Douanier Rousseau, La Charmeuse de serpents

Douanier Rousseau

La charmeuse de serpents du Douanier Rousseau, Musée d’Orsay

L’envoûtement

Un jour qu’il peignait un sujet fantastique, Henri Rousseau dut ouvrir la fenêtre car la peur le prenait.

À votre tour de succomber au charme de cette femme, si sombre au clair de Lune. D’où vient son magnétisme ? Vision exotique, rêve d’une autre civilisation. Que cache cette luxuriante végétation ? Fouillez de plus près le sujet de cette toile, il y en a plus d’un. C’est à vous, le sort en est jeté.

1907 – 169 x 189,5 cm

Sujet

Henri Rousseau est un autodidacte de la peinture, quelqu’un qui n’a rien à voir avec l’histoire de l’art, c’est sans doute ce qui a plu à ces artistes du début du XXe siècle, contestataires et provocateurs comme Apollinaire et Picasso, ils y voyait une manière de remettre en cause les canons qui furent si oppressants, et l’exigence souvent absurde de juges ineptes.
Il y a pourtant chez le Douanier Rousseau une indéniable imagination, une poésie qui n’a pas  échappé aux poètes de son temps, il semblait un écho en peinture du « refrains naïfs, rythmes niais » Arthur Rimbaud.

Extraordinaire peinture d’auberge pourrait-on dire aussi, le Douanier Rousseau est entré au musée et non comme une curiosité, à part entière.
La Charmeuse de serpents est un de ses plus grands tableaux où l’allégorie d’enseigne est porté au rêve sublime.
Un personnage à la peau noire et un oiseau à longues pattes sont au bord d’une rivière tropicale à l’orée d’une forêt ; cette femme joue d’une flûte primitive un serpent autour du coup pendant que d’autres serpents descendent des arbres et se réunissent autour d’elle.

La scène se déroule pendant une nuit de pleine lune.

Composition

Il n’y a pas de perspective dans ce tableau fait selon les principes de fabrication des décors de théâtre populaire, en plans successifs. La perspective est donc comparable à la perspective atmosphérique avec la différence que cette image n’a rien de réaliste, qu’elle n’est pas non plus une image de rêve, elle est le fruit plutôt d’un rêve de peinture.
A droite une masse de végétation diverse, « le mur de la jungle », de l’autre une rivière dont on peine à définir l’origine, est-ce l’Afrique ou l’Asie, ou encore l’Amérique latine ?
On opterait plus facilement pour une sorte d’Amazonie, mais ce personnage à peau noire et à cheveux étonnement long déroute. La partie gauche du tableau est ouverte en profondeur sur une rivière ou bien un lac, illuminé par la lune.

Sur l’autre rive une cascade de végétation descend de gauche à droite elle forme la seule diagonale du tableau avec celle de la grosse branche où s’enroule un grand serpent.

Couleur, lumière

Les verts dominent, bien sûr nous sommes dans une forêt, mais le Douanier Rousseau pour éviter la monotonie, même si il a varié les essences, a fait figurer en premier plan trois « massifs » où le jaune domine, qui font une lumière très forte, sans doute voulait-il évoquer la musique que joue la charmeuse de serpent par ces formes végétales.

En partie cachées derrière ce plantes, quelques fleurs en boule roses presque blanches. Il a aussi ajouté deux rameaux de fleurs en forme de clochettes bleues claires, il rompt ainsi l’uniformité du vert. Dans les arbres hors ces serpents noirs, deux perruches vertes et un autre oiseau indéfinissable dans des teintes carmin et noire.
De l’autre côté un oiseau aquatique à bec aplati, debout à côté de la charmeuse, il tranche sur tout le reste par ses coloris : rose et gris, les pattes de couleurs jaune et marron.

La charmeuse est très brune, terre d’ombre brûlée et noir enveloppée par sa chevelure de nuit.

On ne sait si l’idée du Douanier Rousseau était de peindre une nuit tropicale imaginée, ou s’il voulait évoquer le jour avec la lune. Sans doute tout cela en même temps car l’effet est des plus réussi, c’est une sorte de nuit–jour lunaire qui a tout d’un éclairage de théâtre, même si la lumière que fait la lune en se reflétant dans l’eau fait briller dans l’ombre la jambe de la flutiste.

Matière, forme

On sait que Rousseau avait fait toute une recherche sur la flore tropicale pour réaliser cette toile, il a en effet varié les différentes plantes et s’est manifestement intéressé aux espèces et aux formes parfois extravagantes pour nous de la végétation tropicale.

Son fouillis de plantes qui semblent être une émanation de la musicienne, ou inversement , cette masse vert sombre d’où elle semble sortir est étonnement réussie, elle crée une atmosphère qui compense l’absence de la musique, elle en exprime le contenu.

L’autre côté de cette musique, c’est le double de la femme noire,  l’oiseau rose inoffensif, tendre et charmant, il est la belle part de la féminité dans la tableau ; au dessus l’astre des femmes : la lune.
L’intention du Douanier Rousseau était certainement d’exprimer une vision qui peut-être ne lui était pas entièrement personnelle de la femme, ce rêve exotique commence avec la découverte culturelle des peuples que les pays d’Europe colonisent ; il est fort possible que Rousseau connaissait Gauguin que ses voyages au bout du monde avait rendu célèbre, il avait exalté cette femme à peau sombre, d’une autre civilisation d’une autre religion aussi, il avait fasciné le public avec cela.

Le Douanier Rousseau à son tour eut sans doute l’idée d’illustrer cette fascination qu’exerçait à l’époque cette figure, mais il en a fait un instrument d’envoûtement plus que de fascination. Rousseau, qu’on qualifie de « peintre naïf » use de formes solides, qu’on dirait presque sculptées dans du bois et d’une riche matière colorée lisse.

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