Madeleine au Bois d’Amour d’Émile Bernard

Émile Bernard

Madeleine au Bois d’Amour, Émile Bernard – Musée d’Orsay

Présence du rêve

À Pont-Aven, en août 1888, à l’heure où Émile Bernard peint sa sœur Madeleine, Paul Gauguin à ses côtés, écrit : “ne peignez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction, tirez-la de la nature en rêvant devant et pensez plus à la création qui résultera”.

Gisante les yeux grand ouverts aux bords de l’Aven, Madeleine songe. De doux aplats, vert, bleu, rose, ocre, cloisonnent son pieux abandon. De larges cernes la préservent, un cadrage resserré l’enserre, vivante au bois d’Amour. Comment la composition met-elle en abîme le rêve ?

1888 – 138 x 163 cm

Sujet

Madeleine Bernard, sœur de l’artiste, représentée dans “l’attitude d’une gisante” selon les termes d’Émile Bernard, à l’orée du Bois d’Amour, la forêt qui jouxte l’Aven à Pont-Aven en Bretagne. Madeleine a dix-sept ans et vient d’arriver à Pont-Aven avec sa mère lorsque son frère, qui en a alors vingt, peint ce tableau en 1888.

Cet été 1888 est une période cruciale dans la maturation du style de Bernard et de Gauguin alors considéré comme le “chef” de l’École de Pont-Aven, c’est celle de la naissance de ce nouveau style qu’on a appelé “cloisonnisme”.

Gauguin tout comme Charles Laval s’était épris de la Madeleine dont la figure nous est bien connue par la photographie et les portraits qu’a fait d’elle Gauguin.

Gauguin et Bernard menaient à Pont-Aven l’été 1888 des recherches convergentes dont ce tableau est l’une des illustrations.

Bernard parlait à propos de ce tableau aux résonances symbolistes – le personnage isolé et rêveur à l’orée d’un sous-bois qu’évoque Puvis de Chavannes – de “caricature”, terme qui était dans l’air du temps et semble s’appliquer surtout aux mains de Madeleine.

Composition

La composition est orthogonale. La toile est divisée en bandes horizontales délimitées par les lignes du corps de Madeleine et celles des berges de l’Aven coupées par les verticales des troncs.

Cette superposition de plans parallèles est contredite par les diagonales que dessine l’alignement des arbres dans la partie gauche du tableau et qui créent la profondeur.

 

Couleur, lumière

L’utilisation de la couleur – vert, bleu, rose, ocre, ponctués de blanc pour les pieds et de noir pour les troncs – est très révélatrice d’un artiste à la recherche d’un nouveau style. A l’exception de la prairie où l’on sent l’héritage impressionniste, les couleurs ne se fondent pas mais sont réparties par zones nettement délimitées.

Nous assistons ici comme dans certains tableaux contemporains de Gauguin à la naissance du cloisonnisme et du synthétisme.

La lumière vient de la droite et éclaire fortement le visage de Madeleine. Le ciel et la végétation se reflètent dans la rivière Aven mais de façon très différente d’un tableau impressionniste.

 

Matière, forme

Si la touche est encore fractionnée et de type impressionniste pour le rendu de l’herbe et de la robe, elle s’élargit et traduit l’influence de Cézanne dans le rose du sous-bois et le rendu des frondaisons.

Les formes sont simplifiées et enserrées dans des cernes foncés, nous assistons avec ce tableau à la naissance du cloisonnisme.

Extrait du CD-Rom “Secrets d’Orsay”

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