Esclave du marketing?

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Voiture de collection

Le marketing pour répondre aux besoins ou pour nous les suggérer?

A l’heure des Data management platform qui cherchent à traquer les moindres envies des consommateurs, voire à leur en suggérer, il semble que l’on soit bien loin de l’article de la revue Économie et humanisme de 1954 sur l’économie des besoins, mais pas tant que ça: tout est dans la définition du besoin.

– Vos conditions de vie vous semblent-elles satisfaisantes ou mauvaises? (notez de 1 à 5)

– Quels sont les cinq biens matériels (ou autres: cinéma, théâtre, expositions) qui vous manquent le plus?

– Parmi les biens que vous possédez ou auxquels vous avez accès, quels sont les cinq dont la privation vous serait le plus sensible?

– Parmi les biens que vous possédez, lesquels ressentez-vous comme vous ayant été imposés par le marketing?

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publicité de 1930 pour la Blédine

Si vous étiez google

Les outils de marketing sur internet se sophistiquent: crawlers, détecteurs de tendance.

Mais pour proposer des produits adéquats aux clients, faut-il encore analyser correctement les données.

Lorsque je vois les publicités contextuelles qui s’affichent sur mon ordinateur, je ne peux pas m’empêcher de penser à la Securitate roumaine.

Le nombre de rapports et de données enregistrées étaient hallucinant et pourtant, nombre de personnes ont pu partir de Roumanie parce que l’analyse des données était mal faite.
C’est insupportable, lorsqu’on fait une recherche sur le meilleur enregistrement  de la messe du couronnement de Mozart de se voir proposer pendant des semaines des messes du couronnement, lorsqu’on vient d’acheter de la réconciliation chez les primates, de se voir suggérer de le revendre, lorsqu’on vient de rechercher une information architecturale sur le Parthénon, de se voir abreuvé de publicités pour les voyages en Grèce.
Si vous étiez Google, comment traiteriez-vous intelligemment la masse de données collectée?

Pour une économie des besoins (économie et Humanisme, mars 1954)

Nous voulons construire une économie de l’ordre humain où une masse de biens aussi étendue que possible soit répartie suivant l’ordre d’urgence des besoins de tous et non selon la hiérarchie des capacité de paiement. (manifeste d’Économie et humanisme, mars 1942).

“Dans cette conception, l’économie doit se modeler sur le besoin qu’elle a précisément pour objet de satisfaire. SI l’économie libérale et le régime capitaliste qui s’en est longtemps réclamé s’étaient montrés capables de répondre aux besoins des population en croissance, s’ils avaient réussi dans les pays avancés à supprimer, par ascension humaine, les sous-prolétariats et les basses couches du prolétariat, s’ils avaient prouvé leur capacité à développer rapidement les pays encore sous-développés et non-développés, l’économie du profit se serait révélée économie du besoin. Or historiquement il n’en est rien. la loi de l’offre et la demande ne serait définitivement acceptable qui si la demande reflétait fidèlement les besoins. En fait, la demande ne correspond qu’aux besoins solvables et non aux besoins réels. Une économie réglée uniquement par l’offre et la demande répond à la formule “à chacun selon ses moyens”. par là, elle se trouve en-deçà des exigences de l’humanité, à son point actuel de conscience et d’aspiration. Force est donc de rechercher comment l’économie pourrait se modeler sur les besoins; besoins de subsistance, ou essentiels, dont la satisfaction conditionne la vie des personnes et la création de biens correspondant aux autres catégories de besoins; besoin de confort, dont la satisfaction contribue à rendre l’existence humaine plus agréable, mais dont la surestimation peut conduire à la recherche désordonnée de luxe ou de la facilité, besoins de dépassement, correspondant aux valeurs supérieures de la civilisation.

Ainsi s’impose une double hiérarchie des besoins, dans l’ordre pratique des priorités d’urgence (primum vivere) et dans l’ordre moral de l’échelle des valeurs (vivre de plus en plus humainement). L’économie humaine pose nécessairement le problème éthique de la fin et des valeurs et le problème protique des moyens et des techniques; elle pose aussi, à l’échelon collectif, le problème culturel et politique à la fois de l’arbitrage entre les besoins et entre les moyens de les satisfaire.”

Commentaire: un directeur de la CIA disait, il y a une quarantaine d’année qu’il pensait que le capitalisme était une impasse, il était reconnaissant à l’URSS d’avoir montré que le communisme ne fonctionnait pas en vraie grandeur et il se demandait quel nouveau système inventer.

En tout cas, les éléments sans lesquels aucun avenir pour l’humanité n’est possible sont, comme le dit André Brahic, mais pas que lui:

culture, recherche et éducation.

Sans la culture l’homme n’est pas un humain, sans la recherche pas de croissance non destructrice possible, sans éducation pas d’accès à l’emploi et pas d’humanisme.

En cette période où l’on commence timidement à parler de décroissance, c’est vraiment le bon moment pour s’interroger sur nos besoins.

Les esclaves du marketing sont les nouveaux esclaves modernes!

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