers un tamis de crin très-serré,
ajouter 800 g de sucre blanc cuit en consistance d’électuaire et un peu refroidi.
On prépare de la même manière toutes les conserves de fleurs et de plantes récentes.

Pudding aux pétales de rose

Ingrédients
1 tasse (240 g) de pétales de rose (employer des roses rouges qui commencent à se faner; s’il y a lieu, enlever les parties flétries comme l’on fait pour les légumes à feuilles)
2 c. à soupe de farine de riz ou de fécule de maïs
sel
2 tasses de lait
3 cuillerées à soupe de sucre
3 jaunes d’oeufs ou 1 oeuf entier plus 1 jaune
Jetez les pétales de rose dans l’eau bouillante et faire bouillir 5 minutes environ. égoutter et faire sécher sur du papier absorbant. Le meilleur moyen de les faire sécher consiste à les étaler entre plusieurs couches de papier et à poser dessus quelque chose de lourd, une cocotte en fonte par exemple. Lorsque les pétales sont suffisamment secs, délayer la farine de riz ou la fécule de mais dans un peu de lait. Verser ce mélange, le sucre et les pétales de rose dans un mélangeur électrique. (Si l’on ne dispose pas d’un mélangeur électrique, piler les pétales de rose et le sucre dans un mortier avant de procéder à la cuisson.

Mélanger, en ajoutant peu à peu le reste du lait et le sel. Faire cuire en remuant 5 minutes environ, jusqu’à consistance plutôt épaisse. Retirer du feu. Battre les jaunes d’oeufs (ou l’oeuf et le jaune) et y incorporer en remuant un peu de sauce chaude. Verser le tout dans la casserole et faire cuire en remuant à feu très doux encore 5 minutes, ou jusqu’à ce que le pudding soit de consistance bien ferme. Il sera de teinte mauve. On peut le rendre plus rose en ajoutant quelques gouttes de colorant rouge. Verser dans de petites coupes et faire refroidir avant de servir.
VARIANTE
On peut se servir aussi bien de fleurs de violettes ou d’aubépine, mais les recettes du XVe siècle omettent dans ce cas les jaunes d’oeufs. Nous conseillons de les remplacer par 60 g d’amandes pilées et d’employer une tasse d’eau et une tasse de lait ; on peut alors procéder en une seule opération puisque le pudding ne risque pas de tourner.

Rosé de poisson

Prenez du lait d’amandes, de la farine de riz, du sucre et du safran. Faites bouillir. Puis prenez des roses rouges et pilez-les dans un mortier avec du lait d’amandes. Et prenez des loches que vous ferez frire à la farine. Mettez-les dans un plat. Mettez de la poudre d’épices dans la sauce et versez sur les loches et dressez.”
Pour confectionner ce mets, on peut se servir de roses fanées, pourvu qu’elles ne soient pas desséchées.