Jeune femme, ou le Repos de Vilhelm Hammershøï

Jeune femme ou le repos de HammershoÏ - Musée d'Orsay

Jeune femme ou le repos de HammershoÏ - Musée d'Orsay

Érotisme du grand froid

Le critique d’art et de littérature Arthur Clutton-Brock voit dans ce petit tableau « un miracle d’art du dessin précis et dépouillé. Rien n’y est particulièrement accentué, il n’y a aucune tentative de rendre la pose gracieuse et cependant, cela n’est ni ennuyeux ni laid. Tout comme les plus fins travaux de Vermeer, cela semble être pris directement de la nature, mais l’ensemble relève l’avance d’un beau style. »

Sous la lumière diffuse du printemps norvégien, une nuque est mise à nu. Point central de cette scène intimiste, liaison silencieuse du plat sur la table et du pli du corsage, lien imaginaire entre une fleur en porcelaine et une bouche entr’ouverte, elle se livre sans retenue. Comment la composition pudique de cette toile nous plonge-t-elle dans une atmosphère sensuelle et poétique ?

Huile sur toile  1905

Dimensions: 49,5 x 46,5 cm

Sujet

Une jeune femme assise de dos dans un intérieur dépouillé meublé d’une chaise et d’une table rustique sur laquelle est posée une coupe de porcelaine blanche. Cette scène d’intérieur très intimiste qui n’est pas un portrait est caractéristique de l’art de la maturité de Vilhelm Hammershøï . Le danois est avec le norvégien E. Munch le plus célèbre peintre scandinave de la fin du XIXe siècle. Formé à Copenhague, il voyage ensuite en Hollande où il étudie les peintres intimistes du XVIIe siècle (Vermeer, Terborch) avant de séjourner en France où il découvre Puvis de Chavannes et Whistler. Connu pour ses vues d’architecture, il décrit dans ses scènes intimistes vides ou peuplées d’un seul personnage généralement vu de dos, une atmosphère poétique et méditative à partir d’un sujet banal.

Une femme est seule dans une pièce, elle est de dos, à côté d’elle une table couverte d’un tissus sur laquelle est posé un plat de porcelaine blanche, voilà tout le sujet.

Composition

Sur la structure orthogonale formée par les lignes horizontales et verticales de la plinthe blanche et de la chaise marron se greffe le triangle formé par la figure de dos.

Ce tableau est très subtilement composé, le personnage est de dos, le centre de la composition est la nuque du personnage sur lequel se concentre la lumière.

Cette composition très classique et très stable est renforcée par un subtil équilibre des masses colorées claires et sombres (la plinthe et la coupe blanche).

Couleur, lumière

Ce tableau comme tous les tableaux d’intérieur d’Hammershøï est une peinture de lumière, on voit ici, que le peintre cherche à rivaliser tout en lui rendant hommage avec Vermeer; sans doute pensait –il et il n’avait pas tort que cette lumière du Danemark avait à voir avec celle de la Hollande et que c’est la lumière dans la peinture qui crée l’univers, en quelque sorte que c’est elle qui appelle les sujets et c’est là que ce peintre exceptionnel étonne ; bien sûr il peint une femme dans son intérieur mais ce qui lui importe principalement c’est le dépassement de l’anecdote

La lumière diffuse met en valeur la nuque et l’encolure de la jeune femme ainsi que la coupe blanche; elle traduit une sensualité discrète.

Une gamme de couleurs réduite à un camaïeu de gris, de brun, de blanc et de noir que le peintre module avec subtilité.

Son univers de couleur est basé sur le gris qu’il varie très subtilement le tirant vers le jaune comme sur la tache de lumière sur la plinthe en bas juste avant l’ombre du bord de la fenêtre qui éclaire la scène, mais il les refroidit avec des bleus dans les zones d’ombre de la pièce, et aussi des gris roses où la lumière commence à s’épuiser. Les tons chauds sont concentrés sur le tissu de la table, près de la jeune femme, la partie d’ombre sur le tissus qui est dans la teinte de la terre de sienne brûlée passe au brun sombre et rejoint le gris que l’on retrouve très léger et dans une nuance d’ivoire sur la nuque de la jeune femme. Cette symphonie discrète et fascinante des gris est en fait ce qui porte cette lumière, sans doute celle du printemps nordique qui succède en juin à un hiver interminable.

Matière, forme

La matière générale des tableaux d’Hammershøï est très légère, il n’y a ici que peu d’empâtements, et encore sont ils très légers, sur la nuque de la jeune femme qui nous tourne le dos et qui est si présente dans cette scène, à la fois charnellement mais aussi comme symbole érotique discret, le pli creux dans le corsage est aussi évocateur que cette porcelaine blanche en forme de fleur qui semble s’ouvrir dans cette lumière sensible.

Le peintre voulait sans doute faire de son personnage un être dont la part personnelle

Soit cachée et c’est probablement la raison qui lui a fait figurer cette femme de dos ; et rivalisant avec Ter Borch, concentrer toute l’érotique dans cette nuque et ces cheveux mousseux. Sa manière de traiter le sujet lui permet ainsi d’universaliser sans banaliser ce qu’il veut faire apparaître de la beauté de la féminité.

La simplicité des formes et des volumes est en parfaite harmonie avec la sobriété de la gamme des couleurs. Avec une grande économie de moyens, l’artiste restitue un univers poétique où les objets ont une âme qui s’accorde avec la vie intérieure du modèle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Anti-Spam Quiz: