Le Pont de Charing Cross d’André Derain

Le pont de Charing Cross d'André Derain - Musée d'Orsay

Le pont de Charing Cross d'André Derain - Musée d'Orsay

Tourmente colorée

« Seule la couleur peut exprimer les complexités de la vie, cette diversité tumultueuse de mes impressions, de mes émotions », écrit André Derain au peintre Maurice Vlaminck, lors de son séjour à Londres.

Charing Cross ! Charing Cross ! Le pont de Charing Cross vu du pont de Waterloo. Sous les cieux londoniens jaunes et rouges crissent les pneus déformés des cabs. Aplats turquoise, rose, bleu, la couleur prend un virage, arbres penchés, la vie s’accélère autour de la City, grise dans un foggy contre-jour. Comment la composition provoque-t-elle ce caractère éminemment moderne ?

vers 1906 – 81 x 100 cm

Sujet

Le  pont de Charing Cross à Londres vu du pont de Waterloo avec la courbe dessinée par le Victoria Embarkment au bord de la Tamise. « Il faut absolument sortir du cercle où nous ont enfermé les réalistes » voilà la déclaration de principe de Derain à Londres. Mais ce n’est pas s’éloigner de la réalité pour autant, Derain à la suite des nabis et des pointillistes veut sortir du carcan créé par la peinture qui triompha au XIXe siècle et qui lui paraît dans une impasse totale. En 1906 il vit à Londres très heureux d’être dans cette ville qui lui plait, il peint pour Vollard une série de vues de Londres, cette période sera déterminante pour l’évolution de sa peinture comme nous allons le voir, le pont de Charing cross fut peint quelques années auparavant par Monet, c’est avec ce dernier que Derain va se mesurer.

Composition

La composition de cette toile est en rupture avec l’esthétique impressionniste, Derain construit plus serré, plus « visible » physiquement que ces « vues » de ceci ou de cela des impressionnistes, il est en ce sens plus moderne que Vlaminck ou Dufy, il est plus près de Marquet dans le choix de ses angles de vue et donc de ses compositions.

Le boulevard riverain qui mène au pont occupe la moitié du tableau, l’horizon urbain  fait l’opposition à cette grande courbe qui est le mouvement essentiel de ce tableau. Derain organise sa composition pour une dynamique du tableau, cette idée du mouvement par les formes elles mêmes est en opposition avec le passé. Cette impression de mouvement est renforcée par les diagonales des branches des arbres au premier plan.

Couleur, lumière

Le pont de Charing Cross s’inspire indubitablement de Monet et de Turner, mais à la différence de ces deux peintres, Derain cherche plus un chatoiement substantiel surgi de la surface colorée, que la diffusion vaporeuse de Monet ; c’est « un simple assemblage lumineux » qu’il veut créer. Il veut le stable, l’ énergique, le mouvementé, le construit. On voit bien dans le traitement de la couleur que Derain est essentiellement moderne et que tous les thèmes de la modernité l’habitent. Il travaille en aplats sans le travail de vibration dans la touche que pratiquaient les pointillistes, c’est une nouvelle peinture qui pourtant continue les idées qui touchent à l’art mural, à la surface donc, aussi au refus progressif de l’illusionnisme dans la manière de peindre. Mais Derain ne poussera pas plus loin après le fauvisme l’expérimentation ; Il ne s’agit pas pour lui de se séparer de la représentation, et il ne le fera jamais, alors que quelques années plus tard commencent les expériences abstraites. La couleur pure construit l’espace, transposition lyrique et décorative d’une réalité déformée à des fins expressives. Cette toile fut exposée au Salon d’Automne de 1906 qui vit la naissance du mouvement fauve.

Matière, forme

La verve graphique s’accorde bien ici aux intentions de couleurs, et le mélange du trait et de l’aplat coloré arrive à maturation dans cette période Londonienne. Derain avait l’intuition de l’abstraction, mais ce n’était sans doute pas son chemin, car son idée est liée à une expressivité de la couleur et de la matière peinte, à leur fonction décorative en quelque sorte. C’est une transfiguration de la réalité que cherche Derain, il a donc besoin d’elle, il ne peut s’en passer. Il y a du verrier dans l’art de Derain et en général des fauves, ceci est plus apparent encore chez Vlaminck, car à la même époque il utilise parfois comme base unique de couleur le rouge et le bleu, qui sont aussi les bases de couleur des verriers du XIIIe siècle, mais cette contiguïté des couleurs qui deviendra un agent moteur essentiel dans la peinture abstraite est déjà là chez Derain et Vlaminck. Derain est certainement,  par ses compositions très audacieuses, son travail de couleur et la qualité très neuve de son graphisme, où l’esthétisation passe au second plan au profit de l’expressivité, le fauve le plus tourné vers l’avenir. La réalité est rendue par des formes allusives déformées à des fins expressives et décoratives.

2 comments for “Le Pont de Charing Cross d’André Derain

  1. kitcat
    23 novembre 2016 at 19:59

    quel est l’intérêt artistique de cette oeuvre?

  2. kitcat
    23 novembre 2016 at 20:05

    cette oeuvre est magnifique, je l’ai choisi pour un devoirs!! ^^

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