Gabrielle à la rose d’Auguste Renoir

Gabrielle à la rose de Auguste Renoir - Musée d'Orsay -

Gabrielle à la rose de Auguste Renoir – Musée d’Orsay –

Erotisme poétique

« Pour moi, mon souci a toujours été de peindre des êtres comme des beaux fruits. », quelle savoureuse parole d’Auguste Renoir…
La fleur de son secret, c’est la rose. Une main la cueille sur la table. L’autre la porte à l’oreille. La tête inclinée, la boule de pétales suit la diagonale des yeux. Gabrielle écoute. Les vagues se cassent sur le sable doré. Ses doigts se referment sur le coquillage rose et nacré. Par quels moyens, la composition fait-elle résonner cette corolle jusqu’à nous ?

1911
55 cm x 47 cm

Sujet

Cousine éloignée d’Aline Renoir, l’épouse du peintre, Gabrielle Renard était venue s’installer dans la famille peu après la naissance de Jean Renoir en 1894 pour aider aux soins du ménage. Elle devient un des modèles favoris du peintre. Ce portrait est un des derniers que Auguste Renoir exécuta d’elle. Il la représenta en buste, quasi dénudée portant une rose à son oreille tandis qu’elle en tient une autre dans la main droite. Renoir associait les fleurs aux jeunes filles, plus tard il associe la rose épanouie à la femme dans sa maturité. Par ailleurs, les tons des pétales s’accordent aux nuances de la carnation de la peau selon une harmonie parfaite.
Renoir a 70 ans Lorsqu’il peint ce portrait de Gabrielle à la rose, son style est devenu comme une seconde nature, car ce peintre de la vie sensible a cherché toute sa vie l’expression qui « colle » si l’on peut dire le plus parfaitement à son désir de peindre. Cette volonté de trouver la forme de cet équilibre entre le « je » qui regarde et peint, l’être ou la chose réelle et l’art de peindre est unique, elle a maintenu Auguste Renoir dans la tension permanente de la recherche jusqu’à sa mort.
Gabrielle à la rose est une tableau de pure quotidienneté bien sûr, mais son sujet est bien plus riche qu’il n’y parait de prime abord. Auguste Renoir est devenu un homme du midi, il a fait construire une maison à Cagnes, il vit la plus part du temps dans cet univers qui n’est pas encore détruit par le succès et qui fut au dire de ceux qui l’on connu un enchantement.

Composition

La diagonale est donnée par la position de Gabrielle la tête légèrement penchée sur la droite, elle est pourtant au centre de la composition ; tout dans le tableau est organisé autour de ce geste de prendre la rose sur la table et de la monter vers l’oreille ; la deuxième diagonale est en fait le seul élément de perspective, c’est le bras droit de Gabrielle posé sur la table dont la main tient l’autre rose ; mais la raison n’en est pas la profondeur du tableau c’est en vérité le mouvement même qui importe bien plus à Renoir qu’un quelconque effet de profondeur. Ce qui compte c’est le geste de Gabrielle qui semble vouloir enfoncer la tige de cette rose dans la chevelure, ce mouvement est essentiel dans la composition : la rose sur la table, la main qui la prend, la main qui la porte à l’oreille, la fleur à l’oreille voilà le but de la composition. Derrière un vide vert très vibré, toute une agitation de vide, une résonance musicale, une vibration plus sonore que visuelle.

Couleur, lumière

Une subtile harmonie de roses dégradés du carmin au blanc et au gris sur un fond de vert et ocre.
La lumière est une lumière douce d’intérieur, mais d’intérieur quand il fait chaud, la fin des roses, au moment où la chaleur commence. On pourrait dire dans un sens, celui de la peinture, que cette lumière est « générale » ; car Renoir ne veut rien troubler de l’attention de celui qui regarde un tableau . Ce qui compte pour lui donc c’est que cette musique du geste soit perçue dans son immédiateté, et pour cela il faut aussi que cette composition sans complications inutiles soit au service de ce beau mouvement de prendre une rose et de se la porter à l’oreille, tout tourne autour de ce visage et de cette idée ; les vides vibrés derrière elle vert et ocre, le rouge devant sur la table et le regard de l’homme sur les beaux seins de cette jeune femme.
Gabrielle est « encadrée » d’ocre et de vert en haut, de rouge en bas et  Renoir lui a mis sur les épaules une moucheture de blanc sous la forme d’un vêtement transparent qui coule comme de l’eau miroitante sur les bras, nous allons voir pourquoi.
La lumière frontale crée une harmonie parfaite entre la figure et le fond et donne aux carnations la sensualité heureuse de l’épanouissement. Ce tableau est une véritable image de bonheur intime.

Matière, forme

Cette période de Renoir est dite « nacrée », la matière de la nacre envahit sa peinture à la fin de sa vie. Elle est un thème pris dans la matière même de sa peinture, il est certain que l’amour qu’il porte à l’eau, goût qu’il avait en commun avec Monet et d’autres impressionnistes, a pris un tour personnel comme si le miroitement de cette matière devenait la figure de l’eau dans son art.
On sent très bien dans ce tableau le geste de cette femme qui s’immobilise au moment où la rose se place sur l’oreille cachée par la chevelure noire, les deux temps du geste sont marqués par la position des bras immobiles pourtant, qui sont comme le passé immédiat de ce geste. Gabrielle s’immobilise comme si un bruit arrêtait son geste, Renoir fait de cette rose un coquillage fripé d’une belle couleur rose rehaussée de lumière blanches faites de petits coup de pinceaux fondus légèrement dans le rose de la fleur. Le personnage ( aussi bien sûr arrêté par l’image) donne le sentiment d’écouter cette fleur comme on écoute dans un coquillage le bruit rêvé de la mer.
Les formes sont tout en courbes harmonieuses, la rotondité du sein découvert est reprise par les formes rondes des roses épanouies.

Une virtuosité technique et un art consommé de la touche font de cette toile un chef d’œuvre de l’impressionnisme.

Le tamier a besoin d’un tuteur

Fruits de tamier (Secrets de plantes)

Fruits de tamier (Secrets de plantes)

Botanique

Le tamier ou herbe aux femmes battues ou sceau de Notre Dame ou Vigne noire, Tamus communis, de la famille des Dioscoraceae, est une espèce grimpante (liane) qui s’enroule autour des arbres dans les forêts. C’est le seul parent européen de la vaste famille des ignames.

Il produit des baies écarlates qui mûrissent quand l’automne est déjà bien avancé. Il possède une tige atteignant fréquemment 7 à 8m de longueur et un très gros rhizome pouvant atteindre 60 cm de long pour un diamètre de 25 cm et un poids de 15 kg. Le tamier est assez commun dans les bois. On le trouve dans toute l’Europe jusqu’à 1200 m d’altitude.

Ses feuilles très luisantes ressemblent à celles du liseron et dessinent un cœur renversé.

Tout au long des mois de mai et juin, il déploie des grappes de petites fleurs verdâtres aux formes variables selon leur sexe : toutes ont six pétales, mais les fleurs mâles sont allongées et les femelles sont courtes. Puis la plante produit des baies qui mûrissent pendant l’automne, passant du vert au rouge écarlate.

Apprenez à le reconnaître avec la Flore.

Usages

Tamier (Secrets de plantes)

Tamier (Secrets de plantes)

Cette plante était connue des Anciens : Celse, dans son De Arte Medica (Ier s. av. J.C.) préconise la poudre de son rhizome pour traiter les problèmes de poux.
Ce rhizome contient de l’oxalate de calcium, du mucilage, des glucides et une substance histaminique. Les baies renferment une substance toxique : la diosgénine.
Toute la plante est caustique, diurétique, émétique, hémolytique, purgative et résolutive. Elle est dangereuse à l’état frais, aussi faut-il la faire sécher pour l’utiliser. Même correctement préparée son emploi n’est pas sans danger.
Le rhizome a des qualités rubéfiantes (contre les irritations et rougeurs) dues à la substance histaminique et à l’action mécanique des raphides d’oxalate de calcium. Réduit en pâte et bouilli, il peut être appliqué sur les contusions et les ecchymoses. On utilise aussi cette pâte pour traiter les rhumatismes. En homéopathie, la teinture de tamier est préconisée pour traiter les insolations.
Le rhizome est toxique lorsqu’il est cru mais devient comestible une fois cuit. Il est présenté comme une ” igname indigène ” dans certains ouvrages d’horticulture. Très riche en fécule, il a été utilisé dans certaines régions de France pour nourrir le bétail, et même consommé comme légume lors de famines. Les jeunes pousses, après avoir été cuites, peuvent aussi êtres mangées comme des asperges.
La consommation des baies réserve une mauvaise surprise : leur goût est d’abord acide et même agréable mais très rapidement une sensation de brûlure envahit la bouche. Cette sensation est due aux nombreuses raphides mêlée à la chair des fruits. Ces baies, ressemblant vaguement à des groseilles rouges, ont déjà provoqué des accidents graves chez les enfants. Elles sont par contre très appréciées des oiseaux.

Folklore

Le tamier tire son nom de l’ancien français tam qui signifiait ” plante grimpante ” et qui venait du latin thamnus ou tamus, noms que les Anciens donnaient à une autre plante à baies rouges.
Cette plante s’apparente à la fois au liseron, par la forme de ses feuilles, et à la vigne, par le fait qu’elle soit grimpante et produise des grappes. Ces ressemblances lui ont valu les appellations traditionnelles de ” haut liseron ” et ” vigne sauvage “. Mais cette ” vigne ” est aussi nommée ” raisin du diable ” à cause de ses fruits toxiques au goût brûlant.
Paradoxalement, le ” raisin du diable ” est également appelé ” sceau de Notre-Dame ” ou ” sceau de la Vierge “, probablement parce que ses feuilles ont la forme de cœurs renversés. On le surnomme aussi “herbe aux femmes battues” en raison de son action contre les contusions ! Au Pays de Galles, il est vulgairement nommé “repas du serpent” car on pense que les reptiles se cachent dans les endroits où pousse la plante.
Dans le langage des fleurs, on l’offre pour signifier à quelqu’un qu’on a besoin de son soutien, comme le tamier a besoin d’un tuteur pour grandir.

Recettes

Asperges de tamier

Au printemps, cueillez les pousses de tamier.
Enlevez au besoin son amertume en le laissant macérer dans de l’eau additionnée de cendres.
Faites cuire à l’eau salée et assaisonnez avec des sauces, vinaigrette, hollandaise, de soja selon votre goût.

Cataplasmes de tamier

Broyez la racine et faites-la cuire quelques heures à feu très doux dans très peu d’eau.
Cela suffira à détruire les principes vésicants qui font que la racine fraîche appliquée sur la peau produit des cloques analogues à celles produites par l’ortie.
Avec la pâte obtenue, faites des cataplasmes que l’on appliquera sur les contusions, l’”oeil au beurre noir”, les articulations douloureuses.
Ajoutez du vinaigre : cette pâte est excellente contre les douleurs de la goutte.

Pommade anti-rhumatismale

Ajoutez à cette pâte le même poids de saindoux (non salé!).
Faites cuire longuement au bain-marie.
Cette pommade est excellente contre les rhumatismes.

L’homme et la femme de Pierre Bonnard

Bonnard

L’homme et la femme de Pierre Bonnard – Musée d’Orsay

Après l’amour

« A l’instant où on dit qu’on est heureux, on ne l’est plus. », cette remarque de Pierre Bonnard me semble être toujours aussi pertinente.
S’agit-il d’un autoportrait avec sa compagne Marthe ou d’une introspection ? Espace scindé en deux par un paravent ou une psyché ? La solitude s’empare des amants. Verticalité cloisonnante ou réfléchissante ? La femme garde une position sensuelle dans la lumière du jour, l’homme s’efface dans l’ombre bleutée.

Comment la composition intensifie ce sentiment de mélancolie après l’union ?

Sujet

Scène d’intérieur intimiste, un couple nu, la femme est assise sur le lit et l’homme se rhabille. Il tient un tissu (sans doute un vêtement) comme si c’était un rideau pour chercher à se cacher d’un regard. Après l’amour.
Cette scène entrevue, fugitive nous donne à voir un de ces instants où la vérité d’un tableau peut exister.
Deux petits chats jouent avec la femme à gauche traduisant la sensualité féminine.
Le tableau est divisé en deux parties: à gauche, la scène est ensoleillée et charmante, mélange de sensualité féminine et d’animalité ludique; à droite, la scène est sombre, le caractère charnel de la présence masculine est absent.
Le spectateur voit la scène à travers le miroir qui est indiqué sur le plan de la toile. Le spectateur, c’est le miroir qui nous fait comprendre notre intimité avec l’autre.
L’homme regarde le miroir et donc le reflet de la scène que nous voyons. Il voit par conséquent la femme reflétée et son propre reflet.
Chacun réinvestit sa solitude. Ce tableau dans le tableau a quelque chose de dramatique.
L’homme à droite pourrait être le peintre. Dans ce cas, il faudrait comprendre que la peinture est un moyen de passer à travers ce cloisonnement et d’atteindre l’autre. Peindre, c’est une façon de s’emparer de l’instrument du miroir.
La peinture sauve le peintre de la perte de volupté.

Lumière

Une source de lumière à gauche, le Soleil qui entre par la fenêtre.
La femme est dans la lumière. Le personnage masculin dont la stature maigre et osseuse est plongée dans une ombre légère renforce le sentiment d’une certaine détresse. Cette zone d’ombre amorce l’impression que le personnage masculin commence à disparaître du tableau.
La forme du miroir est dans l’obscurité
La scène est plongée dans un contraste clair-obscur avec un fond plus lumineux.

Couleur

couleur grenat de l’armoire, couleur grenat de l’ombre de l’homme qui se fond ainsi dans le décor en arrière plan.

L’ombre est une disparition.

Composition

La composition s’appuie  presque entièrement sur le rectangle: l’armoire, le miroir central, le tableau au mur et  l’homme sont inscrits dans un rectangle. En avant plan, l’homme, en arrière plan la femme.
L’homme est découpé par le bord de la toile.
Ce cadrage photographique est fréquent chez Bonnard qui utilise la photographie pour peindre.
La femme s’inscrit dans une pyramide et l’homme dans un rectangle vertical.
la scène est vue dans un miroir dont le cadre forme le bord du tableau.
Au centre du tableau, la ligne directrice d’un paravent ou une psyché coupe la scène en deux et est parallèle à l’autre ligne directrice verticale, les jambes de l’homme. Les personnages se cachent l’un de l’autre.
La forme rectangulaire que l’on aperçoit à gauche est un miroir, qui renvoie face à face homme et femme renforçant l’idée de séparation.
Sur la surface de la toile, il existe un lien entre le tableau et la tête de la femme renforçant le contraste d’échelle entre les deux personnage.

Matière, Forme

La matière est épaisse.
La touche filée renforce la longueur, la maigreur et le côté osseux de l’homme,  nous donnant un sentiment de détresse.
La touche « ronde » pour le corps de la femme lui donne un côté doux et duveteux comme le chat.
La femme est mélancolique, pas tragique.
Les deux présences sont antagonistes.