Les échecs de la communication en face à face

dessin de Jérôme Lefranc

dessin de Jérôme Lefranc

Dysfonctionnements de la communication

Ces quelques réflexions en vrac sur les dysfonctionnements de la chaîne habituelle de l’échange d’information (codage, décodage, message) pourront vous aider à améliorer la communication avec vos proches, à la maison et au travail. Un peu de conscience ne nuit pas.

– Le message transmis occulte la véritable information : on reste alors dans le non dit et le non compris (voir l’exemple de l’escalade). Vous dites: “Je n’aime pas tel magasin”, mais vous pensez: “les produits y sont trop chers”. Vous ne voulez pas avoir l’être d’être radin ou pauvre.

Les échanges de politesse ratés : l’Autre n’a ni notre culture ni notre mémoire, ni la même référence de sensation, et parfois n’a pas la même langue maternelle. Tous ces éléments composent un filtre complexe dans l’échange.

Exemple : Rencontre dans l’ascenseur d’une entreprise: si le patron parle le premier, la plupart du temps il ne sait pas trouver le ton juste et il humilie l’employé; si l’employé parle le premier de la pluie et du beau temps uniquement, la communication passe, au niveau le plus bas certes, mais elle passe.

Une image de soi dont on est plus ou moins conscient

Le cerveau lutte contre la saturation, soit en filtrant, soit en refusant. La communication faussée par la sclérose est courante dans le vie professionnelle. Un conseiller agricole explique aux agriculteurs que tout est un problème de foncier, ce qui n’est pas le cas et son discours ne correspond pas aux attentes des exploitants.

Les rapports de force et la sujétion

Exemples types: relation parents-enfants ou maître élève. La hiérarchie qui impose la communication à sens unique amène les enfants à se défendre de la communication dont le contenu est soit bêtifiant, soit inapproprié: les parents éludent les questions des enfants car ils ne font pas l’effort de découvrir leurs références pour adapter les réponses. En situation d’insécurité comme en situation de dépendance, on refuse le dialogue. C’est le cas pour les enfants qui subissent des sévices sexuels dans le cercle familial proche.

La peur du ridicule et du jugement de l’autre

Nous agissons plus pour que l’autre n’ait pas une certaine image de nous (nous ne voulons pas passer pour radin, inculte, etc…) que pour lui délivrer une image de nous. Mais nous oublions que l’image que chacun se fait d’un radin ou d’un inculte est très variable. Nous manquons donc souvent notre but. En situation de coopération, nous agissons de même: je n’ai pas envie d’aller au cinéma, je souhaite que l’autre n’ait pas envie non plus. Je fais donc une proposition sous forme négative: “Nous n’allons pas au cinéma n’est-ce pas,” pour obtenir une réponse sans avoir eu a faire part directement de mon souhait.

Il n’y a pas que la parole pour communiquer

La première image que nous recevons de l’autre (visuelle ou autre) détermine fortement la suite de la communication. Si un de nos sens se sent agressé, nous le bloquons pour nous protéger au risque à long terme, si cela se reproduit souvent d’émousser notre réceptivité. Chaque personne dégage physiquement une image qui s’exprime, qui bouge. Une personne totalement immobile est angoissante. Nous ne la “sentons” pas. Une voix monocorde aussi est angoissante.

Instinctivement, si nous sommes de mauvais poil et que nous avons un renseignement à demander dans la rue, nous allons choisir quelqu’un dont la première image ne nous agresse pas mais ne nous est pas sympathique, sachant qu’il n’y a pas de risque d’établir une communication.

Notre société évacue tout ce qui n’est pas audio-visuel si bien que nous nous bloquons souvent l’odorat et le toucher (surtout chez les Anglo-Saxons). Lorsque nous pouvons toucher, nous ressentons beaucoup mieux l’autre: contact physique avec ses enfants, son partenaire, poignée de main, embrassade. Mais “ça ne se fait pas”, nous avons trop peur de ressentir que l’autre ne nous aime pas, de réveiller une peur ancestrale, d’exprimer notre amour ou notre indifférence. Nous nous protégeons.

Quels sont les moyens que vous employez pour couper le communication avec l’autre?

© Photo Jorge Sclar

© Photo Jorge Sclar

Tenez un journal de bord de toutes les fois où vous coupez la communication avec l’autre.

Dans la première colonne vous dites quand et avec qui vous avez coupé la communication, dans la seconde, pourquoi (refus de communication, peur de la mémoire de l’autre, peur de se trahir, pas d’intérêt, sensation d’être agressé par l’autre, etc. ) et dans la troisième, le moyen que vous avez employé (raccrocher le téléphone, partir et tourner le dos, employer des superlatifs creux et passe partout- génial, super, etc.-, répéter toujours la même chose, se rendre sourd aux autres – walk-man-, se mettre à lire, reprendre une activité interrompue, etc.)

Faites bien la différence entre rupture (volontaire) et échec (involontaire car vous n’avez pas essayé d’être à l’écoute de l’attente et de la culture de l’autre).

Les problèmes intergénérationnels : générations x,y,z

strates à Beyrouth

strates à Beyrouth

Génération x a vu la paix, puis la guerre.

Génération y a vu ses parents ne pas se remettre de la guerre, mais génération y était dans la reconstruction.
Génération z ne voit pas où est le problème : la planète est foutue, tout n’est plus qu’une question de fric, c’est à celui qui saura le mieux s’en sortir.
Et alors? Les incompréhension entre x,y,z existent depuis que l’humanité existe.
Au bureau, chez-vous, évaluez la qualité de votre communication intergénérationnelle:
– tous les mots que vous employez sont-il compris par l’autre et réciproquement?
– Toutes les notions que vous employez sont-elles comprises par l’autre et réciproquement?
– L’autre sait-il se servir de tous les outils que vous utilisez et réciproquement?
– Enfin arrivez-vous à comprendre les aspirations de l’autre, ses valeurs et ses engagements et réciproquement?

Petit monologue sur le difficulté de la communication

communication

le secret du bonheur

Chaque fois que je parle à quelqu’un, je ne communique en fait qu’avec moi-même, j’évoque mes souvenirs, prenant l’autre pour une mémoire passive,  sinon je me sens agressée. Mon cerveau s’auto-défend contre le trop plein d’informations. Parfois je réussis à amener les autres sur mon propre terrain, parfois je m’en sers de miroirs, je prends leurs phrases. Je fais de la rétention d’information aussi, j’ai tellement peur qu’on s’en serve contre moi et ça me permet de garder mon petit pouvoir!

Tous mes essais pour remédier à l’échec d’une relation sont des tentatives vouées à l’échec.

Les bonnes intentions sont catastrophiques. L’humour? oui mais lequel: l’humour des Anglais ou l’esprit des Français? Je sens que l’humour m’aide à communiquer, il me permet de créer une distance affective avec le sujet abordé et non avec l’interlocuteur, à condition que cet interlocuteur soit mon égal sinon je sais que je vais le blesser, il ne pourra pas réagir Pourquoi les signes extérieurs de hiérarchie sont ils aussi importants? Il m’arrive aussi de fournir des prémisses fausses pour voir l’autre s’enliser dans leurs conséquences au point de perdre la vision de la réalité. Lorsque la communication privilégie la forme et non le contenu, l’imprévisible disparaît au profit du rituel, sédatif de l’angoisse, confortable, pratique. Cet imprévisible porteur d’information réapparaît avec le moindre écart au protocole. Je me demande alors quelle est la signification de cet écart. J’ai souvent besoin d’un tiers pour communiquer avec mes proches, en face à face, c’est trop dur.

Silence. Quoi se dire? Je ne suis pas d’accord avec ses objectifs. Bonjour, bonsoir, ça va? Je ne sais rien de l’image que l’autre a de moi. J’essaie de revêtir les insignes du groupe avec lequel je veux communiquer, ça facilite… au début, puis il faut aborder les différences qui surprennent pour augmenter la part de relation par rapport à la part d’information. J’aime aussi emporter des décisions en mettant beaucoup d’affectif, ça permet de manipuler l’autre. Plus le consensus est apparent, plus le conflit sera violent. J’approche, j’explore l’autre, ses codes en acceptant de nombreuses conversations sans risques, mondaines, j’use les mots avant de passer aux choses qui me tiennent à coeur. Parler vrai tout le temps est insupportable.

Le mensonge stratégique est parfois capital, ne pas écouter aussi. Dès que je me sens dans l’obligation de communiquer, surtout dans un endroit clos, j’échoue lamentablement, j’essaie de couper l’interaction le plus vite possible. Je ne sais plus dire “je t’aime”,  je veux juste aimer et être aimée. Je ne peux pas négocier avec le toucher, les odeurs, le passé, la souffrance de l’autre, porteurs de trop de charge affective.

Mon langage est modifié par mon image modifiée par le regard de l’autre, lui-même muré dans un système globaliste que je ne sais pas percer. Je suis armée pour ne pas entendre ce qu’on me dit, à force de présupposés, de blocage affectif, de mauvaise écoute. La séduction? mais oui. L’excès de rituel tue la communication, l’absence de rituel engendre la méfiance et crée une surprise intolérable. Je ne peux pas communiquer tout le temps, je veux être reconnue telle que je suis, je veux me déclarer telle que je suis. Je dois transgresser le rituel, j’aimerais payer des gens pour m’écouter pour arrêter de subir la communication comme une agression.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Anti-Spam Quiz: